De l'effet "Iceberg": "Tout un pan de l'homophobie reste caché"

De l'effet "Iceberg": "Tout un pan de l'homophobie reste caché"
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De l'effet "Iceberg": "Tout un pan de l'homophobie reste caché" - © Tous droits réservés

Pour Edouard Delruelle du Centre pour l'égalité des Chances et Thibaut Delsemme de la Fédération Arc-en-ciel Wallonie, il est difficile de savoir si la violence homophobe est en augmentation. Ce qui est sûr, c'est qu'une grande partie de cette violence reste encore cachée.

Une nouvelle agression homophobe a eu lieu à Anderlecht ce lundi soir. Après le meurtre d’Ihsane Jarfi début mai et celui d’un sans-abri homosexuel fin juillet dans le parc d’Avroy, la question de l’aggravation des agressions homosexuelles en Belgique est relancée.

Pour Thibaut Delsemme, "on pourrait effectivement croire qu’il y a plus d’homophobie en Belgique" mais lui dit croire "simplement qu’on ose mettre l’étiquette homophobe sur des phénomènes qui existaient déjà avant".

Peut-on cependant considérer qu’il y a une escalade du niveau de violence de ces agressions ?

Là aussi, le militant de la Fédération Arc-en-ciel Wallonie reste prudent. Ainsi, en ce qui concerne le meurtre du Parc D’Avroy, il estime que par le passé, on aurait peut-être parlé simplement du meurtre d’un sdf, là où l’on ose dire aujourd’hui qu’il s’agit d’un sans-abri homosexuel.

Les agressions sont donc peut-être tout simplement mieux relayées médiatiquement.

Evaluer l'évolution du phénomène? "On manque de recul" et surtout il y a un "effet iceberg"

Edourard Delruelle rappelle de son côté que les lois anti discrimination ne datent respectivement que de 2003 et 2007, "on n’a donc pas beaucoup de recul", fait-il remarquer.

On qualifie donc aujourd’hui d’homophobes des agressions que l’on n’aurait pas qualifiées de la sorte par le passé.

Dès lors, en l’absence de données objectivables, il est très difficile de se prononcer sur une augmentation des faits d’homophobie ou sur une éventuelle escalade de la gravité des faits.

Il est d’autant plus difficile de connaître la réalité de la violence homophobe, et donc son évolution dans le temps, en raison d’un important "effet iceberg".  "Il y a encore toute une homophobie qui reste cachée", souligne Edouard Delruelle, appuyé en ce sens par Thibaut Delsemme.

Edouard Delruelle relève ainsi que si les services de police ont relevé 40 agressions à caractère homophobe en 2011, l’association "Outrage !" en relève, elle, 300 pour les six derniers mois de la même année. C’est dire l’importance potentielle de la partie immergée dudit iceberg.

Certaines personnes homosexuelles n’osent toujours pas porter plainte de peur des réactions de l’entourage ou de l’agent qui enregistre la plainte. Certaines personnes peuvent ne pas vouloir faire publiquement révéler leur orientation sexuelle.

Des "poches" d'homophobie dans certains groupes socio-culturels

Dès lors, il est important de former les agents à l’accueil des victimes de faits homophobes, estime Thibaut Delsemme.

Des mesures sont d’ailleurs prévues en ce sens. Edouard Delruelle relève que la Belgique est en effet "un des pays les plus avancés" en termes de droits et de protection des homosexuels, avec le mariage gay, les lois anti-discrimination, etc.

Mais malgré ces véritables progrès, on a le sentiment d’une régression de la tolérance vis-à-vis des homosexuels et d’une aggravation de la violence homophobe. Surtout, il y a un maintien de "poches" homophobes, note encore Edouard Delruelle. On dispose d’études sur le profil socio-culturel des agresseurs homophobes et c’est une réalité qu’il faudrait étudier plus avant pour pouvoir mieux lutter contre l’homophobie.

Edouard Delruelle relève à ce sujet qu’il y a une "homophobie persistante dans certaines catégories de la population musulmane et notamment chez les jeunes" mais également au sein de certaines diaspora des pays de l'Est de l'Europe. A ce sujet, il ne faut pas faire de langue de bois mais "éviter les amalgames".

Mais les choses bougent. Les invités soulignent ainsi l’alourdissement des peines pour les crimes homophobes décidé par la ministre de la Justice Annemie Turtelboom (Open VLD), le plan national contre l’homophobie initié par la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet (cdH), le travail fait au niveau de la police pour améliorer l’accueil des victimes ou encore le fait qu’une circulaire des procureurs généraux soit en cours d’élaboration,...

Pour Thibaut Delsemme, tout cela indique que le gouvernement et les autorités étatiques ont pris conscience des problèmes et agissent. Cependant, il insiste sur l’importance d’agir de manière plus ciblée, au niveau local, en sensibilisant les policiers de proximité et d’autres secteurs comme le médical, l’administration ou l’enseignement dont Edourard Delruelle insiste fortement sur l’importance capitale pour que des progrès conséquents soient enregistrés.

Julien Vlassenbroek

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