Défaillance de Soyouz: pas de retour dans l'espace prévu avant le printemps 2019

Décollage de la fusée Soyouz MS-10 depuis le cosmodrome de Baïkanour, le 11 octobre 2018 au Kazakhstan
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Décollage de la fusée Soyouz MS-10 depuis le cosmodrome de Baïkanour, le 11 octobre 2018 au Kazakhstan - © Kirill KUDRYAVTSEV

Le cosmonaute russe Alexeï Ovtchinine et l'astronaute américain Nick Hague retourneront dans l'espace au printemps 2019, après l'échec au décollage de la fusée Soyouz qui devait les transporter vers la Station spatiale internationale (ISS), a annoncé vendredi le directeur de Roskosmos, Dmitri Rogozine.

"Nous prévoyons leur vol pour le printemps de l'année prochaine", a déclaré sur Twitter M. Rogozine en postant une photo de lui-même aux côtés d'Alexeï Ovtchinine et Nick Hague tout sourire.

Il a ajouté que les deux astronautes étaient rentrés à la Cité des étoiles, le principal centre d'entraînement des cosmonautes près de Moscou.

Des vols suspendus le temps de l'enquête

Ce message a été posté peu de temps après l'annonce de la suspension du prochain lancement d'une fusée Soyouz avec trois nouveaux membres d'équipage vers l'ISS prévu initialement le 20 décembre. Et de manière générale, de tous les vols, le temps de l'enquête.

Les fusées russes Soyouz qui sont les transporteurs exclusifs de tous les astronautes de la planète vers l'ISS depuis 2011 sont clouées au sol jusqu'à la conclusion de l'enquête diligentée par l'agence spatiale russe sur les causes de la défaillance d'une fusée transportant un Russe et un Américain, jeudi matin au Kazakhstan, a-t-il été communiqué.

Des astronautes bloqués sur l'ISS

L'envoi d'un cargo spatial russe Progress, qui devait être expédié le 31 octobre par Soyouz pour ravitailler l'ISS, devrait également être reporté selon Roskosmos.

Les premiers résultats de la commission d'enquête sont attendus le 20 octobre, a ajouté vendredi l'agence russe.

Le prochain vol vers l'ISS, où se trouvent actuellement trois cosmonautes, l'Allemand Alexander Gerst, l'Américaine Serena Aunon-Chancellor et le Russe Sergueï Prokopiev, était prévu pour décembre.

L'Agence spatiale européenne a souligné que ce tir avorté aura "un impact" sur le planning de l'ISS et sur la mission d'Alexander Gerst, dont le retour devait avoir lieu le 13 décembre.

"Dans le cas présent, il s'agit de véhicules habités, donc les enquêtes devront être encore plus rigoureuses", explique Erik Seedhouse, professeur à l'université aéronautique Embry-Riddle en Floride.

Pour l'expert américain, il n'est donc pas exclu que les trois membres d'équipage actuels de l'ISS doivent rester plus longtemps que prévu.

En général, l'ISS a cinq ou six spationautes à bord, pour des missions d'environ six mois. Ils se relaient et l'ISS a ainsi été continuellement habitée depuis novembre 2000.

Une date-limite pour un retour sur Terre

Un problème potentiel est que le vaisseau Soyouz leur permettant de revenir sur Terre, qui est déjà amarré à l'ISS, a une limite d'environ 200 jours à partir de l'amarrage en juin dernier, en raison des batteries installées à bord, a confirmé la Nasa... ce qui repousse en théorie à janvier la date-limite pour un retour sur Terre.

C'est le seul vrai facteur limitant, ajoute John Logsdon, expert américain de l'histoire spatiale et professeur émérite à l'Université George Washington. En termes de vivres, l'équipage peut durer de nombreux mois, et l'ISS est régulièrement ravitaillée par des missions cargo japonaises et américaines.

Quand les fusées américaines seront-elles prêtes?

La Nasa a remisé ses navettes spatiales au garage en 2011, et paie la Russie des dizaines de millions de dollars par place pour envoyer ses astronautes sur l'ISS.

Mais ces contrats s'arrêtent fin 2019, et la Nasa a passé des contrats avec des compagnies américaines pour prendre le relais: Boeing d'une part et SpaceX de l'autre.

Désormais plus contrainte sur son budget qu'à la grande époque Apollo, la Nasa a changé sa relation avec l'industrie, en devenant cliente alors qu'elle était autrefois partenaire des grands sous-traitants industriels pour développer ses propres fusées.

La compagnie d'Elon Musk, par ailleurs patron du constructeur de voitures électriques Tesla, s'est engouffrée dans la brèche avec ses fusées Falcon 9. SpaceX a lancé depuis 2012 de nombreux satellites de l'agence spatiale américaine, et effectué 16 missions de ravitaillement de l'ISS.

Tout naturellement, elle a été sélectionnée pour envoyer des astronautes de la Nasa sur l'ISS, ce qui sera une première historique pour une compagnie privée.

Mais son programme, comme celui de Boeing, a pris du retard, comme c'est souvent le cas dans le secteur. Le dernier calendrier prévoit un premier vol test à vide de la Falcon 9 équipée de la nouvelle capsule habitable Dragon en janvier 2019, avec un test habité en juin 2019. Pour Boeing, ce sera en mars et août 2019, respectivement.

Une Station vide?

Les problèmes de Soyouz ajoutent au casse-tête pour les Etats-Unis, qui ont comme politique d'avoir une présence continue dans l'espace. Une interruption serait désastreuse en termes d'image, mais aussi pour les nombreux travaux de recherche à bord de l'ISS, qui est un véritable laboratoire scientifique.

Le moindre nouveau retard chez SpaceX ou Boeing risquerait de repousser l'homologation et la première mission d'envoi d'astronautes à 2020 au lieu de 2019.

L'incident de jeudi "accroît la pression sur le programme privé de transport américain pour tenir le calendrier", dit John Logsdon à l'AFP.

L'ISS est du reste capable de voler sans présence humaine, pendant "une longue période", a assuré Kenny Tood, de la Nasa, jeudi.

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