Delphine Boël expose à Knokke : "Quand je suis devenue célèbre, j'étais le linge sale du Roi"

Delphine Boël s’exprime au micro de notre confrère de la VRT Chris Michel pour la première fois depuis le procès qui a amené à sa reconnaissance par le roi, le 27 janvier dernier. La fille du roi Albert II expose à la galerie Guy Pieters à Knokke de ce samedi 8 août jusqu’au 13 septembre.

Les œuvres qu’on y découvre sont comme un carnet intime. Elle les a longtemps cachées à son entourage.

Exposition de Delphine à la galerie Guy Pieters

Guy Pieters Gallery Delphine Boel

Guy Pieters Gallery Attitude The first view of the exhibition will take place on Friday 7 August from 11 AM until 6 PM Saturday 8 August from 11 AM until 6 PM Sunday 9 August from 11 AM until 6 PM in accordance with COVID 19 regulation

Celles que lui a inspirées cette période chahutée sont sombres. Sur un fond noir, des lettres torturées se détachent : "C’est tellement étrange, que je dérange", déchiffre-t-on en anglais, "me voulaient-ils ? Avais-je le droit d’exister ?".

Delphine, comme elle aime se faire appeler, a exprimé sa souffrance au travers de poèmes qu’elle a ensuite retranscrits en œuvres d’art.

Car ce qu’elle a vécu l’a profondément marquée. Ce rejet qu’elle a subi, elle le renverse en écrivant le mot "Love" en lettres de feu.

"Quand je vivais à Londres, ils m’ont demandé d’aller très loin pour que toute cette affaire disparaisse. Mais j’ai décidé de rester à Londres", livre-t-elle à notre confrère. Et cette injonction venait des "gens qui conseillent la Cour".

Je voulais que mes enfants n’aient jamais à se demander d’où ils venaient

Elle revient aussi sur ce qui l’a poussée à intenter ces procédures en justice en 2013, quand le roi Albert II a abdiqué et n’a plus bénéficié d’aucune immunité. Elle avait alors atterri sur une liste noire internationale. Son compte en banque avait été fermé, elle avait des problèmes pour voyager. "Quand j’ai voulu ouvrir un compte en banque pour mes enfants, l’ordinateur a flashé, considérant qu’ils étaient politiquement exposés. Ils n’avaient qu’11 ans quand j’ai voulu leur ouvrir ce compte".

Elle évoque ses enfants encore comme moteur de son action en justice. "Je voulais qu’ils n’aient jamais à se demander d’où ils venaient".

J’étais le linge sale du roi Albert II

En janvier 2020, Albert II a reconnu que Delphine Boël était sa fille. Depuis quelques mois d’ailleurs, l’œuvre de l’artiste est à nouveau joyeuse et colorée.

"Je suis heureuse que la justice de ce pays soit saine. Dire que je suis ‘heureuse’, non, je ne peux pas encore le dire. Je dois encore digérer tout cela car ce fut un très long parcours, pour quelque chose qui selon moi aurait pu se dérouler différemment. Donc non, je ne peux pas encore dire que je suis heureuse. En fait, j’ai encore ce sentiment que ce sont des avocats qui ont dit [que j’étais sa fille]. Ces mots ne sont pas sortis de sa bouche à lui [Albert II]".

Ce fut un très long parcours. Long et sale. "Quand je suis devenue célèbre, ce ne fut pas comme si j’étais une pop star. Je suis devenue célèbre en tant que ‘scandale’. J’étais le linge sale du roi Albert II".

Cette situation lui a inspiré cette phrase, qu’on peut lire sur l’une de ses œuvres exposées à la côte belge : "I do not deserve the fame of shame".

Et à la question "Auriez-vous préféré être une artiste qui n’était pas la fille d’un roi ?", elle estime que la question ne se pose pas vraiment en ces termes… mais qu’elle aurait aimé "être la fille de parents qui l’auraient aimée et acceptée".

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