"Un virus microscopique a réussi là où toute l'armée nazie avait échoué": décès d'Henri Kichka à 94 ans

Parmi les nombreuses victimes du coronavirus dans nos maisons de repos, Henri Kichka, survivant d'Auschwitz est mort à l'âge de 94 ans. 

Son fils fait cette annonce ce samedi : "Un petit coronavirus microscopique a réussi là où toute l’armée nazie avait échoué. Mon père avait survécu à la Marche de la Mort. Mais aujourd’hui a pris fin sa Marche de la Vie. Il venait de célébrer ses 94 ans confiné à l’Heureux Séjour de Bruxelles, un formidable home où il était entouré, soigné, apprécié et aimé. J’ai eu la chance de lui parler une dernière fois au téléphone ce matin. Ma soeur Irène qui était à ses côtés m’a dit qu’il portait le tee-shirt que je lui avait dessiné pour ses 90 ans: mon père au pied de l’arbre généalogique de la famille Kichka."

Toute sa vie, Henri Kichka a témoigné. Il a accompagné des élèves dans le camp de la mort, il a répondu à l'équipe de Steven Spielberg dans la foulée de son film "La liste de Schindler". Henri Kischka a aussi donné d'innombrables interviews. Comme celle-ci, l'une des dernières au micro de Laurence Brecx, à l'occasion des 75 ans de la libération d'Auschwitz-Birkenau, début de cette année. Il avait accueilli une équipe de la RTBF pour raconter une fois de plus ce qu’il a vécu dans les camps.

"La majorité de ceux qui ont subi la moitié de ce que j’ai vécu n’ose pas témoigner, ils sont en larmes, ils sont fort touchés. Tandis que moi, je pense que dans toute ma vie, j’ai le devoir de raconter aux autres afin de les mettre en garde contre une tyrannie que le monde n’avait jamais connu. Des camps de concentration… des victimes innocentes qui n’ont même pas eu le temps de rentrer dans le camp, qui allaient directement dans le four crématoire, par centaine de milliers. Gazés, brûlés et leurs ossements enterrés."

Henri Kichka avait encore fait le voyage d'Auschwitz il y a 5 ans, pour les commémorations des 70 ans de la libération du camp. Il est passé par 9 camps différents, pendant 38 mois de déportation et de captivité. "Dans les autres camps, on a souffert, mais pas comme à Auschwitz. Il n’y a qu’à Auschwitz dans le monde entier que l’on a tant souffert. Pas autre part." 

Cette idée de ne plus être un réel être humain, Henri Kichka l'a souvent répétée pour expliquer comment il était au moment de sa libération. " Je n’existais plus, j’étais une loque, une lavette, un demi-cadavre. Je ne savais même pas qu’on était libéré et qu’on rentrait en Belgique. Je me considérais comme inexistant. Je n’avais pas de pensées, de réflexions, de revendications, de haine, rien. Je n’étais rien. Je n’étais pas moralement en état de raconter mes souffrances."

Longtemps, Henri Kichka s'est tu, par pudeur. Le besoin de vivre une vie normale. Parfois un trait d'humour, de dérision, sur les nazis, mais jamais contre les Allemands témoigne sa fille Irène.

Et puis, il a parlé, pour dire l'indicible : "C’est venu beaucoup plus tard. Parce qu’un jour, on m’a demandé de raconter." 

Henri Kichka avait 14 ans au moment où la guerre éclate, 16 quand il est déporté et 19 quand il revient en Belgique. Ces années de sa vie, il les a racontées dans un livre "Une adolescence perdue dans la nuit des camps."

Version longue de l'interview d'Henri Kichka

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK