Des crapauds en céramique pour garder à l'écart les Roms portugais

Des crapauds en céramique pour garder à l'écart les Roms portugais
Des crapauds en céramique pour garder à l'écart les Roms portugais - © Tous droits réservés

C'est encore fréquent pour les Roms du Portugal d'être tenus à l'écart des cafés ou des commerces par des crapauds en céramique placés à l'entrée, dénonce Almerindo Lima, un militant associatif qui s'inquiète désormais d'un projet de recensement des minorités "ethnico-raciales".

Dans la culture rom, les grenouilles et les crapauds sont des animaux de mauvais augure et certains se servent de cette croyance pour faire comprendre à cette minorité qu'elle n'est pas la bienvenue en plaçant un crapaud en céramique en vitrine.

Pour Almerindo Lima, la superstition autour des crapauds et des Roms "n'est qu'un mythe urbain", mais il se dit tout de même blessé par "le racisme camouflé et la discrimination subtile" qui se manifeste à travers un objet apparemment anodin.

Plusieurs associations représentatives de cette communauté composée de 40 à 60.000 personnes ont par ailleurs mis en garde contre le risque d'un "usage indu" de données "ethnico-raciales" qui, pour la première fois au Portugal, pourraient être recueillies lors du prochain recensement général de la population, prévu en 2021. En effet, appelé par le gouvernement socialiste à se pencher sur la question, un groupe de travail chapeauté par le Haut commissariat portugais aux migrations a rendu fin mars un avis favorable à la collecte d'informations sur l'origine ethnique des personnes résidant au Portugal.

"Le contexte socio-politique actuel en Europe, avec une montée en puissance des mouvements populistes qui n'épargne pas le Portugal, fait craindre un usage indu et 'racialisé' des données", ont-elles affirmé dans un communiqué. "Nous craignons une légalisation du racisme institutionnel", explique Almerindo Lima, le représentant des Roms au sein du groupe de travail, en faisant valoir que "toute l'information issue des recensements est publique".

La mesure est en revanche soutenue par les associations qui militent pour les droits des personnes issues de l'immigration africaine. "L'État a besoin d'informations précises et détaillées pour lutter contre le racisme", défend le dirigeant de l'association SOS Racisme, Mamadou Ba, en donnant l'exemple de mesures de discrimination positive en matière d'accès à l'enseignement et au logement.

Victimes de discrimination

L'Institut national des statistiques, qui doit trancher la question dans le courant du mois de juin, "est l'institution la plus compétente pour recueillir, traiter et conserver ces données en sécurité", estime-t-il en dénonçant au contraire des "collectes clandestines de données" pratiquées par la police ou les hôpitaux.

Dans un sondage réalisé par l'Université catholique portugaise, 80% des personnes interrogées se sont dites favorables à l'introduction d'une question sur l'origine ethnico-raciale dans le prochain recensement, et 90% ont considéré que certains groupes sont victimes de discrimination au Portugal. Le gouvernement estime "nécessaire d'avoir des données", comme le recommandent des institutions internationales telles que le Comité pour l'élimination de la discrimination raciale des Nations unies..

Les Roms portugais s'inquiètent notamment de l'entrée en politique d'une personnalité controversée, André Ventura, qui fait parler de lui en accusant les Roms de vivre "quasi exclusivement des subsides d'État". M. Ventura, qui doit sa notoriété à sa participation dans des débats télévisés consacrés à l'actualité footballistique, était tête de liste d'une coalition qui a obtenu 1,5% des suffrages lors des récentes élections européennes, soit près de 50.000 voix.

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