Des bébés pieuvres et des milliers de tardigrades à bord de la station spatiale internationale : ça sert à quoi ?

128 bébés pieuvres viennent tout juste de débarquer dans la station spatiale internationale, l’ISS. Il ne s’agit pas de créer un aquarium de l’Espace, mais bien de mener une expérience scientifique tout à fait originale. Les mini-pieuvres vont arriver stériles dans l’ISS. Elles naissent sans bactéries à l’intérieur de leur corps. Autrement dit la flore des bactéries intestinale et celle qui peuple le reste du corps ne sont pas encore présentes. Les astronautes vont placer, à côté d’elles, un autre petit aquarium rempli de bactéries qui vont migrer et coloniser le corps des mini-pieuvres. L’idée, c’est de comprendre comment cette colonisation va se produire, sera-t-elle différente dans l’espace, en apesanteur, avec des rayonnements cosmiques 150 fois plus importants que sur Terre.

Des mini-pieuvres au système immunitaire proche de l’Homme

Sarah Baatout, Directrice du département de radiobiologie au centre de recherche nucléaire de Mol, nous explique : "Leur système immunitaire est très proche de celui des humains. Il y a des caractéristiques semblables pour l’activation et la reconnaissance de ces bactéries. On espère donc mieux comprendre ce qui pourrait se passer dans le système immunitaire humain. Il faut savoir que notre système immunitaire se dérégule dans l’Espace, soit il devient trop actif ce qui peut engendrer des allergies, soit, il se désactive, en cas d’infection, au lieu de se stimuler, il peut parfois être réprimé. Ici, avec les bébés pieuvres, nous tenterons de comprendre ce qui se passe au niveau de l’immunité au début de la vie."

Notre système immunitaire est un des systèmes le plus sensible aux conditions de l’espace. Comprendre comme le préserver, le garder fonctionnel serait donc, une des priorités pour les vols habités de longue durée vers la Lune ou Mars.

Immunité des pieuvres et immunité des astronautes dans l’Espace

Au centre de recherche nucléaire de Mol, l’équipe suit depuis plusieurs années, l’immunité des astronautes qui passent entre six mois et un an dans l’ISS. Les scientifiques analysent leur sang avant le départ et au retour, pour y détecter des différences induites par leur séjour prolongé en orbite. Premiers résultats, selon notre experte, il y a une grande variabilité d’un astronaute à l’autre, mais ils tentent de comprendre les changements qui s’opèrent chez tout le monde ou chez certains seulement. Ils cherchent aussi comment contrecarrer ces perturbations, par exemple en boostant l’immunité avec des antioxydants ou des substances capables de réparer les dommages causés à l’ADN. Autrement dit, en comprenant et en identifiant les mécanismes, on peut développer des traitements pour contrer les effets néfastes dus à l’Espace.

Cela dit, l’expérience des pieuvres sera très visuelle. Les bébés sont transparents et les bactéries sont fluorescentes, les astronautes vont pouvoir suivre la colonisation au jour le jour. "Ce sera très intéressant" : nous confie Sarah Baatout, "0n verra à quel point ce sera différent de qui se passe sur terre. Cela va nous ouvrir des portes dans le domaine de l’immunité, pour préparer les futures missions de longue durée."

Des mini-pieuvres mais aussi des milliers de tardigrades, organismes extrêmophiles

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Le tardigrade ou ourson d’eau, organisme extrêmement résistant est qualifié d’extrêmophile, il arrive à survivre dans des conditions extrêmes. © Tous droits réservés

L’ISS, véritable ménagerie en ce moment, vient aussi d’accueillir 5000 tardigrades ou oursons d’eau. Ces organismes extrêmement résistants sont qualifiés d’extrêmophiles, ils arrivent à survivre dans des conditions extrêmes. Ils ont développé au cours de l’évolution une série de mécanismes de protection dans tous types d’environnements hostiles sur Terre. Or dans l’espace, on est justement confronté à des conditions extrêmes de survie. Etudier le comportement et la réaction là-haut de ces oursons d’eau devrait éclairer les chercheurs pour mettre au point des protocoles qui protègent davantage les spationautes des rayonnements ionisants cosmiques surtout néfastes dans l’Espace profond, celui qu’ils vont traverser pour aller sur la Planète Rouge.

Les tardigrades sont très résistants aux rayonnements sur Terre, ou au rayonnement auquel on peut les soumettre dans l’Espace. On devrait en apprendre sur les mécanismes moléculaires qu’ils mettent en place pour s’en protéger. "Cela pourrait nous aider à les développer sur Terre par exemple chez des patients qui devraient subir une radiothérapie": précise notre experte, "Nous avons nous-mêmes fait voler dans l’ISS, il y a quelques mois, d’autres organismes extrêmophiles, des rotifères, et nous savons déjà qu’ils mettent en place toute une panoplie de mécanismes très efficaces pour réparer les dégâts mais pas seulement, tout le système d’antioxydants est aussi stimulé au moment de l’irradiation pour minimiser les effets des rayonnements à l’intérieur des cellules et donc de mettre à l’abri l’ADN, le patrimoine génétique."

On pourrait ainsi délivrer des médicaments ou des substances aux astronautes, par exemple, quelques minutes avant une sortie extra-véhiculaire dans l’Espace.

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