Après avoir voyagé tout l'été, les variants du Covid risquent-ils de pourrir notre automne?

Oui, les variants du coronavirus peuvent contribuer à une transmission accrue du coronavirus, et oui, les voyages peuvent contribuer à une dissémination de ces variants. Faut-il donc craindre cet été et les voyages à venir ? Réponse tout en nuances avec l’apport des récentes études et l’éclairage de Simon Dellicour, chercheur au Laboratoire d’Épidémiologie Spatiale de l’ULB.

Des chiffres rassurants, mais...

On revient de loin : après une troisième vague qui a effrayé une majorité des pays européens, les chiffres de l’épidémie de Covid-19 sont rassurants partout, ils sont en baisse, notamment grâce aux effets de la vaccination.

Mais cela ne doit pas nous faire oublier que nous avons connu la même baisse à l’approche de l’été 2020, et que l’épidémie a pourtant repris vigueur un peu partout à l’automne. Avec des conséquences particulièrement dramatiques en Belgique et une deuxième vague encore plus meurtrière sur la longueur que la première.

Or, une étude récemment parue dans Nature nous montre que cette reprise des transmissions n’est pas étrangère aux voyages de l’été. Centrée sur la dissémination d’un variant parti d’Espagne, cette étude montre que "malgré les restrictions de voyage, le variant 20E (EU1) a été introduit des centaines de fois dans les pays européens par des voyageurs estivaux", et que cela a sans doute "sapé les efforts locaux pour maintenir les cas de SRAS-CoV-2 bas".

...Ne risque-t-on pas de tout gâcher avec les voyages de cet été?

D’après les auteurs, ce variant qu’on a surnommé "espagnol" à l’époque n’était pourtant même plus virulent, comme c’était le cas pour le variant Alpha (dit "anglais"), à la base de la troisième vague dans la plupart de nos pays européens.

La question qui se pose dès lors, c’est : les voyages de cet été ne risquent-ils pas de disséminer un nouveau variant en Europe, alors qu’on sait maintenant que le variant Delta (dit "indien") serait encore plus transmissible que le variant Alpha ?


A lire aussi : Vaccination : "L’arrivée rapide du variant indien nous pousse à une course contre la montre"


"Il y a effectivement un risque, reconnaît Simon Dellicour, épidémiologiste à l’ULB. Concernant le variant Delta, il y a en fait une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est que ce variant serait en effet encore plus transmissible que le variant Alpha qui était lui-même plus transmissible que les variants précédents et très probablement en grande partie responsable de ce que l’on a appelé la " troisième vague " chez nous. La bonne nouvelle, c’est que les vaccins continuent à fournir une protection contre ce nouveau variant Delta, mais à la nuance près qu’il semble que l’importance des deux doses soit encore plus importante que face aux autres variants."


►►► À lire aussi : Toutes les infos sur le coronavirus


Les dernières données qui proviennent du Royaume-Uni montrent une reprise des contaminations mais avec un "dédoublement des courbes", souligne Simon Dellicour : "Il y a en effet une ré-augmentation des cas dans plusieurs régions mais il semble que cela soit principalement au sein de tranches d’âge plus jeunes et donc non-vaccinées, avec notamment de nombreux cas rapportés dans les écoles. La résultante c’est que la courbe des hospitalisations ne suit pas celle du nombre de cas comme elle a pu le faire lors des phases épidémiques précédentes".

Reportage du JT du 7 juin :

Une course contre-la-montre

Ce qui nous placerait dans une sorte de "course contre-la-montre", selon Simon Dellicour, entre les deux doses de vaccination, et la circulation active d’un variant encore plus transmissible. "Un élément positif : pour le moment ce variant est encore très minoritaire chez nous et donc cela va encore prendre un peu de temps avant qu’il ne devienne majoritaire, ce qui a donc des chances d’arriver. Cela devrait donc nous permettre d’atteindre la période des vacances scolaires avant que ce variant ne circule trop chez nous, ce qui est une bonne chose étant donné les observations qui nous proviennent des écoles du Royaume-Uni".


A lire aussi Coronavirus dans le monde : le variant delta (indien) progresse encore, selon l’OMS


L’enjeu de cet été, c’est donc que la circulation du variant Delta ne devienne pas trop importante avant que la couverture vaccinale ne soit optimale. "Il y a donc entre autres l’enjeu de ne pas importer trop de chaînes de transmission liées à ce variant. Sur le plan épidémiologique, il faut donc très certainement parvenir à limiter un maximum son importation".

Sur le papier, les règles fixées (tests à l’aller et au retour pour les non vaccinés) devraient suffire pour limiter cette dissémination des variants. Le hic, c’est qu’on ne peut pas compter sur un respect total de ces règles. Les certificats vont aider, mais on doit clairement faire attention si on ne veut pas revivre des moments difficiles à l’automne.

Faire attention, ça veut notamment dire être prudent et se faire tester avant chaque voyage même si on prend la route en voiture et qu’on n’est pas contrôlé.


A lire aussi : Coronavirus et lexique : ne dites plus variant "britannique" mais variant "alpha"... l'OMS simplifie son vocabulaire


 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK