Déconfinement rapide, apparition du variant indien plus contagieux, inquiétant ? "Il faut étendre la couverture vaccinale"

Réouverture des terrasses ce 8 mai, assouplissements prévus en juin pour la culture et l’Horeca, et ce alors qu’il reste plus de 700 patients en soins intensifs, et que le variant indien, moins reconnaissable par les vaccins, semble s’implanter en Belgique : est-ce qu’on va trop vite pour déconfiner en Belgique ?

Emmanuel André, virologue à la KU Leuven, et Charlotte Martin, infectiologue au CHU Saint-Pierre, apportaient une réponse nuancée à cette question dans le Parti Pris de Matin Première.

L’effet bouchon de champagne

Les rassemblements comme à Flagey, pour Emmanuel André, "C’est l’effet bouchon de champagne : il y a des signaux positifs, et il est donc très difficile de faire comprendre qu’il faut encore faire attention. Ce qu’il faut maintenant, c’est qu’à chaque étape, la vaccination précède les prochains assouplissements".

Pour Charlotte Martin, non, on n’est pas allé trop vite, mais "il faut accompagner ces réouvertures de messages très clairs, faire du lavage de cerveau avec la vaccination, mais aussi la quarantaine de retour de voyage, se faire tester quand on a des symptômes… Il va falloir répéter ça, je pense pendant plusieurs années…".

Une quarantaine bien nécessaire quand on voit que 5 nouveaux cas de contamination ont été détectés chez des Bruxellois cette semaine : parmi eux, trois revenaient d’Inde. Est-ce inquiétant ?


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"Oui, il y a un motif d’inquiétude car il est plus contagieux que le variant dominant, le Britannique, qui était déjà plus contagieux que la souche de départ. On a donc le même potentiel que ce qui est arrivé en janvier : on s’attend à ce qu’il y ait un remplacement d’un variant par le nouveau plus contagieux. C’est d’ailleurs déjà ce qui est en train d’arriver en Grande-Bretagne, qui est toujours un peu en avance sur nous.

Mais ce qui me rassure c’est qu’on a aujourd’hui une large couverture vaccinale, notamment des personnes les plus âgées. Ça veut dire que ça n’aura pas le même impact sanitaire, même si ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas. Car il faut être lucide, une fois que le variant commence à s’implanter via des contaminations secondaires, il va devenir dominant."

"Le destin du virus"

Charlotte Martin le souligne d’ailleurs, "c’est le destin d’un virus de devenir plus contagieux, en mutant, pour circuler plus mais il n’en devient pas nécessairement plus virulent".

Le danger est toutefois aussi qu’en mutant, il devienne plus difficile à reconnaître par les différents vaccins. "Il sera par définition un peu moins bien reconnu par nos anticorps, concède Emmanuel André, mais ce qui va compenser cette diminution de l’efficacité, c’est que beaucoup de personnes ont beaucoup d’anticorps, et donc on va compenser cette petite différence par le fait que beaucoup de personnes sont protégées".

C’est pourquoi il est important de continuer à se faire vacciner, et d’étendre notre couverture vaccinale, expliquent les scientifiques : la presse a fait état ces derniers jours de quelques personnes vaccinées qui sont malades, mais "même s’il est étonnamment efficace pour un vaccin aussi rapidement mis eu point, aucun vaccin n’est efficace à 100%, et ce en particulier chez des personnes fragiles. On voit de plus en plus de cas de personnes fragiles qui ne développent pas d’anticorps, même chose chez des personnes très âgées

Ce qu’on peut faire, par contre, pour protéger ces personnes plus fragiles, c’est protéger les personnes autour d’elles, car alors elles vont faire barrière en stoppant, elles, la circulation du virus".

Et dans cette protection mutuelle, le vaccin AstraZeneca n’est pas à dédaigner : "Il offre une vraie protection contre les formes les plus graves", insiste Emmanuel André. "L’important est aujourd’hui d’étendre la couverture, et il ne faut donc gaspiller aucune dose".


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Et ce même si Charlotte Martin reconnaît que "ce n’est pas le plus pratique", et qu’il est donc compréhensible que pour l’avenir, on se tourne plutôt vers d’autres solutions.

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