De moins en moins d'abris pour eux: comment éviter la disparition des martinets de nos régions ?

Le dimanche 7 juin est la Journée mondiale des martinets. Ces incroyables oiseaux migrateurs ont pour habitude de nicher dans les trous de nos maisons. Mais avec les rénovations et les isolations passives de plus en plus fréquentes, leurs cavités disparaissent. Pourtant, il existe des solutions simples et peu coûteuses pour leur offrir un nid et participer à la préservation de l’espèce.

Qui sont ces courageux oiseaux migrateurs ?

Le martinet ressemble à une hirondelle mais il est plus grand et son plumage plus sombre. On l’entend souvent chez nous pousser des cris stridents lors des soirées d’été. Ces oiseaux passent l’essentiel de leur vie en vol. Les spécialistes estiment qu’ils parcourent près de 5 millions de kilomètres au cours de leur vie. Ils volent à une vitesse de 50 à 60 km/h, mais ils sont capables d'accélérations rapides et de vitesses, supérieures à 100 km/h.

Ils mangent, dorment et s’accouplent dans le ciel et ne nichent que pour s’occuper de leurs petits. Ils ne sont pas bâtisseurs et préfèrent se poser dans de petites cavités de bâtiments ou de ruines, qu’ils trouvent en ville ou dans des villages. Ils vivent dans les airs, neuf mois par an en Afrique, puis au printemps, ils migrent vers l'Europe retrouver leur fidèle partenaire pour se reproduire.

La rénovation urbaine : un véritable problème

Après ce long voyage, avec l’évolution de nos constructions, il arrive de plus en plus souvent qu’ils ne retrouvent pas leur cavité habituelle. Martine Wauters, amoureuse des animaux et spécialiste des martinets chez Natagora, est bien décidée à se battre pour préserver leur habitat.

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Martine Wauters, bénévole spécialiste des martinets chez Natagora © RTBF

C’est comme si nous trouvions un mur à la place de notre porte

Nous la suivons dans une rue de la commune de Jette à Bruxelles, où elle a filmé des martinets cherchant désespérément leur cavité habituelle sur la façade d’une maison fraîchement rénovée. "Quand ils sont revenus il y a quelques jours, ils volaient et se cognaient sans cesse autour de leur cavité qu’ils ne trouvaient plus. (…) Ils parcourent plus de 10.000 kilomètres pour retrouver leur maison. C’est un peu comme si nous revenions d’un long voyage et que nous retrouvions un mur à la place de notre porte. C’est terrible".

Les martinets doivent donc chercher d’autres cavités mais il y en a moins qu’avant. "Cette situation crée des bagarres. Les oiseaux se font la guerre autour d’un même trou".  

Une habitante lui a rapporté qu’après avoir observé les allers et venues des oiseaux dans sa rue depuis 50 ans, elle remarque une forte disparition des couples de martinets.

Des solutions à moindre coût

Selon le rapport 2019 d'AVES, le pôle ornitho de Natagora, le nombre de martinets a diminué de 37% depuis 1992. Pourtant il y moyen d’agir : "Quand on va construire ou rénover, on peut prévoir des cavités ou des briques-nichoirs, par exemple. L’idéal est de préserver les cavités naturelles mais on peut aussi profiter d’un échafaudage pour faire quelques trous dans sa corniche. Ce sont des dispositifs peu coûteux", explique-t-elle.

Pour reloger la colonie qui niche dans cette rue de Jette, Martine a convaincu de nombreux riverains. Grâce à l'appui de la commune, certains ont accroché des nichoirs sur leur façade. Grégory nous explique qu’il avait déjà décidé d’aménager quatre trous dans sa corniche quand il a fait rénover son toit. "Si on peut aider la nature en ville, et en plus si ça fait plaisir et que ça ne coûte pas grand-chose, alors autant le faire ".

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Nouvelle cavité installée sur une maison de Jette © RTBF

Elizabeth Thornburn, a elle aussi prévu quatre nichoirs sur sa maison, dans lesquels elle a posé des petites caméras. Elle peut ainsi observer avec passion l’éclosion des œufs et l’évolution des oisillons qui, après leur naissance, passent cinq à six semaines dans le nid où les parents se relayent pour les nourrir.

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Vue d'un nid depuis une caméra chez Elizabeth Thornburn, à Jette © RTBF

La commune d’Incourt a pris les devants

Nous retrouvons Martine Wauters à Incourt dans le Brabant Wallon, où les travaux de rénovation d’un bâtiment communal menaçaient les martinets. Avec l’aide de Anne Danlos, une riveraine, elle a réussi à convaincre les autorités locales d'inclure des nichoirs dans le projet. "Nous nous sommes renseignés puis nous avons décidé de répondre favorablement à la demande. Tout le monde s’y est mis : l’auteur du projet, l’architecte communal, l’ensemble du collège, tous ont accepté de jouer le jeu", explique l’échevin des travaux, Benoit Malevé.

Des briques nichoirs ont ainsi été accrochées derrière chaque linteau du bâtiment. Anne Danlos raconte avec enthousiasme : "Petit à petit ce projet est devenu réalisable. Au départ mon intention était de préserver l’espèce, et finalement on a réussi à leur offrir 18 trous. C’est fantastique ".

 

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Nichoirs installés sur un bâtiment communal en travaux dans la commune d'Incourt © RTBF

Un combat qui entre dans les mentalités

Aujourd’hui, Martine a enfin le sentiment que son combat et ses demandes entrent dans les mentalités : "En 10 ans, ça a évolué. Avant, on nous regardait comme des Martiens mais à présent, on nous répond souvent favorablement : 'Mais oui pourquoi pas ' (…) Aujourd’hui, voir ces martinets qui entrent et sortent des cavités qui ont été prévues pour eux, c’est du pur bonheur".  

Loin de se reposer sur une victoire, Martine continue plus que jamais son travail de sensibilisation pour qu’ils soient toujours les bienvenus chez nous.  

En Belgique, l’espèce est protégée par la loi. La chausse, la capture ou la destruction des nids sont formellement interdites.

 

 

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