Dépannage alimentaire de Soignies: le nombre de bénéficiaires a doublé depuis le mois de février

Dépannage alimentaire de Soignies: le nombre de bénéficiaires a doublé depuis le mois de février, on n'en revient pas !
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Dépannage alimentaire de Soignies: le nombre de bénéficiaires a doublé depuis le mois de février, on n'en revient pas ! - © Tous droits réservés

Le dépannage existe depuis 30 ans, mais jamais autant de monde n'est venu frapper à la porte. Nous avons assisté à une distribution, un jeudi après-midi. Rencontré ceux qui patientent pendant des heures parfois pour avoir un colis, et ceux qui les aident à 'survivre'. Parce qu'il faut bien parler de survie dans certains cas.

 

Elle est venue bien à l'avance, comme d'habitude, de peur de ne plus rien avoir. "Il y a tellement de gens qui viennent ici, vous savez". Mère de quatre enfants, elle est la seule à travailler dans le ménage. "mon compagnon n'a pas de boulot, moi je suis à mi-temps". De ses maigres revenus, il faut encore retirer une partie, tous les mois, "pour envoyer en Afrique, à mes deux aînés, qui sont au pays". Les plus jeunes ont 6 et 9 ans, grâce au dépannage alimentaire "ils ont de la charcuterie dans leurs tartines, et du lait le matin".

Un peu plus loin dans la file, il y a Alexia. Tête baissée, on sent bien qu'elle a un peu honte d'être ici. "C'est nouveau pour moi", admet cette maman de trois enfants. "Dans mon cas, on peut dire que la vie a basculé. Tout allait bien, j'ai toujours beaucoup travaillé. Puis j'ai tout perdu, victime de violences conjugales j'ai dû partir avec les enfants, tout quitter. Aller dans un foyer, puis retrouver un logement, et assumer tous les frais, seule, et sans travail".

Les premières fois, elle était "atrocement gênée". Puis ça passe. Elle vient avec sa fille, de 21 ans, pendant que les petits sont à l'école. "On entend parfois que ce sont des barakis, des clochards qui viennent ici", poursuit la jeune femme. "Je peux vous assurer que c'est faux. Il y a de tout. Des gens qui dégringolent, comme nous! Qui avaient une bonne situation, et doivent reprendre à zéro".

Dans cette famille, remplir le frigo est un challenge quotidien. "J'essaye de ne pas faire les courses avec les enfants, c'est trop difficile. Ils veulent des choses que je ne peux pas leur payer, ils pleurent, ils supplient..." D'autres mamans opinent du chef. "Ca oui, ça! C'est très dur... quand ton enfant veut quelque chose, pour être comme les autres, comme ses copains de classe, et que tu n'as pas l'argent pour lui offrir...Tu te sens nulle!"

Celle qui nous parle ne touche aucun revenu depuis décembre de l'année dernière. Un an sans revenu. Juste un accès à l'aide médicale urgente. Comment est-ce possible? "Je n'ai pas de papiers, tout simplement! Je suis réfugiée du Congo, j'ai d'abord habité aux Pays-Bas, puis je suis arrivée ici. On m'a donné des papiers provisoirement, puis l'autorisation a pris fin. Je me sens prise dans un cercle vicieux. Je cherche, je cherche, je cherche du travail, tous les jours. Je vais au forem, je me présente partout. Les employeurs veulent des papiers,ils n'osent pas m'engager. Et sans emploi, je ne peux pas avoir de papiers en règle... Je ne sais plus quoi faire!"

Ses enfants comprennent les difficultés, jusqu'à un certain point. "Ils me répètent sans cesse 'tu n'as qu'à trouver du travail', mais je ne fais que ça!" Pour vivre, cette famille compte sur les autres. Le dépannage, la famille. "Je reçois de l'argent du Congo, pour payer mon loyer. Ma sœur, qui habite dans ma rue, m'aide. Elle fait à manger pour tout le monde. Je me débrouille..."

Chacun son histoire, chacun ses accidents de parcours. Là, une famille victime d'une fermeture d'entreprise. Ici, un père gravement malade. Des pensionnés, aussi, qui peinent à joindre les deux bouts. "C'est mon cas", explique Josiane, bénévole au dépannage alimentaire. "On ne touche pas grand chose, même après avoir travaillé toute une vie... "Elle se dit effrayée par la misère qui défile sous ses yeux, tous les jeudis. "Ca ne devrait plus exister, en 2017. Tant de gens qui ont faim. Des familles de 6, 7, 10 personnes parfois. Ils prennent ce qu'on leur donne, c'est pas du luxe, mais ça les aide tout de même".

Marie-Claire Vandenberge s'occupe du dépannage depuis 30 ans. "On a plus de 1300 personnes inscrites. Depuis février de l'année dernière, on a doublé... Pourtant, il y a quelques années, on pensait que ça allait s'arrêter! Mais c'est pire. On a fait le compte, on a un peu plus de la moitié d'enfants, de 0 à 16 ans. On a des réfugiés, des sans abris, un peu de tout. Ca m'effraie".

Ca l'effraie d'autant plus que les dons diminuent. "On reçoit des vivres de l'Union Européenne, comme le couscous, là par exemple! Mais on arrive au bout, tout doucement! On va recevoir de la marchandise la semaine prochaine, ce sera...de la farine. Comment voulez-vous vivre avec de la farine?"

Les bénévoles sillonnent les magasins de la région, ils achètent aussi, une partie des marchandises offertes. Une petite épicerie sociale est installée dans les locaux. "Les gens y trouvent un petit plus, à des prix démocratiques... c'est souvent vendu à perte...mais au moins ils ne se sentent pas 'assistés', c'est important aussi".

Depuis quelques mois, Thierry a rejoint l'équipe de bénévoles. Assistant social de formation, il a travaillé au CPAS de Soignies. "Une fois à la retraite, je me suis dit que j'avais beaucoup reçu de la vie, que je pouvais donner un peu aussi". Il aide l'équipe à réaliser des enquêtes sociales, pour éviter les abus, et cibler les bénéficiaires réellement dans le besoin.

A l'arrière, il nous montre les locaux de stockage, sorte de conteneurs. "On espère avoir des batiments en dur bientôt, pour répondre à plus de besoins encore. Vu l'augmentation des demandes... Les exclusions du chômage. Les réfugiés. Les pertes d'emploi. Les familles mono-parentales. Ici sur Soignies, les loyers sont déjà fort élevés, ça n'aide pas... Je crains que cet hiver les inscriptions n'augmentent encore, fortement."

Chaque jeudi, une moyenne de 130 familles défilent au dépannage. "Avant, on fermait pendant l'été, et le dépannage était accessible une semaine sur deux. Désormais, c'est toute l'année, et chaque semaine."

La plupart des bénévoles sont pensionnés, "depuis longtemps, j'ai 84 ans, moi!" nous dit la "préposée" au pain. Qui prendra la relève? Qui pour décharger les camions, transporter les caisses? Où trouver des financements supplémentaires? "On réfléchit constamment à ces questions, encore plus à l'approche des fêtes de fin d'année. Vous savez, on essaye de leur offrir un peu plus que d'habitude, pour faire un petit repas de fête quand même... c'est difficile. On ne sait pas jusqu'à quand on pourra tenir", soupire Marie-Claire.

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