Les Belges sont-ils plus malades qu'avant à cause du travail?

Selon cette étude, trois quarts des Belges de 55 à 65 ans souffrent d'une ou plusieurs maladies chroniques. Près de la moitié des travailleurs plus âgés souffrent de maladies du système musculaire, osseux ou articulatoire. Un sur cinq connaît d’importants problèmes mentaux. Plus d’un quart a des maladies cardiaques, vasculaires ou des voies respiratoires. Et enfin, un pourcentage nettement plus élevé des femmes souffre de plusieurs maladies chroniques en même temps.

Ces résultats n'étonnent pas le directeur général du service des indemnités à l'Institut national d'assurance maladie-invalidité. François Perl le confirme, "une part importante de la population active est malade et elle l'est de plus en plus". Depuis 2004, environ 7000 à 8000 nouveau cas d'invalidité par an sont enregistrés. 

300 000 cas d'invalidité d'ici 2018 

Cette augmentation est "une tendance générale qui n'est pas propre à la Belgique", dit-il. C'est le cas dans tous les pays d'Europe. Et si pour l'instant la Belgique est encore "relativement bien lotie", cela pourrait ne pas durer. "Alors que dans la plupart des pays, cela stagne, en Belgique, l'augmentation est assez conséquente". Un "problème qui mérite que l'on s'en préoccupe pour éviter des situations à la hollandaise où pour une population quasi équivalente à la Belgique il y a près d'un million d'invalides alors qu'en Belgique on devrait atteindre 300 000 d'ici 2017-2018". 

En cause, le vieillissement de la population et les progrès de la médecine qui permettent de mieux diagnostiquer les patients. "Il y a encore une trentaine d'années on parlait très peu des maladies chroniques (...) maintenant on parle de maladies de santé (psychique et mentale comme le burn-out ou le stress, ndlr) et de maladies musculo-squelettique (liées à la colonne, aux nerfs). Des maladies qui explosent au niveau de la population". Autrement dit, "de plus en plus de personnes souffrent de maladie chronique" et peuvent donc être sujettes à l'invalidité, explique François Perl. Pour lui il ne faut pas forcément mettre les conditions de travail en cause car elles sont mieux qu'il y a un siècle. "Il n'y a pas plus de gens malades à cause du travail mais plus de gens qui osent l'avouer", dit-il.

Bernard Fussellier, sociologue du travail à l'UCL, a lui une autre explication. Il pointe du doigt la pression permanente et croissante que subissent les travailleurs : "Pression de la productivité au moindre coût, de la compétitivité. C'est un peu le leitmotiv de la compétitivité qui amène tout le monde à être compétitif tout au long de sa carrière dans tous les domaines professionnels à tous les échelons". 

"Repenser les durées des carrières"

La prépension n'est pas forcément la solution comme l'affirme le Parti du Travail de Belgique (PTB), que l'on retrouve derrière l'étude et pour qui  il vaut mieux achever sa carrière plus tôt et en bonne santé que plus tard avec une maladie chronique. Le Dr Jacques De Toeuf, ancien vice-président de l'Absym (association belge des syndicats médicaux) et actuel président de la plate-forme E-health et François Perl préfèrent miser sur la prévention. Pour éviter que le malade ne s'enfonce encore plus dans sa maladie. 

Le directeur général du service des indemnités à l'Inami préconise notamment un meilleur accompagnement des travailleurs (en lui donnant, par exemple, une possibilité de reclassement professionnel). L'occasion peut-être de "repenser les durées des carrières. Certaines sont peut-être trop longues ou trop pénibles alors que d'autres le sont moins". Et pourquoi pas donner la possibilité aux personnes âgées d'aménager leur temps travail ?

C. Biourge

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