Des contrôles renforcés à l'entrée des Etats-Unis quand on vient de Molenbeek?

Entrer aux Etats-Unis n'est pas chose anodine ... encore moins lorsque l'on travaille à Molenbeek.
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Entrer aux Etats-Unis n'est pas chose anodine ... encore moins lorsque l'on travaille à Molenbeek. - © SHAWN THEW - BELGAIMAGE

Pour entrer sur le territoire américain, il faut montrer patte blanche. Depuis les attentats de Paris, puis de Bruxelles, les contrôles aux douanes ont été renforcés pour les personnes qui habitent ou travaillent à Molenbeek-Saint-Jean.

Philippe Eloy, responsable du service jeunesse à la commune de Molenbeek, en a récemment fait l'expérience. Dans le formulaire ESTA qu'il a dû remplir, indispensable pour voyager aux Etats-Unis, cet habitant de Saint-Gilles a indiqué le nom de son employeur. Le visa de séjour lui a été accordé, mais une fois arrivé sur le sol américain, Philippe a dû répondre à une série de questions plus poussées. "Je pensais qu'il s'agissait d'un contrôle aléatoire, comme ça arrive tout le temps. Les douaniers vérifiaient les visas des passagers, c'était une formalité pour les gens qui se trouvaient autour de moi. Après une demi-heure d'attente, on m'a invité à entrer dans un petit bureau isolé".

Les questions étaient clairement ciblées sur la commune

Là, plusieurs questions lui sont posées sur ses origines, celles de sa famille, sur des éventuels voyages dans un des pays touchés par le décret anti-immigration de Donald Trump, mais aussi et surtout, sur son travail à Molenbeek. "Les questions étaient clairement ciblées sur la commune, on m'a demandé en quoi consistait mon emploi, si je connaissais une ou des personnes impliquées dans les événements qui se sont passés ici. J'ai très vite compris que cet interrogatoire se justifiait par le fait que je travaillais à Molenbeek", explique Philippe Eloy.

Un sentiment d'injustice

Une fois le stress de l'interrogatoire passé, c'est un sentiment d'injustice qui demeure. "Mon but dans le travail avec les jeunes est de montrer une image positive de la commune. Il s'agissait bien sûr d'une question de sécurité, mais j'ai trouvé cet interrogatoire très stigmatisant".

Françoise Schepmans, bourgmestre de Molenbeek, confirme que plusieurs habitants de la commune ont déjà vécu la même expérience que Philippe Eloy. "Je comprends que les pays veulent renforcer leur sécurité par rapport aux menaces terroristes, néanmoins je pense qu'il est inutile de cibler les habitants d'une commune ou d'une région en particulier". La bourgmestre en a déjà informé les services de l'ambassade américaine en Belgique, "mais ils n'ont qu'un rôle d'intermédiaire, ils n'ont pas la main sur les mesures de sécurité à proprement parlé".

Selon Françoise Schepmans, il ne faut pour autant pas parler de discrimination à l'égard de Molenbeek, et de préciser que les liens entre la commune et l'ambassade sont très positifs: "Plusieurs jeunes de la commune y ont été invités à Noël, l'ambassadeur américain a notamment visité MolenGeek, on a également reçu un soutien financier pour un projet sur la commune..."

Quant à Philippe Eloy, les services douaniers lui ont finalement accordé l'entrée sur le territoire des Etats-Unis.

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