De plus en plus de coiffeu.rs.ses décident d'enfreindre les règles, ils expliquent pourquoi

Pourquoi de plus en plus de coiffeu.rs.ses décident d'enfreindre les règles (témoignages)
Pourquoi de plus en plus de coiffeu.rs.ses décident d'enfreindre les règles (témoignages) - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Au vu des derniers chiffres communiqués par l’institut de santé publique Sciensano, et même si ce n’est que ce vendredi que doit se réunir un nouveau comité de concertation, aucun assouplissement pour les métiers de contact n’est en vue.

Une situation désespérante pour ceux et celles qui sont concernés. A tel point que de nombreux coiffeurs ont décidé d’enfreindre les règles. Généralement, en se rendant au domicile de leurs clients pour les coiffer.

"Une forte pression est exercée sur les professionnels des métiers de contact pour faire des services à domicile où, en fin de compte, l’objectif sanitaire va être totalement loupé", s’insurge Patrick Dumont, représentant de la Fédération des coiffeurs de Belgique. "Mon épouse a, elle-même des salons de coiffure et la semaine passée, de manière symbolique, nous avons atteint les 400 appels depuis le 31 octobre pour avoir des prestations à domicile. Donc j’imagine aisément qu’il doit en être de même ailleurs et si la recherche sur Google a été multipliée par plus de trois sur les quatre dernières semaines pour avoir des prestations à domicile, nous pensons effectivement que cette économie parallèle est occupée à se développer".

Et d’ajouter : "Quand vous avez une clientèle qui vous est fidèle depuis 20 ans ou presque 30 ans maintenant, il est clair qu’il y a une certaine relation qui s’installe. Donc quand elle vous téléphone pour venir à domicile et que vous lui refusez cela, elle prend ça comme un manque d’implication de notre part ! Alors que nous, le but, c’est réellement de respecter les mesures sanitaires. Elle comprend d’autant moins que depuis le 18 mai et jusqu’au 31 octobre, elle est venue se faire coiffer dans ce salon de coiffure et qu’elle n’a jamais eu le moindre problème. Donc elle ne comprend pas pourquoi c’est fermé".

"Je coiffe, parce qu’il faut manger"

Ceux qui décident d’enfreindre les règles, eux, l’assument, même s’ils préfèrent garder l’anonymat.

Une question de survie pour Anastasia : "Je coiffe, parce qu’il faut manger et les charges continuent. Moi j’ai deux loyers à payer, j’ai mes charges sociales, j’ai mon électricité et les assurances à payer. Donc tout simplement, on nous oblige à le faire comme ça !" De plus, nos clients ont besoin de nous. Je ne vois pas pourquoi on nous qualifie de non essentiel".

Mais c’est aussi une question de concurrence : "Nous avons peur de perdre nos clients", explique Marc. "Parce qu’il y a beaucoup de coiffeurs qui travaillent encore actuellement. La concurrence est encore plus rude que d’habitude. Et en plus maintenant, les salons de coiffure, en France, ont rouvert. Et j’ai, dans mes connaissances, quelqu’un qui m’a dit que si je n’allais pas chez elle, elle allait se coiffer en France".

Les compensations financières sont "tellement infimes, que ce n’est pas suffisant", ajoute Anastasia.

"On le fait pour nos clients, mais on prend un grand risque !"

Et ce n’est pas sans conséquences. Marc, lui, va travailler "la boule au ventre""On le fait pour nos clients, mais on prend un grand risque ! Si on se fait avoir, on perd tout !".

D’autant qu’ils affirment, tous les deux, gagner moins bien leur vie aujourd’hui : "Je ne peux pas dire que je gagne mieux ma vie parce qu’on est actuellement en période des fêtes et la période des fêtes représente un gros pourcentage de notre chiffre d’affaires auquel s’ajoutent les pourboires, souvent plus généreux en cette période. Donc à l’heure actuelle, je ne gagne pas aussi bien ma vie qu’en temps normal".

Pour Anastasia, c’est même gagner moins pour travailler davantage : "J’ai beaucoup de clients, c’est clair. Mais je ne peux pas courir toute la journée d’un bout à l’autre de la ville. Je travaillais trois jours semaine en temps normal, maintenant, je travaille pratiquement sept jours sur sept".

Une fermeture incomprise

Quoi qu’il en soit, leur constat est amer : "Je comprends bien que la crise est là", affirme Marc, "Je me protège, j’ai aussi des grands-parents, des parents. Je suis bien conscient, mais je pense qu’avec tous les moyens qu’on avait mis en place pour la sécurité de nos clients, il n’y avait pas de souci", regrette Marc.

"C’est vrai que nous devons être solidaires pour en sortir une fois pour toutes", ajoute Anastasia. "Je suis d’ailleurs très triste de cette situation. Mais soit nos politiques élargissent nos indemnités et on est tranquille ; soit on continue dans le même répertoire".

Reste à voir s’ils seront entendus…

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