Dépénalisation de l'avortement : trente ans après sa dépénalisation partielle, l'avortement reste un sujet tabou

Dépénalisation de l'avortement - Trente ans après sa dépénalisation partielle, l'avortement reste un sujet tabou
Dépénalisation de l'avortement - Trente ans après sa dépénalisation partielle, l'avortement reste un sujet tabou - © Belga

L'avortement est dépénalisé partiellement depuis 30 ans. Après trois décennies, s'il semble admis que la femme a le droit de disposer de son corps, la pratique d'une interruption volontaire de grossesse (IVG) reste taboue. "Les femmes n'en parlent pas. Personne n'en parle", relève Emilie Saey, directrice de la Fédération des centres pluralistes de planning familial."L'avortement reste sujet à un tabou moral qui imprègne encore trop souvent les femmes", pointe Julie Papazoglou, juriste et membre de l'association féministe Fem & Law. Les femmes qui avortent "gardent ce sentiment de culpabilité, comme si elles avaient raté quelque chose ou commis une faute". La société juge que la femme qui décide de ne pas garder son enfant n'aurait pas dû tomber enceinte et n'a "sûrement pas bien pris sa contraception.

Or, nous sommes fertiles de 16 à 50 ans environ, il est évident qu'on peut tomber enceinte sans avoir foiré sa contraception", souligne Mme Papazoglou. Le tabou moral est aussi "issu de quelque chose de plus structurel lié à la société patriarcale dans laquelle on vit et qui considère qu'une femme doit avoir des enfants", poursuit-elle. Le tabou, tout comme les sanctions pénales qui restent d'application, pèse aussi sur les épaules des professionnels de la santé. "Les médecins, quand ils sont en soirée chez des amis, ne vont pas dire qu'ils pratiquent l'avortement. Ils ne veulent pas casser l'ambiance", ironise Caroline Watillon, chargée de mission à la Fédération laïque des centres de planning familial (FLCPF). "C'est un sujet que l'on ne veut pas aborder, il y a une certaine distanciation", souligne-t-elle. Aux yeux d'Emilie Saeay, directrice de la Fédération des centres pluralistes de planning familial, le tabou est "sociétal. (...) En termes d'acte médical, c'est un acte comme un autre.

En termes d'éthique, c'est différent", explique-t-elle. "La loi prévoit une clause de conscience chez les médecins", leur permettant de ne pas pratiquer d'IVG si cela entre en contradiction avec leurs valeurs. "Pourquoi refuser certains actes médicaux sous prétexte que le praticien ne soutient pas le choix de la patiente? ", s'interroge-t-elle. D'autant que, selon Caroline Watillon, "nous faisons face à une pénurie de médecins qui acceptent de pratiquer l'avortement". En cause notamment: "quasiment aucune heure de cours n'est donnée sur la question en médecine généraliste et les trois-quarts du peu de théorie est axé sur les sanctions pénales", pointe la référente "avortement" à la FLCPF. "Ca ne donne pas envie de pratiquer l'avortement et c'est quelque chose qui inquiète vraiment les médecins", insiste-t-elle. "L'apprentissage à l'IVG fait seulement partie de deux cursus dans les facultés de médecine en Belgique: à l'Université libre de Bruxelles et à Liège.

Ce n'est pas suffisant", abonde Emilie Saey. "Nous demandons à ce que cela soit intégré, ainsi que la contraception, dans tous les cursus médicaux dans toutes les universités." Dans sa déclaration de politique générale, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a d'ailleurs inclus sa volonté d'inscrire les techniques d'interruption volontaire de grossesse dans le cursus des études de médecine. 

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