De plus en plus de personnes HP, vraiment? Mais, au fait, c’est quoi le haut potentiel?

Le fils d’une amie ? HP. L’amie en question ? HP aussi, en fait. Un collègue? HP, lui aussi. HP, pour Haut Potentiel. Ces deux lettres-là semblent plus répandues qu’avant. Elles épellent à la fois craintes et fierté. Fierté parce qu’elles évoquent avant tout deux autres lettres, Q et I pour “Quotient Intellectuel” élevé, et craintes parce que, aujourd’hui, qui dit “Haut Potentiel”, dit “difficultés”. 

Alors, y a-t-il plus de personnes à haut potentiel qu’avant, ou en parle-t-on simplement plus? Ou alors, les détecte-t-on mieux ? “On n’est pas HP dans l’absolu, précise d’emblée Jacques Grégoire, docteur en psychologie et professeur à l'Université catholique de Louvain, c’est une caractéristique relative, on l’est par rapport la population générale.”  

Le professeur fait la comparaison avec les performances sportives : “les athlètes, lors des premiers Jeux Olympiques d’Athènes en 1896, parcouraient 100 mètres en 12 secondes, aujourd’hui, avec 12 secondes, on n’est pas même pas qualifiés”. De même, comme le niveau moyen des performances cognitives de la population a augmenté (grâce au niveau de scolarisation, à l’amélioration de la santé publique,...), le niveau des HP est sans doute supérieur à il y a 50 ou 100 ans. 

Cela devient un business

Mais leur nombre a-t-il augmenté? Il est impossible de répondre scientifiquement à cette question. Aucune étude n’a relevé le nombre de cas identifiés dans le passé par rapport à aujourd’hui. Pour Jacques Grégoire, il y a par contre clairement une inflation d’identifications “sur des bases qui ne sont pas sérieuses” (on parle “d'identification" et non de “diagnostic” car il ne s’agit pas d’un trouble, NDLR). “Cela devient un business, poursuit-il, beaucoup de personnes ont le sentiment d’être différents, ou que leurs enfants sont différents, et ils trouvent des gens, des associations, qui vont facilement dans leur sens.” Le seuil fixé pour identifier une personne HP est un quotient intellectuel de 130, ce qui représente 2,8% de la population. C’est un seuil arbitraire, dans d’autres pays il est fixé à 125. “Certains jouent sur cette limite. Et en fonction, on a évidemment plus ou moins de sujets concernés.

Mélanie Roche, psychologue et chercheuse à l’ULB, confirme. En consultation, elle reçoit beaucoup de personnes qui ont déjà fait un test ailleurs : “il faut tout reprendre à zéro, tout réexpliquer. Ils disent qu’on leur a fait un bilan quantitatif et un bilan qualitatif. Mais il n’y a pas de bilan qualitatif validé scientifiquement, ça n’existe pas!” Et des erreurs d'identification, ça peut faire des dégâts, déplore Hélène Jacques, neuropsychologue en pédiatrie à la clinique St Pierre à Ottignies. “J’ai suivi un enfant qu’on avait identifié HP, se souvient-elle. Les parents ne s’en sortaient pas. Il se fait qu’en fait il avait une légère déficience mentale. C’était ça qui expliquait ses problèmes scolaires! Et la réponse à apporter est évidemment tout autre!

Haut potentiel et hypersensibilité

C’est que, depuis quelques années, on associe le haut potentiel avec une longue liste de difficultés : hypersensibilité, perfectionnisme, soucis de communication, mal-être, échec scolaire,... “Beaucoup de gens pensent que le HP est une association de ce genre de caractéristiques diverses et variées, explique la psychologue Catherine Cuche (auteur de "Le haut potentiel en question", Mardaga), mais ce n’est pas le cas! Ce sont de fausses représentations !” De fausses représentations qui se retrouvent jusque dans la brochure éditée par la Fédération Wallonie Bruxelles à destination des professeurs. Mélanie Roche a participé à sa rédaction, elle explique : “A l’époque où on l'a écrite (2013), tout le monde pensait que HP voulait dire surdoué, brillant à l’école. On devait déconstruire ces représentations-là”. Catherine Cuche abonde: “les parents ont dû crier qu'être HP ce n’était pas nécessairement être un gagnant, c’était nécessaire mais en même temps, ils ont aussi participé à cette association HP/difficultés.” 

A présent, il faut faire le travail en sens inverse. “Il y a des personnes HP qui vivent très bien, sans difficulté, qui n’ont pas besoin de consulter”, souligne la neuropsychologue Hélène Jacques. On peut être HP (ou “avoir un HP” comme préfèrent dire plusieurs spécialistes) et être très sensible par ailleurs, mais ce n’est pas forcément lié (ça peut l’être). “Ma collègue Sophie Brasseur a fait sa thèse sur la gestion des émotions des HP, aime rappeler Catherine Cuche. Elle pensait trouver des différences mais en fait elle n’a pas trouvé de différences avec la population. Oui, certains ont des difficultés émotionnelles, parfois en lien avec leurs hautes capacités cognitives, mais il y a en fait autant de types de HP que de personnes HP.” 

Une étiquette qui rassure

Tous les spécialistes que nous avons contactés s’accordent sur une chose : ce qui compte, ce n’est pas de savoir si une personne est HP ou pas, c’est de voir quels sont ses besoins, ses demandes, et de l’aider. “Je me fiche de savoir s’ils sont HP ou pas, s’exclame Mélanie Roche (ULB), ça n’aide pas les gens!” “Souvent l’étiquette les rassure, complète Jacques Grégoire (UCLouvain), mais ça ne les amène pas à bouger. Ils vont tout expliquer par ce biais-là. Ça devient une cause interne stable. Ils se disent qu’ils n’y peuvent rien et que ce sont les autres qui doivent accepter leurs différences”.

Par contre, identifier les zones de hautes potentialités peut être intéressant. Les échelles de Wechsler (tests les plus utilisés pour mesurer le QI) permettent de calculer, au-delà des compétences générales, des “sous-aptitudes”, des indices différents :  la compréhension verbale, le traitement visuo-spatial, la vitesse de traitement, par exemple. “Certaines personnes surperforment dans un domaine, donc si on se contente d’une moyenne on écrase la personnalité des gens”, explique Mélanie Roche. Identifier leur profil précis permettra de mieux les aider. A contrario, se contenter de leur coller une étiquette ne fera que les enfermer.

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