Débat sur la fessée : mais en fait, pourquoi a-t-on envie d’en donner une à son enfant ?

Débats ce jeudi à la Chambre sur la fessée : trois députés CD&V et une députée Vooruit veulent modifier le Code civil pour interdire les châtiments corporels dits "éducatifs" comme la gifle ou la fessée. Parce que justement, les études montrent qu’elle n’est pas éducative.

Mais en fait, pourquoi recourt-on à la gifle ? Ou en tout cas, pourquoi a-t-on parfois envie, en tant que parent, d’en mettre une ? Il y a d’abord la société dans laquelle on vit. Si elle l’accepte ou non. C’est l’objet des débats de ce jeudi : est-ce que la Belgique se positionne comme une société qui n’en veut plus ? Pour Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons, c’est déjà le cas. "Si certains parents l’ont connu dans un contexte culturel qui lui donnait du sens, ils doivent aujourd’hui réviser cette éducation car dans le climat éducatif actuel, pour un enfant, recevoir une gifle pourrait être vécu comme humiliant parce qu’il va très vite percevoir que les autres n’en reçoivent pas."


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Pour le spécialiste, voter cette loi, c’est confirmer ces valeurs. "On est dans une société – et c’est plutôt heureux – qui veut éviter toutes les formes de violences." À noter que la Belgique est un des derniers pays européens à légiférer sur la question.

Bruno Humbeeck parle ici de la fessée utilisée comme "moyen d’éducation" en précisant que, justement, ça n’en est pas un. "Lhumiliation et la douleur n’ont aucune vertu pédagogique. Toutes les études le montrent." Mais il y a aussi la gifle qui "part toute seule" vous diront certains parents qui, en général, culpabilisent après coup.

La montée de cortisol, hormone du stress

Dans ce cas, "c’est le signe d’une exaspération", explique le psychopédagogue de l’UMons. La goutte d’eau qui fait déborder le vase et qui fait que, ce jour-là, le parent est arrivé à bout. "Surtout dans la période actuelle où on est amenés à vivre non pas les uns avec les autres mais les uns sur les autres", précise Bruno Humbeeck.

Pour cette claque exceptionnelle, même si elle n’est pas justifiée pour l’enfant, elle est explicable physiologiquement. "Quand on est énervé, notre corps produit du cortisol. C’est l’hormone du stress. En trop grande quantité, elle fait monter la colère", explique Moïra Mikolajczak, psychologue et spécialiste en burn-out parental à l’UCLouvain.


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Ce taux de cortisol varie d’une personne à l’autre. Si son rôle est de veiller à l’équilibre du sucre et des graisses dans notre corps, l’hormone est aussi celle qui va faire en sorte que l’on réagit physiquement dans une situation où l’on se sent en insécurité ou stressé. C’est elle qui va faire que l’on fuit ou que l’on devient plus violent.

Si la personne est hiérarchiquement inférieure

Cette "violence" est générée quand on a, inconsciemment ou non, le dessus sur la personne en face de nous. "Nous avons tendance à être plus violents envers les personnes qui sont hiérarchiquement inférieures à nous, explique Moïra Mikolajczak. C’est pour cela que les enfants, surtout ceux en bas âge, et les animaux sont le plus souvent victimes de violence."

C’est pour cette même raison qu’on ne va pas s’en prendre à son patron quand il nous énerve : il est hiérarchiquement supérieur à nous. Mais c’est aussi "la preuve qu’en tant qu’êtres humains nous sommes capables d’agir sur cette colère. Nous ne sommes pas des bêtes sauvages. Nous pouvons gérer nos émotions."

Quand on a une moins bonne capacité à gérer ses émotions

La gestion des émotions, c’est un facteur qui explique pourquoi la gifle part ou non. "Les capacités émotionnelles vont agir comme un modérateur. Elles vont permettre de sentir la colère monter, ce qui est tout à fait normal, et de prendre du recul par rapport à elle. De se dire, mon enfant n’est pas responsable."

Si l’envie d’en donner une est inévitable, le passage à l’acte l’est davantage. Surtout en tant qu’adulte : c’est bien lui qui a un cerveau formé pour réguler ses émotions, contrairement au plus jeune. "Le siège de régulation des émotions situé dans le cortex préfrontal n’est pas très développé avant l’âge de 6 ans et il ne l’est totalement qu’après 25 ans", explique Moïra Mokolajczak. Un "arrête de pleurer" ne sert donc à rien. L’enfant n’en est pas capable.

Un besoin de soutien

Pour Moïra Mikolajczak, il est donc indispensable d’éduquer tout un chacun aux compétences émotionnelles mais pas seulement. "Le parent vit de plus en plus d’injonctions de la part de la société mais c’est elle qui doit mettre les choses en place pour que le parent ne soit pas si stressé. Qu’on interdise la fessée, oui. Mais ensuite, dire au parent 'débrouillez-vous', non. Ça va encore ajouter du stress parental alors qu’il faut lui apporter du soutien."

Bruno Humbeeck va dans le même sens. "La solution passe par un soutien des familles et on l’a vu particulièrement pendant cette période, parce que les familles n’ont pas été impactées de la même façon par ce qu’elles vivaient, et dans certains cas, effectivement, on a eu un besoin de soutien."

Donner des possibilités de garde des enfants, réorganiser la conciliation vie de famille, vie professionnelle ainsi que davantage d’égalité de genre sont aussi des pistes pour réduire le stress parental conclut la psy néolouvaniste.

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Archive : JT du 30/11/2018

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