De la "mousse" dans la mer du Nord: une menace pour l'écosystème des océans, à cause des engrais épandus dans les champs

Vous avez peut-être déjà observé, au mois d’avril, la mousse blanche et dense qui s’accumule près de la côte en mer du Nord. Elle pourrait sembler amusante, avec ses airs de barbe à papa, mais elle est en réalité due à un phénomène inquiétant : l’eutrophisation du phytoplancton Phaeocystis, une microalgue qui est à la base de l’écosystème marin. « Quand on voit cette mousse blanche, c’est le signe d’un déséquilibre écologique dans la mer », explique Xavier Desmit, chercheur à l’institut des sciences naturelles de Belgique.

Concrètement, l’eutrophisation est l’enrichissement du système aquatique de la mer en sels nutritifs. Comprenez, les engrais épandus dans les champs, qui sont transportés par les pluies jusque dans les rivières et à terme, dans la mer. Ces sels vont donc fertiliser les algues marines de la même manière qu’elles fertilisent les cultures. Or, ces microalgues sont responsables de la photosynthèse en mer, c’est-à-dire l’absorption de CO2 et la libération d’oxygène grâce à la lumière. « Ces microalgues vont donc croître rapidement et accumuler des biomasses très importantes », conclut Xavier Desmit.

Et ça, ce n’est pas bon du tout pour l’écosystème marin. « Il y a plusieurs types de nuisances, précise le chercheur. Certaines espèces vont produire des toxines, qui peuvent être un problème pour l’écosystème mais aussi pour l’homme, quand elles s’accumulent dans les coquillages qu’on mange. » L’autre problème, c’est que l’accumulation de microalgues peut créer des « zones mortes ». « La biomasse très abondante à cause de l’eutrophisation, lorsqu’elle meurt, est recyclée par les bactéries qui consomment l’oxygène dissout dans l’eau, et les animaux meurent sur des kilomètres carrés. »

Comment peut-on éviter ce phénomène ? Pour Xavier Desmit, « il faut que les citoyens trouvent la solution ». Les chercheurs ont toutefois tenté d’imaginer plusieurs scénarios. « On a vu que les bonnes pratiques agricoles peuvent améliorer la situation en rivière, mais pas en mer », note Xavier Desmit. Il faudrait alors opérer des changements beaucoup plus profonds : « au lieu d’amener des engrais chimiques de loin, de faire beaucoup de production localement, et de réexporter la viande au loin, il faut se reconnecter localement à l’agriculture. »

Autre idée : privilégier l’agriculture organique, en organisant des rotations qui permettent au sol de se refertiliser. Car même si ce n’est pas évident au premier abord, la biologie marine et la biologie agricole sont très connectées.

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