Déménager un hôpital en un week-end, un vrai défi

Déménager un hôpital sur un week-end, un vrai défi
Déménager un hôpital sur un week-end, un vrai défi - © RTBF

Les 18 et 19 octobre, l'hôpital civil de Charleroi déménagera à Lodelinsart et s'appellera Marie Curie. Le défi: déménager plus ou moins 250 patients en un week-end, estimation faite à partir du taux d'occupation de l'hôpital à la même époque sur les dix dernières années. De plus, à ce stade, on ne connait pas encore les patients qui seront hospitalisés ce week-end là ni, bien entendu, leur état de santé. Depuis des mois, ce grand déménagement se prépare minutieusement, rien n'est laissé au hasard.

Pour le directeur médical Michel Daune, c'est une première européenne: "dans la littérature consultée, je n'ai rien trouvé de semblable en Europe depuis 50 ans...". Pour des raisons économiques, ce n'est pas envisageable d'étaler ce déménagement sur une plus longue période puisque pendant toute la durée, les deux sites, l'ancien et le nouveau, doivent continuer à fonctionner de manière optimale: "dès que le premier patient aura quitté l'hôpital civil pour arriver à Marie Curie, il bénéficiera de toutes les infrastructures nécessaires à sa sécurité: soins intensifs, bloc opératoire, imagerie médicale... et tant que le dernier patient n'aura pas quitté l'hôpital civil de Charleroi, il devra bénéficier de cette même technologie; c'est vraiment très compliqué à gérer et plus court c'est, mieux c'est". Il va de soi que la sécurité du patient sera assurée aussi pendant le transport, une idée maîtresse qui sous-tend toute la préparation du déménagement.

Pour bien comprendre regardez le reportage de Dominique Burge

Gérer comme une situation de crise

 

Le déménagement des 250 patients sera calqué sur le mode de gestion de la médecine catastrophe. Le docteur Vranckx, chef de service associé aux urgences du CHU de Charleroi connaît ces pratiques: "C'est une méthode de travail qui permet de compenser un manque de moyens par rapport aux besoins que l'on a. Ici, si on avait autant d'ambulances que de patients avec un couloir chauffé qui relierait les deux sites, on ne serait pas dans une situation d'exception".

Ainsi, la veille du déménagement, une équipe médicale fera le tour de chaque service, rencontrera chaque patient pour évaluer sa mobilité; chacun recevra un bracelet de couleur correspondant à son état de santé (alité, sous oxygène, contagieux, en chaise roulante...); ce qui permettra de le placer dans un véhicule adapté.

Tout sera encodé pour permettre aux responsables, à chaque étape du transfert, de suivre le patient. Le docteur Vranckx a aussi opté pour un déplacement en convoi de huit ambulances de différents types, toujours pour assurer la sécurité du patient. Impossible de mettre un médecin réanimateur dans chaque ambulance; par contre, un SMUR (un service mobile d'urgence et de réanimation) sera présent dans chaque convoi: "si un patient fait un malaise brutal dans l'hôpital, il bénéficie d'une équipe spécialisée qui intervient en moins de deux minutes; on doit offrir le même service pendant la durée du trajet... la littérature médicale montre que le transfert peut s'accompagner facilement de 50% d'événements indésirables, il faut les anticiper, prévoir des plans B...".

Le déménagement de la logistique

Si la grande majorité du matériel est neuf dans l'hôpital civil Marie Curie, il reste aussi à évacuer de l'hôpital civil de Charleroi, 3 500 cartons; soit 1 500 m3 à déménager parallèlement au transfert des malades. Olivier Louette est chargé de la partie logistique. Sa préoccupation principale pendant ce fameux week-end du 18 et 19 octobre: la fluidité des ascenseurs: "on va vider un hôpital dans lequel, il y a des patients, des familles qui viennent rendre visite pour remplir un hôpital neuf dans lequel les familles viendront aussi s'assurer que leur malade est bien installé et pendant ce temps-là, je dois amener tout le matériel, cela demande un minimum d'organisation".

Excitation et sérénité

Si quelques membres du personnel se sentent encore stressés, la plupart sont plutôt excités à l'idée de travailler avec un outil performant. Tout a été mis en place pour familiariser les équipes à leur futur environnement: visite de Marie Curie mais surtout séance de formation pour se familiariser avec la nouvelle technologie. Quand aux organisateurs du déménagement, ils sont plutôt confiant. Marc Vranckx nous confie: "avant de commencer, c'était un projet angoissant; maintenant qu'on a bien avancé dans les moindres détails de chacune des étapes, on est relativement serein et peu inquiet".

Dominique Burge

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