De l'Irlande à Mons, petite histoire d'Halloween en Belgique

Halloween, une fête pas si ancienne en Belgique
Halloween, une fête pas si ancienne en Belgique - © FABRICE COFFRINI - AFP

Depuis plusieurs années, impossible d'y couper : Halloween est partout chez nous. Du parc Walibi, qui s'adjuge le titre de "meilleur événement Halloween de Belgique" à Pairi Daiza, en passant par tous les spectacles qui auront lieu dans les villages de Wallonie et de Flandre, tout le monde s'apprête à se faire peur le 31 octobre. Halloween, c'est une manne financière, idéalement située entre les vacances d'été et les célébrations de Noël, mais c'est surtout une fête récente en Europe. La RTBF en a parlé pour la première fois en 1995, dans l'émission 'La Bande à Carlos', présentée à l'époque par Marie-Hélène Vanderborght.

A l'époque, le chroniqueur Thomas Van Hamme faisait une courte explication de cette fête traditionnelle américaine, très codée : les enfants, mais aussi les adultes, se déguisent, souvent en monstres (mais pas forcément) et mangent de la citrouille, courge de saison, dont ils font également des lanternes. La coutume, qui existe depuis le 19e siècle aux Etats-Unis, prend ses racines d'une fête celtique millénaire : le Samhain, la fête de la fin de l'été. Les Celtes d'Irlande, d'Ecosse et de Gaule célébraient l'entrée dans "le monde sombre" de l'hiver pendant sept jours, lors de festivités dirigées par des druides. Pendant cette période, le monde réel côtoyait celui des démons et des dieux. Lors de la nuit de fermeture, les Celtes pratiquaient une cérémonie du feu afin de s'assurer que l'année suivante se déroulerait parfaitement. 

Cependant, le Samain ne s'est fixé au 31 octobre en Europe celtique que lorsque l'Eglise décida au 7e siècle de l'harmoniser avec la fête de la Toussaint, qui servait de célébration des morts, le 1er novembre. C'est ainsi qu'au fil des siècles, le le nom de la fête est devenu Halloween en anglais, une déformation du terme "All Hallows Eve", littéralement "la veille de la Toussaint".

Mons, capitale d'Halloween à la fin des années 90

En Europe non-anglophone, la coutume est restée relativement inconnue, au moins jusqu'à l'irruption de la culture américaine au milieu du 20e siècle. Mais avec le succès du film 'Halloween, la Nuit des Masques' de John Carpenter en 1978, puis le film d'animation 'L'étrange Noël de Monsieur Jack' de Henry Selick en 1993, la fête américaine est devenue de plus en plus populaire.

En Belgique, c'est notamment dans la région de Mons que des événements culturels autour de la magie et des sorcières se sont implantés dans les années 1990. Et pour cause : la ville hennuyère, qui accueille depuis 1967 le siège du SHAPE, le QG militaire de l'OTAN, et la base aérienne de Chièvres, accueille une grande population américaine depuis plusieurs décennies. Pourtant, la fête de Halloween dans la région montoise n'ont pas grand chose à voir avec la fête actuelle et notamment son aspect commercial, comme on peut le voir dans plusieurs reportages de la RTBF en 1996 et 1997, au château de Havré et dans les rues de Mons.

Dans ces reportages, on ne voit pas d'enfants toquer aux portes pour réclamer des bonbons aux adultes. A l'époque, Halloween est plus un prétexte pour découvrir le folklore magique local, comme par exemple le moyen de "reconnaître les sorcières dans l'Ancien temps" à l'aide de cartes à jouer... Il faut dire que les traditions autour de la mort existaient déjà en Belgique, bien avant l'apparition de la fête américaine. Dans les campagnes de Wallonie et de Flandre, on fabriquait ainsi des lanternes, appelées Grign' Dints en wallon, à l'aide de betteraves creusées sur lesquelles on gravait un sourire grimaçant. Des célébrations qui ressemblent étrangement à la tradition irlandaise du Jack O'Lantern, qui utilisait à l'origine un navet avant de devenir une citrouille.

Depuis la fin des années 1990, Halloween est devenu une manne en Europe, avec la diffusion de la culture américaine. Jusqu'en 2004, c'est d'ailleurs une société française, Opus-Optos, qui détenait les droits de la marque "Halloween"... Désormais accessible à tous les commerces, Halloween est partout et vise essentiellement les enfants, ce qui inquiétait déjà les associations au début des années 2000. "Il faut que les enfants puissent clairement distinguer la fête et l'achat et qu'ils ne considèrent pas que pour participer à la fête, il faut acheter, expliquait Jean-Marie Béguin, directeur du CRIOC (organisme de défense des consommateurs)", à la RTBF en 2000. A l'époque, le Conseil de la consommation avait demandé aux marques de réduire le matraquage publicitaire autour des fêtes enfantines, comme Noël, mais Halloween était passée entre les gouttes, car trop récente.

Après une légère baisse en 2006, la popularité d'Halloween est remontée en flèche depuis quelques années. L'événement a un rôle-clé pour les marques, puisqu'il donne le départ des festivités de fin d'année. Le public ne s'y trompe pas d'ailleurs : en 2015,   84,6 % des Français admettaient qu’Halloween "était avant tout un événement marketing qui permet aux commerçants de réaliser plus de ventes", selon le journal 20 Minutes.

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