Démographie: les femmes ont deux fois moins d'enfants qu'en 1950

En moyenne, dans le monde, les femmes ont 2,4 enfants aujourd'hui, au lieu de 4,7 il y a presque 70 ans. La fécondité mondiale a donc globalement baissé de moitié depuis 1950. Mais ces chiffres cachent de lourdes disparités selon le niveau de vie : si les taux de naissances déclinent dans les pays riches, ils flambent dans les pays en développement, selon une étude parue dans la revue The Lancet aujourd'hui.

Selon le professeur de démographie à l'UCLouvain, Bruno Schoumaker, ce phénomène n'est pas nouveau. Cela fait partie de ce que l’on appelle la transition démographique. "La mortalité commence à baisser, puis quelques temps après, la fécondité, donc le nombre d’enfants par femme, baisse. Aujourd'hui, nous sommes plutôt en fin de transition démographique dans le monde. Nous sommes un peu au-delà de deux enfants par femme. Mais cela tend vers deux enfants, qui est à peu près le niveau d’équilibre, le niveau auquel la population mondiale ne croîtra plus."

L'immigration compense le déficit des naissances

91 pays, principalement en Europe et sur le continent américain, n'ont pas un nombre de naissances suffisant pour maintenir leur population actuelle. "Dans certains pays, le nombre d’enfants par femme est très faible et la croissance est négative, donc la population de ces pays diminue. Dans d’autres, c’est en partie compensé par l’immigration. C’est-à-dire que s’il n’y avait pas d’immigration, la taille de la population baisserait", explique le professeur.

A l'inverse, en Afrique et en Asie, les taux de fécondité sont en augmentation, selon cette étude de l'Institut de métrologie et d'évaluation de la santé (Université de Washington). Par exemple, les femmes du Mali, du Tchad et de l'Afghanistan ont en moyenne plus de six bébés, voire sept pour celles du Niger."Ce que l’on constate actuellement, c’est que la fécondité est la plus élevée en Afrique subsaharienne : entre 4 et 5 enfants par femme en moyenne", remarque-t-il. "Cela baisse, mais cette diminution a commencé bien plus tard qu’ailleurs. La conséquence, c’est que la croissance démographique dans le monde se produit dans une large mesure dans cette région." 

Parmi les facteurs socio-économiques qui expliquent ces disparités, l'éducation joue un rôle particulièrement important, selon les auteurs de l'étude. Bruno Schumacher ajoute qu'il faut également prendre en compte "les progrès sanitaires et l’amélioration de la disponibilité des méthodes de contraception."

La population est toujours en croissance

La population mondiale est passée de 2,6 milliards d'individus en 1950 à 7,6 milliards l'an dernier. Et cette croissance va continuer dans les dizaines d'années à venir, pense Bruno Schoumaker. "Il y a une forte inertie dans les évolutions démographiques et nous sommes quasiment sûrs que la population va continuer à augmenter", pour tourner autour de onze milliards d’habitants environ. "Cela dépendra de la vitesse à laquelle la fécondité diminuera, essentiellement."

Pour le professeur, la population n'est pas encore prête à se stabiliser. "Elle va peut-être diminuer ou augmenter doucement. Il y aura peut-être des fluctuations. Le modèle de transition démographique que les démographes utilisent nous conduit à penser que la croissance démographique sera nettement plus faible qu’elle ne l’est actuellement. Mais on ne peut évidemment pas prédire qu’il y aura une stabilisation tout à fait parfaite."

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