Dernière occupation avant la fin du monde. Des militants écologiques violents ?

Dernière occupation avant la fin du monde. Des militants écologiques violents ?
Dernière occupation avant la fin du monde. Des militants écologiques violents ? - © Christophe Gateau - Christophe Gateau/dpa

Ils sont arrivés discrètement par petits groupes comme s’ils allaient faire du shopping un samedi matin. Mais une fois à l’intérieur du centre commercial de la place d’Italie à Paris, ils déploient des calicots, s’assoient par terre et barricadent les entrées du bâtiment à l’aide de tables et de chaises. Objectif : bloquer l’activité commerciale pour cause d’urgence climatique.

C’est la première action marquante menée à Paris au nom de l’association " Extinction rébellion ". Interrogée ce matin sur France Inter, l’ambassadrice sur les pôles Arctique et Antarctique, Ségolène Royal, a été sans concessions : elle demande "que l’on réprime très rapidement ces groupes violents", des groupes qui selon elle instrumentalisent l’écologie et en dégradent l’image. L’usage du terme "violent" interpelle puisque les militants d’Extinction Rébellion revendiquent précisément la non-violence.

XR, Extinction Rébellion c’est quoi ?

Le mouvement a été créé à Londres il y a un an. Sur la charte des "rebelles", on découvre ces principes : respecter tout le monde y compris la police, pas de recours à la violence qu’elle soit physique ou verbale, ni armes ni masques ni alcool ou drogue illégale. On est donc loin de la colère souvent violente qui, l’an dernier, a animé les gilets jaunes.

La rébellion se veut ici pacifique mais radicale : il s’agit de bloquer l’activité dans les centres-villes et les participants sont avertis qu’ils s’exposent à des arrestations administratives voire judiciaires. Ce qu’ils veulent, c’est que l’on reconnaisse la gravité et l’urgence des crises écologiques et que l’on agisse rapidement en conséquence. Pour faire simple, on est dans la philosophie du discours radical de Greta Thunberg à l’assemblée générale des Nations Unies. Mais le mouvement a une autre égérie : non pas une adolescente de 16 ans mais une universitaire de 90 ans, l’Américaine Joanna Macy.

Ecopsychologie pratique et rituels pour la Terre

Dans ce best-seller de l’écologie préfacé par le Dalaï-Lama, Joanna Macy s’inspire du bouddhisme pour transformer la peur et la culpabilité en espoir. La philosophie générale de ce qui se présente comme un livre pratique d’écologie profonde, c’est de nous guider en groupe dans un changement radical. Selon elle, "une révolution silencieuse est en marche. Il s’agit d’un passage radical d’une société de croissance industrielle autodestructrice à une société compatible avec la vie". Le capitalisme actuel n’a qu’à bien se tenir : on comprend mieux pourquoi les militants parisiens ont pris pour cible un temple de la consommation mondialisée que constitue à leurs yeux un centre commercial.

Mais Joanna Macy se revendique d’une approche bouddhiste. L’écologie profonde contiendrait donc une joie profonde et collective. Pour elle, la question du réchauffement climatique s’écrit en trois chapitres. Le premier a vu l’utilisation abusive des ressources de la terre, en gros c’est la révolution industrielle qui, à partir du XVIIIème siècle, a amené la planète au bord de l’épuisement des ressources. Le deuxième chapitre c’est ce que nous vivons : la prise de conscience de la destruction en cours.

Ce que Joanna Macy appelle "le retournement". Le troisième chapitre est encore à écrire : c’est le grand tournant, la grande transition vers un mode de vie collectif et durable. Ce qui "ne peut générer que du bonheur et de la joie". Si tel est le cas, les militants radicaux d’Extension Rébellion agissent donc dans la joie.

La colle pour bloquer les grandes villes du monde

En avril dernier, de nombreuses actions ont bloqué les grandes artères de Londres. Le procédé est radical : des militants utilisent de la colle forte pour faire adhérer leurs pieds au bitume, leur main aux portes des trains ou même aux pots d’échappements de camions. Des actions coups de poing de ce type sont attendues dans les prochains jours à Londres, Paris ou Amsterdam. A Bruxelles, une action est annoncée aux abords du palais royal. En Australie et en Nouvelle-Zélande, elles ont déjà commencé.

Des actions radicales qui divisent. S’agit-il de violence comme le clame Ségolène Royal alors que les militants se réclament de la non-violence du Mahatma Gandhi ? Selon Larousse, la violence suppose une force intense et brutale, un abus de force physique, une contrainte physique verbale. Si l’action ne l’est pas à proprement parler, le message des militants est violent, puisqu’ils pensent que le monde court brève échéance à sa perte, à l’apocalypse. Pas de quoi séduire le monde politique, plus habitué à ce que l’on mette des formes dans les messages, que l’on puisse s’asseoir autour d’une table pour débattre, que l’on étudie l’impact des mesures que l’on va prendre avant d’agir.

Signe des temps, un film français récent illustre à merveille l’impuissance du monde politique face aux grands bouleversements. Dans Alice et le maire, vous verrez une artiste littéralement folle d’angoisse par l’apocalypse écologique qui guette le monde. Fabrice Lucchini incarne le maire d’une grande ville obnubilé par le progrès mais qui n’arrive plus à penser. Comme si le défi écologique qui nous guette ne donnait le choix qu’entre deux attitudes : une rébellion radicale ou une impuissance désabusée…

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