Décès de Charles Manson: "A l'image de notre société moderne, le serial killer a remplacé les ogres des contes de fée"

Il a représenté le mal absolu, le diable: Charles Manson est décédé ce lundi en prison. Stéphane Bourgoin a écrit de nombreux ouvrages sur les criminels, il a rencontré Charles Manson dans sa prison dans les années 80.

Comment vous expliquez, vous, cette fascination que Charles Manson a pu susciter, et qu'il peut encore susciter aujourd'hui?

"C'est un peu la fin de l'innocence aux États-Unis. Cette année 69, c'est aussi Woodstock, mais c'est le déchaînement de violence avec Charles Whitman qui tire de la tour de l'université du Texas, une des premières grandes tueries universitaires, c'est l'apparition de Juan Corona et de toute une série de criminels en série, que l'on voit d'ailleurs pour beaucoup d'entre eux dans la nouvelle série de David Fincher, "Mindhunter", qui a été produite par Netflix. Et comme le disait si bien Alfred Hitchcock, 'pour faire un bon polar, pour faire frissonner, il faut avant tout un très bon méchant'. Et le serial killer est un peu à l'image de notre société moderne, il a remplacé les ogres, les vampires et les loups-garous des contes de fée d'autrefois".

Mais en quoi Charles Manson, précisément, sa personnalité, son parcours représentent ce bon tueur, comme vous venez de le dire?

"Peut-être parce qu'il a su beaucoup jouer avec les médias. On voit beaucoup d'images, ce qui est assez atypique à l'époque aux États-Unis, de son procès. Le voir entouré ainsi de jolies jeunes femmes, les trois qui sont poursuivies en justice pour les deux séries de meurtres qui font sept victimes en 48 heures, entre autres Sharon Tate et ses amis sur Cielo Drive et les époux La Bianca. Ils sont en admiration devant le gourou qui, pourtant, lui — je peux vous le dire pour l'avoir rencontré — est un être très petit, il fait à peu près 1 mètre 57, il est malingre, décharné lorsque je rencontre, mais c'est vrai qu'il a un regard totalement captivant, magnétique, avec des orbites noires extrêmement profondes, et ce regard sait absolument vous capter".

Vous êtes un spécialiste de ces tueurs en série, ces tueurs de masse, est-ce que dans l'histoire de ces grands criminels, il y en a d'autres qui ont été à ce point, comme Charles Manson, des icônes culturelles?

"Je ne pense pas qu'il y en ait eu d'autres, ou peut-être le seul à s'en approcher quelque peu est Ted Bundy, qui a été exécuté en janvier 1989. Là aussi, il y a déjà eu plusieurs films consacrés à Ted Bundy, il va y avoir prochainement le tournage d'un film sur Bundy avec l'acteur Zac Efron qui va reprendre le rôle de ce tueur en série, dont le procès a été le premier à être retransmis en direct sur CorpTV. Et là aussi, Ted Bundy, comme Charles Manson, jouait de son magnétisme, il se plaçait en gros plan devant la caméra en disant 'Est-ce que vous pensez que quelqu'un comme moi pourrait commettre des crimes aussi abominables?' Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que lorsqu'on est confronté à ce type d'interview en face à face, on n'a pas du tout l'image qui nous est renvoyée par la fiction, ce n'est pas Hannibal Lecter, sophistiqué, connaisseur en vins fins, c'est en fait la banalité dans l'horreur".

Comment est-ce que vous expliquez la fascination, l'attirance même peut-être parfois, que certaines personnes peuvent avoir pour ces criminels, pour ces psychopathes?

"En effet, vous avez des tueurs en série homosexuels, qui ont épousé certaines de leurs fans qui leur écrivent des lettres d'amour. Charles Manson recevait en moyenne entre 50 et 100 lettres par jour et 80% de ce courrier émanait de femmes. D'ailleurs, en 2014, il avait pour projet, alors qu'il avait déjà 80 ans, d'épouser une très jeune femme qui se surnommait Star Allura sur Internet. Il y a finalement renoncé au dernier moment parce qu'il a appris que cette femme avait pour projet de devenir son épouse pour récupérer son corps après sa mort, le faire embaumer et ensuite se balader à travers tous les États-Unis avec le cercueil en verre en exposant Manson dans des sortes de foires ambulantes".

Vous en avez rencontré beaucoup, Stéphane Bourgoin, dans votre activité des gens fascinés par le macabre, par ces criminels?

"J'ai rencontré 77 tueurs en série depuis 1979. Mis à part une ou deux rencontres qui se sont mal déroulées, je dois dire que j'ai plus de problèmes avec des fans, à la fois de mes livres et de tueurs en série, qu'avec mes rencontres avec des serial killers".

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