Perquisitionnés après avoir accueilli des migrants: "Je suis suspectée de trafic d'êtres humains"

La carte blanche publiée par Bart De Wever dans "De Morgen" ce mercredi passe très mal du côté associatif et chez ceux qui hébergent des migrants. Certains disent d'ailleurs avoir été victimes d'intimidations de la part de la police. C'est le cas d'Anouk Van Gestel. Son domicile a été perquisitionné, ce qui ne l'a pas arrêtée pour autant. Elle se bat aujourd'hui pour devenir la maman d’accueil d'un jeune Soudanais victime de violences lorsqu'il était au Soudan.

Moha, 16 ans, a fui le Soudan il y a environ un an et retrouve un peu de sérénité auprès d'Anouk. Dans son pays, Moha a connu la prison après, dit-il, avoir voulu défendre sa mère rouée de coup par la police. Torturé, il montre aujourd'hui les traces physiques qu'il garde de son incarcération. Le jeune homme assure qu'il a été frappé avec des câbles électriques. Il montre sur son corps des traces de brûlures.

Le passé très lourd de Moha a touché Anouk qui a entamé une procédure pour devenir sa maman d’accueil. Le garçon parle à présent un peu de français et voit en Anouk sa "maman belge". Depuis leur première rencontre en août dernier au parc Maximilien, il a déjà bien changé. "Je l'ai trouvé tellement misérable. Il n'avait pas de chaussures. Il avait mal à la main. Il était maigre comme pas possible", se souvient Anouk, journaliste de profession. Elle lui offre le gîte et le couvert avant de se promettre de ramener Moha au parc Maximilien. Et pourtant, s'exclame-t-elle quelques mois plus tard : "Il est toujours là !".

Une perquisition et des accusations

La journaliste a connu bien des difficultés en tant qu'hébergeuse de migrants du parc Maximilien. Alors qu'elle accueillait d'autres personnes que Moha, elle a fait l'objet d'une perquisition en octobre dernier. Elle est soupçonnée d'héberger des passeurs. "J'ouvre la porte et je vois débarquer chez moi sept personnes avec des gilets pare-balles, des armes. Je suis suspectée de trafic d'êtres humains avec circonstance aggravante qu'il s'agit d'un mineur et d'association de malfaiteurs. Ce dossier est vide. Il n'y a pas de preuves", fait-elle valoir.

Pas de preuve, ou presque, reconnait Anouk. "La seule chose que je peux me reprocher, c'est d'avoir un jour téléphoné à une amie et d'avoir posé la question : 'Est-ce que tu penses que telle personne va pouvoir nous aider à faire passer Mohamed ?' Il n'y a que ça dans mon dossier." Quelques mois plus tard, elle parle d'une "maladresse". La plateforme citoyenne qui encadre l'hébergement insiste d'ailleurs souvent sur le fait de rester en dehors des projets des migrants.

Il n'empêche, cet épisode ne la fera pas changer d'avis. "S'ils ont cru m'intimider, ça m'a donné doublement la force de persévérer."

Ecoutez le témoignage d'Anouk à propos de sa perquisition

Et ce cas ne serait pas isolé. Virginie Jacques, une autre femme que nous avons rencontrée, dit avoir été victime de chantage à la perquisition. Un des migrants qu'elle a hébergé est décédé alors qu'il tentait de rejoindre l'Angleterre. Retrouvée et interrogée par la police, cette enseignante a refusé de leur livrer le nom d'un autre migrant qu'elle hébergeait également. Ce dernier était suspecté d'avoir été témoin du décès.

"On a sous-entendu que j'avais peut-être fait quelque chose de mal, (...) que si je refusais de répondre aux questions, c'est que je pourrais être considérée comme complice dans une affaire de traite d'êtres humains", raconte-t-elle aujourd'hui.

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Mais pour ces hébergeurs, pas question de ne plus accueillir leurs protégés et de renoncer à leur intégration. Moha en est d'ailleurs à sa deuxième semaine de cours, alors qu'il était déscolarisé depuis plusieurs années.

Le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration Theo Francken défend aujourd'hui un projet de loi permettant à la police d'effectuer des visites domiciliaires pour arrêter les étrangers ayant reçu l'ordre de quitter le territoire. Visites qui, l'a-t-il encore assuré hier en commission de l'Intérieur "ne visent pas les citoyens de la plateforme".

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