Des Belges musulmans unis pour dénoncer la radicalisation

Des musulmans de Belgique unis pour dénoncer la radicalisation
Des musulmans de Belgique unis pour dénoncer la radicalisation - © Tous droits réservés

Une cinquantaine d'associations, et une quarantaine d'acteurs de la société civile ont signé ensemble un texte intitulé "Convergences musulmanes pour la citoyenneté, et contre la radicalisation". Parmi les signataires, on retrouve une large palette de musulmans de diverses tendances, et de toutes origines. Tous expriment la volonté d'agir.

Le but de la démarche est double. Les signataires ont d'abord ressenti le besoin, l'obligation même, de s'exprimer face aux attentats en France, et aux opérations anti-terroristes en Belgique. Hajib El Hajjaji, porte-parole de cette initiative citoyenne, explique : "Ce qui s'est passé a mis en lumière la fragilité de la présence durable des musulmans en Belgique, parce que la stigmatisation existe, le regard qui juge et qui condamne aussi. Et donc c'était une obligation morale de poser un acte, non pas pour dire "nous sommes victimes de ces actes comme vous" mais pour dire "nous voulons être des acteurs de changement".

Etre acteur du changement, voilà le deuxième objectif. Les signataires promettent du concret, pas une simple déclaration d'intention. Ils veulent devenir un interlocuteur pour le monde politique. "Ce qu'on souhaite, c'est vraiment qu'il puisse y avoir un canal de communication avec les ministres", explique Hajib El Hajjaji.

Une communauté diverse

C'est vrai que la communauté musulmane est diverse, composée d'une multiplicité de courants religieux et d'origines. Jusqu'à présent, elle a du mal à parler d'une seule voix. Corinne Torrekens, spécialiste de l'Islam et docteur en Sciences politiques à l'ULB, confirme : "C'est extrêmement compliqué de trouver des initiatives qui soient représentatives d'une partie importante de la communauté musulmane, cela a toujours été un écueil." Cette fois, l'initiative lui semble positive, et assez représentative, justement. Parmi les signataires, on trouve de nombreuses associations de toutes sortes, des artistes, des Marocains, des Turcs, et aussi l'Exécutif des Musulmans de Belgique. "Ce qu'il faudra voir, précise Corinne Torrekens, c'est si l'initiative va pouvoir aller plus loin qu'une prise de position : développer des pistes d'actions concrètes et discuter d'un certain nombres de points qui fâchent et qui font débat. Et là, il faudra que les divergences personnelles laissent la place à la volonté de travailler ensemble."

Un interlocuteur : pour quoi, comment ?

Dans leurs déclarations, les signataires appellent déjà les politiques à engager une série d'actions : accorder à la religion musulmane sa place pleine et entière dans le paysage institutionnel (avec notamment l'engagement massif d'aumôniers, des émissions concédées à la TV et à la radio, un soutien à l'associatif musulman,...); lutter contre l'islamophobie; soutenir le monitoring des actes antiterroristes sans sombrer dans les mesures sécuritaires inefficaces; mettre en lumière des parcours de "héros" musulmans de Belgique auxquels les jeunes peuvent s'identifier; etc.

Autant de dossiers pour lesquels les membres de l'initiative veulent, donc, se poser en interlocuteurs, en représentants de la communauté musulmane.  Les sujets sont multiples, comme les signataires. Chacun pourrait se montrer plus actif sur tel ou tel dossier, en fonction de ses compétences.

La déclaration sera envoyée au monde politique dans les prochains jours. "Nous espérons une réaction rapide", précise Hajib El Hajajji.

D. V. O.

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