Des chiens de traîneau marchant sur l'eau : la photo qui illustre les effets du dérèglement climatique

C’est une image qui fait le tour des réseaux sociaux et de la toile. Prise par le scientifique Steffen Olsen au centre du fjord d’Inglefield, au nord-ouest du Groenland, cette photo immortalise l’équipe de l’Institut danois de météorologie (DMI) tirée par des chiens de traîneau qui semblent marcher sur l’eau d’une banquise fondue. Si cette image est d’une beauté spectaculaire, c’est surtout le côté surréaliste de la scène immortalisée qui interpelle les internautes : elle met en scène la fonte impressionnante des glaces au Groenland. Peut-on pour autant dire que ce cliché est la preuve du réchauffement de la planète, comme le font les internautes ?

Interrogé par nos confrères de France Inter, l’expert Gaël Durand, directeur adjoint de l’Institut des Géosciences de l’Environnement, cette image illustre plutôt l’ampleur du phénomène de fonte qui touche le Groenland. "Les chiens et le traîneau reposent sur la glace couverte par quelques centimètres d’eau. Ce qu’on voit là, c’est de l’océan gelé dont la surface a fondu. Cet événement particulier n’est pas l’illustration du changement climatique," assure-t-il. "La banquise qui fond sur les côtes du Groenland pendant l’été, c’est normal."

Fonte de la calotte glaciaire avant l’heure

En revanche, ce qui est moins normal, c’est la date à laquelle cette photo a été prise, soit le 13 juin. Ruth Mottram est climatologue au même Institut que celui auquel appartient l’équipe immortalisée sur ce cliché. A l’agence de presse, AFP, elle explique que "les locaux qui accompagnent l’expédition ne s’attendaient pas à ce que la banquise commence à fondre si tôt. Ils prennent habituellement cette route parce que la glace est très épaisse, mais ils ont dû faire demi-tour car l’eau était de plus en plus profonde et ils ne pouvaient plus avancer."

D’après elle, les glaciers du Groenland sont touchés par un phénomène de fonte précoce, dû à un hiver sec, des courants d’air qui ont touché le Groenland récemment, un ciel dégagé et du soleil." La veille, la station météorologique la plus proche, à Qaanaaq, a enregistré une température de 17,3 degrés, 0,3 point de moins que son record absolu du 30 juin 2012.

La banquise n’est pas la seule touchée par ce phénomène de fonte précoce. L’ensemble de la calotte glaciaire continentale et des glaciers est impacté. La "Summit Station" qui domine la calotte à 3000 m d’altitude, a mesuré le 30 avril dernier la température la plus élevée de son histoire, à -1,2 degrés, selon l’Institut danois. Et le 17 juin, le Groenland a perdu 3,7 milliards de tonnes de glace, d’après leurs estimations.

Oui, il y a un rapport entre le réchauffement climatique et ce que montre la photo.

Pour Gaël Durand, ce qui est lié au réchauffement climatique, c’est l’accélération du phénomène de fonte et l’étendue de ce phénomène." Une étude parue en avril dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS) montre que la perte de glace enregistrée au Groenland, à partir des années 1980, s’est brutalement accélérée à partir des années 2000 et surtout depuis 2010. La glace y fond donc 6 fois plus vite aujourd’hui que dans les années 1980. Selon, une étude du Centre américain de données sur la neige et la glace, sur la période 1981-2010, la fonte s’étendait en juin (en valeur médiane) sur environ 8% de la surface du Groenland. Cette année, c’est environ 40% de la surface qui a fondu.

Et les prévisions sont alarmantes. La dernière estimation de référence réalisée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), en 2014, estimait le pire des scénarios à juste en dessous d’un mètre d’élévation du niveau des océans à la fin du XXIe siècle, par rapport à la période 1986-2005.

 

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