Décès de l'avocat bruxellois Michel Graindorge, homme engagé

Décès de l'avocat bruxellois Michel Graindorge
Décès de l'avocat bruxellois Michel Graindorge - © DAVID MARTIN - BELGA

L'une des grandes figures du barreau dans les années 90 vient de disparaître. L'avocat Michel Graindorge est décédé cet dimanche après-midi à l'âge de 75 ans des suites d'une longue maladie. Souvent qualifié "d'avocat engagé", il a notamment défendu Roberto D'Orazio, le père Samuel, et les familles des paracommandos tués au Rwanda. Il avait été aussi un acteur important dans l'affaire des tueries du Brabant.

Docteur de Droit et licencié en criminologie (ULB), Michel Graindorge était avocat au Barreau de Bruxelles depuis 1965.

Sa pugnacité légéndaire et ses choix audacieux comme avocat l'avait fait surnommé le "Jacques Vergès belge". Cette pugnacité, il l'a acquise très jeune en triomphant de la tuberculose qu'il contracte à 19 ans. A peine guéri, il adhère au parti communiste, et en mai 1968, fait partie de ceux qui lanceront l'occupation de l'ULB.

Incarcéré pendant quatre mois

Devenu avocat, la notoriété publique de ce fervent défenseur des droits de l'homme, fut acquise notamment par des circonstances dont il se serait bien passé: la spectaculaire évasion de François Besse, le 26 juillet 1979, en pleine audience de la chambre du conseil. Bras droit de l'ennemi public numéro un français, Jacques Mesrine, ce passe-muraille ayant six évasions à son actif, s'était emparé d'une arme à feu collée sous le banc des prévenus, avant de prendre le président de la chambre du conseil, Jos Durant, en otage pour faciliter son départ.

Michel Graindorge fut arrêté le 31 août suivant et maintenu en détention durant quatre mois car les autorités policières le suspectaient alors d'avoir aidé son client à prendre la clé des champs, ce dont il s'est défendu bec et ongle. Il fut acquitté par le tribunal correctionnel et cette décision fut confirmée en appel.

Ses quatre mois d'incarcération auront tout de même créé un tollé dans l’opinion. Des manifestations prennent alors place devant la prison de Saint-Gilles, comme le révèle cette vidéo d'archive.

Michel Graindorge devient une figure marquante du barreau et aime à prendre la défense de personnages controversés, comme Pierre Carette membre des CCC, le Père Samuel ou le leader syndical Vincent d'Orazio. 

Il a été aussi l'avocat des familles des victimes des tueries du Brabant, qui fut l'une des grandes causes de sa carrière. L'homme n'a d'ailleurs jamais été à cours de formulations chocs lors de ses apparitions dans les médias, comme peut l'illustrer ce passage dans le JT.

Il plaidait, entre autres, pour que les crimes de sang ne soient jamais oubliés : "Quand on enlève la vie d'autrui volontairement, cela doit être imprescriptible. C'est impensable qu'on entre dans le temps avec des morts et des blessés à son actif, et que plus tard, des gens viennent nous dire "on a tué, mais allez vous faire foutre !", s'exclamait-il.

Un homme toujours fidèle à ses convictions de gauche. Il était d'ailleurs devenu en 2010 membre du PTB et lançait alors un slogan dont, il avait le secret : "Marx reviens !". Il était le papa de deux garçons et d'une fille, la violoniste et comédienne Catherine Graindorge.

RTBF avec Belga

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