De la bière dans le sous-sol de Bruges… dans un pipeline

C'est une brasserie implantée dans le cœur historique de Bruges qui a eu l'idée de creuser un "bieroduc", un pipeline de 3 km, sous la ville. Le but : transporter la bière de la brasserie vers l'usine d'embouteillage sans devoir recourir à des camions qui endommagent les rues de la Venise du Nord.

La brasserie "De Halve Maan" est située dans le centre historique de Bruges, à quelques encâblures de la grand-place. Elle brasse dans ces murs, chaque année, cinq millions de litres de bière. Cependant, l’embouteillage ne se déroule plus dans les murs de la brasserie. Une nouvelle usine a été construite à l’extérieur de la ville pour abriter la ligne d’embouteillage. 

Chaque jour, la bière produite est, jusqu’à présent, transportée par camion-citerne l’usine de mise en bouteille. 500 camions de 30 tonnes par an, cela fait beaucoup pour une ancienne ville. Cela perturbe la mobilité et cela endommage les ruelles pavées. 

Remplacer des camions par des tuyaux

Pour se passer des camions, le patron de la brasserie a donc imaginé une solution écologique pour transporter sa bière.  Un "bieroduc", un pipeline de 3 km de long a été creusé sous la ville de Bruges, entre la brasserie et le site d’embouteillage. C’était un véritable défi, comme l’explique Xavier Vanneste, administrateur délégué : "On a eu pas mal de challenges. Il y a les petites ruelles, les pavés etc.  On a aussi passé des canaux, plusieurs gros carrefours. On a dû aussi passer sous un parking souterrain, un parking de 5 étages, 35 mètres en dessous du sol. C’est le point le plus profond".

Le "bieroduc" a coûté  4 millions d’euros. Déménager toutes les installations en dehors de la ville aurait été plus simple. Mais c’était inimaginable pour le responsable de cette brasserie historique de Bruges, qui attire aussi des touristes chaque jour : "C’est un patrimoine, c’est un héritage qu’on a ici. On brasse ici déjà depuis cinq siècles, presque d’une façons ininterrompue et on veut garder ça comme ça.  C’est très important qu’une trappiste soit brassée à l’abbaye ou que le champagne soit fait en Champagne. Pour nous, une bière brugeoise doit être faite au sein de la ville, à la place où elle a toujours été brassée".

Impensable de brasser en dehors de Bruges

La ville de Bruges, enthousiaste, a autorisé qu’on creuse son sous-sol, comme l’explique Franky Demon, l’échevin CD&V de l’Aménagement : "Avec une brasserie qui a une croissance exponentielle, il était important pour les propriétaires et pour la ville qu’on puisse réduire le nombre de camions, qui affectent la mobilité et l’environnement.  C’était une solution win-win".

La technique du "bieroduc" a déjà été utilisée dans d’autres pays mais pas sur une aussi longue distance. Ici, les conduits sont en PE, du polyéthylène, une matière utilisable pour le transport d’aliments. "On a fait des études pendant plusieurs années. Quelle pression faut-il mettre ? Quelle est la situation optimale sanitaire pour qu’on puisse transporter la bière", précise Xavier Vanneste.

De la bière pour rémunérer les investisseurs

Actuellement, les derniers réglages sont apportés au "bieroduc". Le pipeline sera opérationnel à la fin de l’été.

Ce projet a été financé en partie grâce au public auquel le brasseur a fait appel, via une opération de crowdfunding.  Les investisseurs privés qui ont soutenu le projet seront rémunérés à vie, chaque année, en casiers de bière.

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