Des chercheurs anversois traquent la propagande djihadiste

Des chercheurs anversois traquent la propagande djihadiste
Des chercheurs anversois traquent la propagande djihadiste - © Tous droits réservés

Les partisans du groupe terroriste Etat islamique envoient chaque heure des milliers de messages de propagande sur les réseaux sociaux. Ces messages échappent souvent au contrôle de ces mêmes réseaux, qui en font pourtant une priorité. Ainsi, Monique Bickert, responsable de la gestion des contenus sur Facebook déclarait récemment dans un média international que "des organisations violentes et leurs membres sont bannis de Facebook. Nous les bannissons et nous supprimons tout contenu posté par n’importe quel partisan du terrorisme".

Et pour identifier les publications qui posent question, Facebook compte sur le contrôle social de ses usagers. "Nous comptons fortement sur notre communauté pour nous signaler quand quelque chose cloche sur Facebook. Et étant donné que nous disposons de plus de 1 milliard 300 millions de membres, nous avons le programme de surveillance de voisinage le plus grand de la terre entière".

Voilà pour le principe. Dans les faits, le système montre ses limites. On retrouve régulièrement des œuvres d’arts bannies du réseau social car signalées comme obscènes, alors que des propos racistes ou de la propagande de l’Etat islamique restent en ligne.

Une technologie pour mieux traquer les messages de haine

La spin off de l’Université d’Anvers Textgain a développé une technologie qui permet de mieux identifier les messages de haine, et en particulier la propagande de l’Etat islamique. "L’intérêt de cette technologie, explique l’un des chercheurs Guy De Pauw, c’est qu'on ne doit pas prédéfinir des mots qu’on estime être de la propagande. C'est l'ordinateur qui apprend quels mots et dans quel contexte, ces mots répandent des messages de haine".

Il faut fournir à l’ordinateur une certaine quantité de textes de propagande, ou de messages racistes, ou homophobes, ou sexistes. L’ordinateur apprend ensuite par lui-même à pister les messages considérés comme problématiques.

La spin off est déjà en contact avec le service, aux Pays-Bas, chargé de la lutte contre le terrorisme. "Si nous trouvons des partenaires fiables, nous sommes prêts à mettre la technologie gratuitement à disposition. Nous sommes évidemment vigilants par rapport au type de partenaire, car la technologie pourrait être détournée par l’Etat islamique pour pister des sympathisants ou pour éviter l'usage de certains mots et donc être moins facilement identifié".

Une technologie indépendante de la langue et des thèmes

"En fait, c’est une question de données à mettre à disposition de l’ordinateur. C’est donc une technologie qui est indépendante de la langue employée".

Les chercheurs estiment qu’elle est applicable à différents thèmes, comme le racisme, le sexisme, l’homophobie ou le cyber harcèlement.

L’Université d’Anvers a d’ailleurs fait l’exercice par rapport au racisme. Chez Unia (ex-centre pour l’égalité des chances), on nous explique avoir collaboré au développement de l’outil. "Nous leur avons fourni toute une série de textes, nous explique Patrick Charlier, directeur d’Unia, que nous avons rassemblés au fil du temps dans les dossiers et signalements que nous traitons pour qu’ils puissent paramétrer la machine".

Unia a reçu l’an dernier 365 signalements pour cyber haine, dont 200 pour racisme. "Cet outil permettra peut-être de détecter des personnes qui ont des propos systématiques et répétés. Nous avons la possibilité d’agir en justice mais c’est vrai que pour la haine sur internet, c’est plutôt rare. Nous pouvons le faire si une personne tient des propos systématiques, répétés et organisés et intervient sur des forums. Cet outil nous permettra peut-être de les trouver et donc de saisir la justice. Cette machine permettra probablement de tirer une sonnette d’alarme".

De là à voir baisser cette haine galopante qui se propage depuis plusieurs années sur internet, Patrick Charlier est moins optimiste : "C’est une ambition formidable mais peut-être démesurée, car quand on travaille sur la haine sur la toile, on a l’impression de vider la mer à la petite cuillère".  

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