De Sarajevo à Sarajevo: épisode 17 - Les fantômes d'Arras

Coquelicot
7 images
Coquelicot - © Martine Cornil

La ville d’Arras, dans le nord de la France, n’est pas une destination touristique de prime abord. Elle recèle pourtant dans ses entrailles un lieu surprenant. Des vastes carrières qui étendent leurs entrelacs sur plus de 20 kilomètres sous terre.

Les touristes peuvent en visiter quelques centaines de mètres aménagés. Une visite dans un haut lieu de la Grande guerre : les carrières d’Arras furent utilisées en 1917 comme ligne de départ d’une offensive par les Britanniques.

Au-delà des limites de la zone visitable, l’archéologue nous entraîne dans les boyaux sombres de la carrière.

Un spectacle extraordinaire : rien ou presque n’a bougé depuis près d’un siècle, depuis ce jour de 1918 où les troupes cantonnées sous terre ont quitté les lieux pour l’offensive finale.

Des débris divers jonchent le sol : boîtes de conserve vide, munitions, ferrailles en tous genres. Une scène de guerre figée dans le temps.

L’archéologue arrageois Alain Jacques est l’inventeur de cette carrière "Wellington". Rebaptisée ainsi non pas en l’honneur du vainqueur de Waterloo, mais bien de la ville de Wellington, en Nouvelle-Zélande : les tunneliers qui ont aménagé les galeries étaient des mineurs professionnels venus des antipodes.

Et les lieux ont été organisés avec soin, afin d’y abriter des milliers d’hommes dans des conditions raisonnables.

Dans la carrière Wellington le passé se confond, les époques se mélangent. Nos torches éclairent à présent un escalier interminable qui se dresse vers la surface.

C'est par là qu'en 1990, Alain Jacques à la recherche de carrières médiévales à découvert ce trésor oublié.

Si l’essentiel des vestiges renvoient à la Grande guerre, les carrières d’Arras sont une ligne du temps taillée dans la craie.

Après les bâtisseurs du moyen-âge et les tunneliers de Nouvelle-Zélande, ce sont les civils de 1940 qui ont hanté les lieux transformés alors en abri contre les bombardements. Un trésor pour les archéologues, rompus à l’exercice délicat de la datation.

Les carrières Wellington sont un des vestiges les plus étonnants de la Grande guerre, tant le passé y est tangible. Dans l’obscurité des souterrains errent les fantômes d’Arras.

Patrice Hardy

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK