De 10 cents à plus d'un euro le masque chirurgical : pourquoi de telles différences de prix dans le commerce et sur Internet ?

Pourquoi de telles différences de prix lorsque vous achetez des masques chirurgicaux ? De 0,10 euro à 0,57 euro la pièce, pour un pack de 50 pièces : se couvrir le visage et le nez n’est parfois pas donné, lorsqu’on décide de ne pas porter de masque en tissu. Comment expliquer ces écarts ?

Porter un masque est désormais une habitude pour la population belge, en cette période de pandémie de coronavirus. Depuis le premier déconfinement, le port du masque est obligatoire dans les commerces, les rues commerçantes, dans les transports en commun… En Région bruxelloise, le port du masque est généralisé partout.

Soit vous optez pour un masque en tissu, acheté dans le commerce et réalisé soi-même, soit vous optez pour un masque jetable, de type chirurgical (pas les FFP). Un modèle en général de couleur bleu clair, noir ou rose pour les moins conventionnels.

Mais quand il s’agit de sortir le portefeuille, on peut parfois être surpris. La vente de masques n’est plus un domaine réservé aux pharmacies. On en trouve dans les commerces et en grandes surfaces depuis mai 2020. Sur Internet, l’offre a explosé.

  • Les prix dans les grands magasins

Commençons par un tour d’horizon des prix auprès des grandes enseignes. Chez Carrefour, la boîte de 20 masques à usage unique coûte 11,40 euros soit 0,57 euro la pièce. Chez Colruyt : 28,49 euros la boîte de 50, soit 57 cents également l’unité. Chez Delhaize, pas de surprises non plus même si la marque est ici aussi différente : 28,49 euros pour 50 masques.

Quelle que soit l'enseigne, si vous optez pour des sachets de 10, cinq voire 3 pièces, là, le prix à l'unité peut grimper à plus de 60 cents voire près d'un euro.

Globalement, on est (très légèrement) en deçà des prix pratiqués lors des premières semaines avec une boîte de 50 masques à 31,49 euros soit 62 cents.

Mais il n’est pas rare d’avoir aujourd’hui affaire à une promotion. Makro propose une boîte de 50 masques chirurgicaux de marque Kingstar pour 6,99 euros. Imbattable pour un grand magasin puisque le masque revient alors à un peu plus de 10 cents ! "Un masque de type II avec les bons certificats avec le même niveau légal de protection", dit l’enseigne.

Rappelons qu’à l’autorisation de vendre des masques pour les grandes surfaces, celles-ci convenaient de les fournir aux clients au prix coûtant.

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Chez Carrefour. © Tous droits réservés
Chez Delhaize. © Tous droits réservés
Chez Makro. © Tous droits réservés
  • Les prix sur Internet

Si vous souhaitez commander des masques par Internet, via les plateformes de vente traditionnelles ou les sites de produits de parapharmacie, les bonnes surprises sont souvent au rendez-vous.

Chez Medi-Market, qui dispose également de points de vente physiques, les 50 masques vous reviendront à 14,99 euros pour les noirs et 9,89 euros pour les bleus (0,29 euro et 0,19 euro la pièce). Chez Colis-Pharma, les 50 masques sont en vente à 21,90 euros (0,43 euro la pièce).

Petit tour sur Amazon où l’offre est cette fois à profusion. On en trouve déjà à 4,79 euros les 50 pièces ce qui fait moins de 10 cents le masque. Pour le reste, la moyenne des prix pour la même quantité oscille entre 9 et 15 euros (hors frais de livraison).

Chez Groupon, les bonnes affaires sont également possibles avec un lot de 50 masques à 11,99 euros et même 100 masques pour 17,99 euros. C’est l’une des nombreuses propositions du site spécialisé dans les bonnes affaires.

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Chez ColisPharma. © Tous droits réservés
Chez Groupon. © Tous droits réservés
Chez Medi-Market. © Tous droits réservés
  • La qualité du produit

Mais que vend-on précisément ? La qualité est-elle à chaque fois et partout la même ? Tous les masques chirurgicaux ne se valent pas, même si tous sont constitués de trois couches de polypropylène.

Michèle Gérard, chef de clinique au CHU Saint-Pierre (Bruxelles) et spécialiste des maladies infectieuses rappelle qu’il existe une norme européenne attribuée au masque chirurgical : l’EN 14683. "Celle-ci est mentionnée sur la boîte, pas sur le masque. Pour répondre à cette certification, émanant d’un organisme extérieur, le masque doit obéir un niveau de performances minimales".

Lesquels ? Il existe deux types de masques, le 1 et le 2. Le premier filtre les particules émises par celui qui le porte à hauteur de 95%. Le type 2 filtre les particules à 98%.

En marge, il existe également des masques dit "R" pour "résistants aux fluides". "Le top, c’est le 2R", précise Michèle Gérard.

