Des "camps climat" organisés par le CNCD : "On n’est pas là pour en faire des militants, on est là pour les soutenir"

Les jeunes, on le sait, sont en première ligne de la mobilisation pour le climat. Mais comment aller plus loin dans leur engagement ? Le CNCD propose cinq jours de camp climat, cinq jours de discussions autour du thème du climat. Thomas Nagant, chargé de campagne au CNCD-11.11.11 à Namur, était l’invité de la rédaction ce matin. Il organise un camp climat sur cinq jours à Han-sur-Lesse.

L’idée vient des jeunes eux-mêmes ?

"Oui. On est souvent en contact avec des jeunes dans les écoles ou dans des groupes qu’on rencontre, et leur message est de nous dire : 'On a envie de bouger, on a envie de s’engager, mais parfois, on se sent un peu démunis, on n’a pas les clés, on n’a pas les bonnes balises pour agir. Comment est-ce qu’on peut faire ? Qu’est-ce qu’on peut faire pour être plus efficaces ?' C’est donc un peu sur ce constat-là qu’on s’est dit qu’on allait leur proposer de travailler ensemble. Ce n’est pas nous qui leur donnons des formations , mais c’est plutôt une formation partagée, des animations partagées. Ce sont eux et nous, ensemble, qui construisons un programme d’animations, de formations, de rencontres, de témoignages pendant cinq jours, pour peut-être les aider à être plus efficaces dans leurs actions, dans leur engagement".


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C’est l’une de vos missions aussi au CNCD, l’éducation à la citoyenneté ?

"Oui, le CNCD-11.11.11 a pour mission de faire vivre ce qu’on appelle la solidarité internationale. Dans ce cadre-là, nous avons effectivement une mission de ce qu’on appelle aujourd’hui l’ECMS, un terme un peu barbare pour dire l’Education à la Citoyenneté Mondiale et Solidaire. Et c’est dans ce cadre-là, effectivement, qu’on rencontre beaucoup de jeunes depuis l’école primaire jusqu’à la fin du secondaire, dans les écoles supérieures et dans les universités aussi".

Camp climat, vous l’avez dit, c’est leur donner les clés pour mieux comprendre, pour mieux s’engager. Ça fait quand même un peu penser à un camp d’entraînement. Vous voulez en faire des militants ?

"Non, ce sont eux qui sont des militants. Nous, on n’est pas là pour en faire des militants, on est là pour les aider, pour les soutenir. Et on n’est pas tout seul. Le CNCD-11.11.11, c’est une coupole de 90 organisations et nous faisons appel à tout notre réseau. Dans celui-ci, il y a des organisations de jeunesse, des organisations de jeunes qui sont au contact directement avec des jeunes sur le terrain… C’est un peu tout ce réseau-là qu’on essaye de mettre en mouvement autour de l’envie des jeunes de s’engager davantage. Je pense qu’ils ont parfaitement raison de prendre le leadership sur ce terrain. C’est véritablement eux qui sont concernés, les tout premiers. Nous, on ne peut faire que les aider".

 

Et cette envie de mobilisation, cette envie d’engagement, est-ce qu’elle est encore présente ? Y a-t-il des jeunes qui ont été un peu démobilisés ces derniers mois ?

"C’est vrai. C’est vrai qu’on en rencontre pas mal qui nous disent : 'Ce qu’on a fait n’a servi à rien. Regardez, on est descendu plusieurs fois dans la rue et rien ne bouge'. On leur dit au contraire : 'Vous ne vous rendez pas compte, les choses ont véritablement bougé. C’est vous, les jeunes, qui avez mis à l’agenda la question climatique de manière absolument indispensable maintenant. Ça veut dire qu’on ne peut plus aujourd’hui faire l’impasse sur la question climatique. Elle est vraiment à l’agenda politique et vous êtes, sinon les seuls, en tout cas les principaux artisans de cette mise à l’agenda. Donc, il faut continuer'. Il faut continuer parce que le rapport du GIEC le dit très clairement : la situation n’est pas bonne, c’est clair, il ne faut pas se mentir, il ne faut pas se voiler la face. À bien des égards, la situation se dégrade plus rapidement que ce qui avait été envisagé il y a quelques années".

C’est véritablement maintenant qu’il faut prendre les mesures

"C’est donc maintenant, dans cette fenêtre d’opportunité qu’il nous reste pour les quelques années à venir, qu’il faut mettre la pression et qu’il faut se mobiliser. Et les jeunes sont en première ligne, mais c’est toute la société civile qui doit se mobiliser. C’est d’ailleurs pour ça qu’on appelle à la manifestation nationale une fois de plus, le 10 octobre prochain, pour que tous ensemble, nous retournions dans la rue pour dire à l’ensemble des gouvernements en Belgique, mais à travers toute l’Europe aussi : agissez maintenant ! C’est véritablement maintenant qu’il faut prendre les mesures".


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Est-ce que c’est la société civile qui a mis le climat à l’agenda, ou c’est plutôt l’actualité ?

"C’est l’ensemble. Il est clair qu’à partir du moment où on est confronté à des situations climatiques qui sont particulièrement évidentes, on l’a vu en Belgique et on le voit tous les jours aujourd’hui aux infos, de toute évidence, l’actualité nous force à devoir avancer et à prendre position. Et par ailleurs, effectivement, oui, la société civile est là et elle dit très clairement : 'Ca nous préoccupe, ça nous inquiète, mais on peut bouger et on veut bouger'. Et quand les gens veulent bouger, je pense qu’il n’y a rien qui peut effectivement les arrêter".

Quand les gens veulent bouger, il n’y a rien qui peut effectivement les arrêter.

La société civile a-t-elle les cartes en main ?

"Oui, en grande partie. Elle a les cartes en main parce qu’elle peut aussi faire pression sur le monde politique, le monde politique qui attend parfois aussi de la société civile qu’elle lui dise : 'Nous voulons ça, nous voulons avancer dans cette direction-là, nous voulons que vous preniez enfin des dispositions extrêmement fortes et ambitieuses '. Et si ce message passe, alors le politique s’alignera sur ce que souhaite la société civile".

Vous pensez que les politiques sont à l’écoute de la société civile sur le climat ?

"On peut voir qu’aujourd’hui, effectivement, il y a une forme d’écoute plus attentive. En tout cas, aucun gouvernement aujourd’hui, à travers l’Europe et plus largement également, ne peut faire l’impasse sur la question climatique".

Reportage sur le rapport du GIEC du 9 août dernier :

A propos de ces camps. Qu’est-ce qu’on va faire pendant ces cinq jours ? Il y a quand même plusieurs jeunes qui peuvent participer, mais il y a un nombre limité ?

"Oui, ils sont une quinzaine cette fois-ci. Ce n’est pas tout à fait une première, on avait déjà fait un premier camp climat il y a deux ans dans le Luxembourg belge. Ici, on essuie un peu les plâtres quand même, on va voir un peu comment ça se passe et on va aussi entendre ce que les jeunes nous disent par rapport à l’expérience pour peut-être l’affiner pour le futur.

L’idée, c’est plutôt de partager, de partager à la fois leurs expériences, de les confronter avec des spécialistes, voire avec d’autres militants, comme Adélaïde CharlierElle viendra mardi soir pour parler avec les jeunes de son expérience et leur expliquer comment elle a travaillé, ce qu’elle fait, pourquoi elle le fait et quelles sont ses ambitions pour le futur.


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On a également un climatologue, David Docquier, qui va venir demain matin pour faire le point. Le rapport du GIEC vient de sortir, on l’a dit, donc il y a des choses qu’il faut effectivement connaître, savoir. Il y a des bases et des balises qu’il faut maîtriser. Et il y aura aussi une série d’animations pour essayer de comprendre la complexité des choses, parce que quand on parle du climat, on parle aussi de biodiversité, on parle d’enjeux sociaux, on parle d’enjeux économiques, on parle de justice, de justice fiscale, de justice sociale.

Tout cela est tout à fait entremêlé, donc il faut parvenir aussi à montrer en quoi ces différents phénomènes sont intimement liés."


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Les jeunes qui y participent sont déjà des convaincus ?

"Pas forcément. Je pense qu’on va découvrir. Je les vois tout à l’heure, je n’ai pas encore vraiment eu l’occasion de discuter avec eux. Je pense qu’il y a des jeunes activistes qui sont déjà bien engagés et qui ont beaucoup de choses à nous apprendre.

Et il y en a aussi probablement d’autres qui sont là en mode découverte, qui vont venir picorer de l’information, qui vont venir chercher le moyen de se sentir plus à l’aise pour pouvoir eux-mêmes s’engager pour débattre sur le sujet dans leur école, dans leur lieu de vie, dans leurs mouvements de jeunesse, etc.

Je pense que ça va être un chouette groupe. Il y a des âges assez mélangés, on va de 15 ans à 20 ans, donc ce sera aussi intéressant de voir comment les uns et les autres s’organisent les uns avec les autres".

Peut-être avec l’idée aussi de suivre leurs projets, s’ils en ont ?

"C’est effectivement un objectif, c’est de leur dire qu’ils ne sont pas tout seuls. Nous, on est là dans notre mission de chargés de campagne au niveau provincial, moi sur Namur, mais mes collègues aussi à Liège, Luxembourg, Brabant wallon, Bruxelles, etc. Nous les aiderons à poursuivre leur chemin, on sera là, derrière eux, pour les aider et pour les soutenir quand ils en auront besoin".

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