Denis Ducarme a-t-il favorisé une entreprise qui avait vendu des oeufs au fipronil ?

L'Agence fédérale pour la sécurité alimentaire a-t-elle pu agir librement dans le cadre du dossier des œufs contaminés au Fipronil ? A Aubel, en province de Liège, une entreprise qui emballe des œufs, Baltus, a, selon les rapports de l'AFSCA, mis des oeufs contaminés sur le marché. L’agence a voulu retirer les agréments et autorisations de la société Baltus, ce qu'elle n'a pas obtenu.

Aujourd’hui, plusieurs membres de l’agence estiment qu’ils ne peuvent plus travailler en toute liberté. Certains dénoncent l'interventionnisme de leur ministre de tutelle Denis Ducarme.

La RTBF a pu se procurer des documents exclusifs.

En août 2017, la crise du fipronil

L’AFSCA s’intéresse au cas de cette entreprise d’Aubel depuis longtemps. Ses pratiques sont un danger potentiel pour la santé. L'agence constate en particulier des problèmes de traçabilité des oeufs. Au mois d’août de l’an dernier, en pleine crise du Fipronil, les inspecteurs de l'Agence découvrent que des oeufs contaminés se sont retrouvés chez les clients de la SPRL Baltus. Et l'entreprise n’aurait pas cherché à récupérer tous ses lots. 

Le 2 octobre 2017, l’AFSCA signifie donc aux propriétaires de la société son intention de lui retirer ses autorisations et agréments. L'entreprise dispose d'une possibilité de recours. La commission de recours propose de ne pas lui retirer ces agréments, à condition que le contrôle suivant soit favorable. Il ne l'est pas. Théoriquement, la société aurait dû fermer. Au bout de la procédure, le 18 janvier dernier, le libéral Denis Ducarme, ministre de tutelle, offre "de manière exceptionnelle" un nouveau délai de dix jours à l’entreprise. Six mois après le le début de l'affaire, et alors que la crise du fipronil est terminée, la SPRL Baltus se met enfin aux normes.

Des tensions entre le ministre et l'AFSCA

Pour plusieurs agents de l’AFSCA à qui nous avons parlé, ce dossier garde un goût amer. Ils estiment que leur ministre de tutelle s’est immiscé dans leur travail. Pire : que de manière plus générale, il "cherche à prendre les commandes de l’agence". Un cas qui serait symptomatique d’une crispation entre l'AFSCA et son ministre de tutelle. Dans le document qui suit, Denis Ducarme innove : tout retrait d'agrément devra être au préalable validé par lui-même. Une première selon nos informateurs au sein de l'AFSCA. 

 

 

Le ministre Ducarme défend sa position

Denis Ducarme nous a assuré avoir toujours respecté la loi. Il explique "vouloir soutenir les petits producteurs lorsqu'un risque spécifique pour la santé humaine est écarté". Dans un courriel envoyé à la RTBF, le ministre continue : "Le dossier arrive le 17 décembre 2017 au cabinet. L'AFSCA ne nous a pas parlé de ces problèmes qui dataient du mois d’août." A ce moment, "Certains problèmes de la crise du Fipronil, liés au retrait d’un lot d’œufs contaminés, sont déjà bien loin et résolus."

Dans un nouveau communiqué envoyé ce vendredi, le ministre Ducarme veut distancier ses décisions de la crise du fipronil : "La commission de recours de l’AFSCA avait décidé de maintenir les agréments et autorisations jusqu’au 10/01/2018, par rapport à un dossier ouvert depuis février 2016. Après un délai ultime accordé par le ministre l’entreprise sera aux normes le 29/01/2018 soit près de 2 ans après l’ouverture du dossier". Mais la lettre de l'AFSCA à l'entreprise Baltus publiée plus haut sur cette page montre que la demande de retrait d'agrément fait suite à la découverte d'oeufs contaminés au fipronil chez les clients de la SPRL Baltus.

La société Baltus conteste

Contactée ce jeudi après-midi, la firme Baltus n'a pas souhaité répondre à notre demande d'interview. Son avocat non plus. Mais la SPRL conteste les accusations. Selon Denis Baltus, un seul lot d'oeufs a été infecté par le fipronil et rappelé.

null

null

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK