Dernier rapport du GIEC sur le climat: événements extrêmes en hausse

Jean-Pascal van Ypersele présente ce jeudi à Bruxelles le dernier rapport du GIEC sur le climat
Jean-Pascal van Ypersele présente ce jeudi à Bruxelles le dernier rapport du GIEC sur le climat - © HERWIG VERGULT - Belga

Le vice-président du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, et son président, présentent officiellement ce jeudi à Bruxelles son dernier rapport. Inondations sécheresses, tempêtes, les événements climatiques extrêmes de ces dernières années sont-ils liées au réchauffement global ? C’était la question de ce rapport.

Invité dans "Expresso" sur Matin Première (à réécouter ci-contre), Jean-Pascal van Ypersele a confirmé ce lien entre ces épisodes extrêmes et le réchauffement climatique : "Cela va être de plus en plus difficile de ne pas relier les événements climatiques à l’évolution du climat. Cela ne veut pas dire que l’on peut univoquement lier chaque événement aux changements climatiques. Mais dans un climat, qui change bien sûr, la probabilité des événements extrêmes et l’intensité d’une bonne partie des événements extrêmes augmentent. Par exemple, on comprend bien  que si la température moyenne augmente, la probabilité d’avoir des vagues de chaleur importantes augmente de manière significative".  

Quelles mesures prendre ?

A la question de savoir s'il y a des pistes de mesures à prendre pour faire face à ces épisodes climatiques extrêmes, le climatologue cite deux exemples :

"Au Bangladesh en 1970, un cyclone tropical a tué 300 000 personnes d’un coup. Depuis, il y a eu plusieurs cyclones tropicaux plus importants et pourtant, ils ont fait beaucoup moins de victimes. Pourquoi ? Parce qu’ils ont construit toute une série de refuges avec de petits monticules qui permettent à la population de se protéger".

"Une autre exemple, suite aux vagues de chaleur de l’été 2003 en Europe (...), vagues de chaleur qui a tout même tué 50 000 personnes en Europe, on a pris de nombreuses mesures pour s’assurer que dans les maisons de repos, les personnes âgées soient hydratées, soient accompagnées, etc. Et cela a permis dans les vagues de chaleur qui ont eu lieu depuis 2003 en Europe et ailleurs de diminuer le nombre de décès".  

N'y a-t-il pas une surenchère de chiffres ? 

Récemment, la revue "Science"  a publié une nouvelle série de chiffres sur les conséquences du réchauffement climatique. Des scientifiques estiment aujourd'hui que le niveau d'élévation des mers va se situer entre 80 centimètres et 2 mètres. Est-ce qu'on est pas aujourd'hui dans une surenchère des chiffres qui finalement pourraient nuire à la crédibilité du constat ?

"Ça c’est un article. Certains donnent des chiffres supérieurs, certains donnent des chiffres inférieurs. C’est justement pour cela qu’on a créé le GIEC il y a 25 ans", a répondu Jean-Pascal van Ypersele. "C’est pour faire le tri dans toutes les informations, pour estimer leur qualité et dans un an et demi, le GIEC va venir avec un nouveau rapport qui va dire quelle est la bonne gamme de chiffres à considérer. Maintenant, 80 centimètres à 2 mètres, c’est plutôt vers le haut, mais un mètre c’est plutôt envisageable pour la fin du siècle".

Le réchauffement climatique et le risque de nouveaux conflits

Dans un prochain rapport, le GIEC va se pencher sur les liens entre guerre et climat. D'où cette question : le réchauffement climatique pourrait être directement à l'origine de conflits internationaux ?

"C’est un des très nombreux aspects qui va être abordé dans le prochain rapport puisque le prochain rapport va être un rapport complet d’évaluation de la question climatique dans toutes ses dimensions et effectivement, les changements climatiques ayant des effets sur les ressources, que ce soit les ressources alimentaires, que ce soit les ressources en eau, cela peut exacerber des tensions. Cela peut difficilement être la seule cause de conflits internationaux. Mais les changements climatiques vont probablement malheureusement contribuer de plus en plus souvent à faciliter, à aggraver des tensions qui peuvent conduire à des conflits", estime le climatologue.

Des conférences internationales "à la fois indispensables et insuffisantes"

Après Copenhague, il y aura le sommet de la terre à Rio fin juin. On l’appelle "Rio+20", parce qu’il y a 20 ans se tenait le premier sommet censé attirer l'attention sur les enjeux climatiques. Est-ce que ce genre de rencontres internationales a une quelconque utilité vu le peu d'effet qu'elles engendrent ?

"Je crois qu’il ne faut pas être naïf et penser que les sommets internationaux vont tout résoudre d’un coup de baguette magique. Bien sûr l’action sur le terrain au niveau des pays, des communes, des citoyens est essentiel. Mais la coordination de ces actions au plan international, la collaboration entre pays du nord et pays du sud sont essentielles si on veut résoudre ce problème extraordinairement global qu’est celui de la crise climatique, la crise de la biodiversité, tous les autres problèmes d’environnement et de développement qui sont sur la table. Et donc ces conférences internationales sont à la fois indispensables et insuffisantes", a conclu Jean-Pascal van Ypersele.

 

C. Biourge avec Georges Lauwerijs

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK