Des chercheurs américains créent un robot "vivant", à base de cellules de grenouilles

Cela pourrait être un nouveau film de science fiction version animalière. On imagine déjà la bande-annonce : musique angoissante, image d’un laboratoire sombre et voix grave qui parle d’un robot vivant, d’une créature entièrement créée par l’homme. N’en rajoutez plus… C’est en fait la réalité. Des chercheurs américains des universités du Vermont et de Tufts viennent de construire ce qu’ils appellent un "robot vivant" à base de cellules de grenouille. Leur étude vient d'être publiée dans la revue scientifique américaine PNAS.

Pour l’instant, il ne s’agit pas encore d’une grenouille de taille réelle mais bien de cellules vivantes de quelques millimètres. Ces petits organismes sont en quelque sorte construits selon un modèle informatique et peuvent par exemple ramper, déplacer des objets ou, s’ils sont en groupe, laver une surface.  Des actions assez limitées pour l’instant mais l’objectif des scientifiques est bien sûr de faire évoluer cette nouvelle technologie.

Conçues comme des puzzles

Pour aboutir à ces robots vivants, les chercheurs ont d’abord utilisé un super ordinateur pour créer des modèles d’organismes vivants. Grâce à un algorithme puissant, cet ordinateur a passé des mois à assembler numériquement des centaines de cellules et ainsi créer virtuellement des corps de différentes formes. L’idée étant de voir quel type de corps est capable d’effectuer quelle tâche et cela de la meilleure manière. Parmi les milliers de corps créés numériquement, soumis à des tests d’efficacité et améliorés au fil du temps, les chercheurs ont gardé les plus performants pour réaliser des tâches précises.

Restait ensuite à passer du virtuel au réel. Les chercheurs ont prélevé des cellules souches de peau et de muscle cardiaque de grenouilles africaines. Ils les ont ensuite "remodelées" pour qu’elles correspondent au modèle informatique calculé précédemment par le super ordinateur. En suivant toujours ce modèle informatique, les scientifiques ont ensuite assemblé comme un puzzle les cellules de grenouille de façon à ce qu’elles effectuent les mouvements annoncés par l'ordinateur. Avec ces assemblages spécifiques, les cellules se déplaçaient selon les mouvements prévus et plus selon leur nature initiale. Les cellules ont donc été reconfigurées par les scientifiques pour agir comme ils le voulaient.

Des organismes capables de nettoyer les veines des humains

Les chercheurs ont ensuite observé le comportement de ces organismes reconfigurés. Ces robots vivants ont montré qu’ils étaient capables d’explorer leur environnement aquatique mais aussi de travailler en groupe pour déplacer des objets. Autres découvertes faire par les chercheurs, ces cellules bénéficient d’une capacité de régénération impressionnante et, comme il s’agit d’organisme vivant, elles sont aussi totalement biodégradables.

De quoi ouvrir de nombreuses perspectives, car l’objectif des scientifiques est de développer de nouveaux algorithmes informatiques pour créer de organismes encore plus évolués et donc capables de faire des tâches plus complexes. Selon les chercheurs américains, dans le futur, ces robots vivant pourraient par exemple détecter des matériaux dangereux, nettoyer les océans, être injectés dans le corps humain pour en nettoyer les veines ou, munis d’une poche, transporter des médicaments. 

Mais pendant que les chercheurs rêvent aux applications futures de leur découverte, de nombreuses questions se posent. Le programme de recherche a été financé par une agence du département de la défense américaine. L’usage de ces robots vivants pourrait donc être également militaire.

 

 

Et l'éthique dans tout ça?

Pour y voir plus clair, nous avons interviewé deux professeurs d'université. Un ingénieur et un philosophe.

Tout d'abord, voici ce qu'en pense Hugues Bersini, spécialiste en robotique et en intelligence artificielle à l'ULB  

Interview de Mark Hunyadi, philosophe à L'UCLouvain, spécialistes des questions étiques liées aux nouvelles technologies 

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