Déficit, endettement, investissements en baisse: la santé fragile des hôpitaux belges

Dès le départ, dans son étude sur les enjeux du secteur de la santé en Belgique, la banque Belfius pose le contexte : dans tous les pays industrialisés, les budgets des soins de santé sont sous pression. Objectifs budgétaires, ralentissements de l’économie et vieillissement de la population. Un cocktail détonnant qui pèse sur le budget des soins de santé en général, et donc des hôpitaux. En fragile santé.

Même si le budget des soins de santé par rapport au PIB reste stable en moyenne en Belgique (10% entre 2011 et 2016), Belfius note qu’il a été mis à rude épreuve sous la dernière législature. Ainsi, entre 2014 et 2018 (Gouvernement Michel), la croissance du budget des soins de santé était de "seulement" 1,5%, contre 4,5% sous la législature précédente. De plus, un effort structurel de 236€ millions a été demandé à l’horizon 2018.

Or, le respect de cette norme budgétaire (+1,5%) pose un problème. Non seulement parce que depuis 2015, on assiste à un dépassement du budget des médicaments de près d’un milliard d’euros, et les perspectives ne sont pas plus enthousiastes : jusqu’en 2024, des dépassements sont prévus pour tous les postes de santé (et en particulier pour les produits pharmaceutiques, voir graphique ci-dessous).

Mais au vu de l’état des finances publiques, des nouvelles mesures d’assainissement seront nécessaires, du moins si l’on veut atteindre les objectifs du pacte de stabilité européen. Pourtant, l’accélération du vieillissement de la population ne va pas arranger la situation. Regardez l’infographie ci-dessous : la part des pensions, des soins aigus et des soins de longue durée augmentent fortement.

Endettement en baisse, mais…

Aujourd’hui, un hôpital sur trois chez nous est déficitaire (32%). C'est beaucoup mais par rapport à l'année précédente (44%), la situation s'est quand même améliorée. Dans le même temps, les revenus des hôpitaux (le chiffre d’affaires), lui, s'élève à plus de 15 milliards d'euros, il a augmenté de 5% même si le bénéfice direct pour les hôpitaux est insignifiant : 0.2%. Arnaud Dessoy, directeur des études chez Belfius précise et met en garde : "Si les revenus des hôpitaux augmentent, c’est parce que le prix des produits pharmaceutiques augmente. Les hôpitaux peuvent en dégager une faible marge, mais il ne faut pas oublier qu’à terme cela va poser des problèmes budgétaires pour l’État. De plus, le dérapage au niveau du budget des médicaments ne fait que s’accentuer au fil des ans, donc ce n’est pas une solution structurellement".  

Défis nombreux

Soumis à une forte pression budgétaire, les hôpitaux ont pourtant de nombreux défis à relever : la modernisation des infrastructures est nécessaire mais demande de nouveaux financements, la réussite du modèle ambulatoire (la prise en charge médicale sans hospitalisation ou pour une très courte durée seulement) coûte cher, et la réorganisation du paysage hospitalier pose encore beaucoup de questions : quel financement pour les réseaux ? quelle organisation hiérarchique ? etc.

Arnaud Dessoy, de Belfius, n’y a pas par quatre chemins : "Concernant le budget des soins de santé, on est à l’os". Pourtant, selon l’index Euro Health Consumer, la Belgique est classée 5e au point de vue international en termes de performance et d’accessibilité des soins. Tout l’enjeu consiste à pouvoir maintenir ce niveau dans les années à venir.

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