Ces différents niveaux de protection peuvent influer sur le prix à la caisse. Vous payerez plus ou moins, en fonction de ce que vous recherchez. Autres éléments à prendre en compte : la qualité de la barrette censée recouvrir totalement le nez et celle des élastiques pour accrocher le masque derrière les oreilles, plus ou moins solides. En fonction du niveau de résistance de ces éléments, le coût sera différent. Mais ce sera toujours à la marge.

Une bonne barrière ou une mauvaise barrière, cela se paie. "Mais quand on voit les études sur l’efficacité des types de masque, la plupart réduisent jusqu’à 80% l’émission des particules. Même un masque de piètre qualité n’est donc pas si mauvais. Une barrière reste une barrière", estime notre experte.

  • L’avis des pharmaciens

Avant le Covid, un masque chirurgical coûtait 6 cents la pièce. Les temps ont changé depuis l’apparition de la pandémie et la diffusion auprès du grand public de ce moyen de protection. La demande mais aussi l’offre ont évolué. La production est massive et ininterrompue, partout dans le monde.

On l’a dit : jusqu’en mai 2020, le masque chirurgical était accessible uniquement aux professionnels de la santé et en pharmacies. Au début de la pandémie dans notre pays, les prix se sont envolés. Mais un an plus tard, "il n’y a aucune raison objective d’avoir des différences de prix", réagit Alain Chaspierre, porte-parole de l’APB, l’association pharmaceutique belge.

En avril 2020, Test-Achats dénonçait l’explosion des prix. Un moins plus tard, l’association de consommateurs tapait cette fois du poing concernant la faible qualité des masques vendus dans le commerce et en pharmacie. Résultat : décevant. "Nous avons commandé une enquête indépendante de notre côté peu de temps après", indique Alain Chaspierre. "Sur les 10 pharmacies, les 10 masques analysés étaient tous de bonne qualité."

Une qualité qui se paie. Moins chère en pharmacie qu’en grandes surfaces ? "Les grandes surfaces ont leurs fournisseurs, elles négocient des volumes importants, puis elles déterminent le prix de vente. En pharmacie, c’est différent. On prend le prix d’achat, puis le pharmacien peut rajouter jusqu’à 30% maximum de marge bénéficiaire. Cette règle des 30% est propre au secteur. Si les prix apparaissent plus élevés en grandes surfaces, c’est selon moi du business absolu. Quand un grand magasin vend 10 masques jetables à 9 euros, ce n’est pas normal, c’est scandaleux."

En pharmacie, en fonction du niveau de protection, le prix du masque peut descendre jusqu’à 10 cents la pièce.

  • L’avis des grandes surfaces

Les prix ont évolué en un an. Mais en grandes surfaces, ils restent identiques. L’explication ? Carrefour Belgique est dépendant d’un important stock de masques normés constitué lors du premier confinement. "A l’époque, la priorité de Carrefour était de garantir la sécurité de ses collaborateurs et de ses clients", rappelle Syrin Stambouli, porte-parole de l’enseigne. "Quand la question des masques est arrivée sur la table, quand les grandes surfaces ont pu vendre des masques, Carrefour a décidé de constituer un stock assez considérable, de plusieurs millions de pièces, pour faire face à une éventuelle pénurie mondiale."

Le marché était extrêmement tendu, les prix au plus haut, la marge de négociation très faible. La pénurie a été grandement redoutée. Mais elle n’a pas eu lieu.

Le stock, lui, est toujours présent et n’a pas encore été totalement écoulé. "Les masques que nous vendons aujourd’hui sont ceux issus du premier stock. Et comme nous ne pouvons pas les vendre à perte, ni faire de bénéfice sur chaque vente, cela peut expliquer le prix plus élevé. Mais il faut bien se rappeler le contexte qui alors était inédit et exceptionnel. Nous avions décidé de prendre les devants et personne ne pouvait imaginer ce qui allait se passer par la suite."

Pour Comeos, la fédération du commerce, les prix seraient en moyenne moins élevés dans le commerce qu’en pharmacies, se référant à une autre étude de Test-Achats réalisée en octobre dernier. Que dit celle-ci ? "Si vous êtes amenés à utiliser par exemple un masque par jour, cela peut représenter, au bout de 25 jours, un budget allant de 13,50 euros (Albert Heijn) à 18,75 euros (prix moyen en pharmacie)."

  • L'avis de Test-Achats

Test-Achat confirme le constat de la RTBF dans une enquête diffusée ce jeudi: "Bien que la pénurie soit désormais derrière nous, les prix de nombreux masques sont, à notre avis, encore trop élevés. Pour preuve, certains masques disponibles sur le marché sont proposés à des prix 'pré-pandémie'".

Selon l'association, plus de 100 modèles sont aujourd'hui disponibles contre une trentaine en juin 2020. La conséquence devrait être, logiquement, une baisse de prix. Au contraire: certains prix affichés sont plus élevés que dans d'autres pays.

"Nous avons comparé", dit Test-Achats, "les prix des masques jetables (masques chirurgicaux et de confort), les masques réutilisables et les masques FFP2 disponibles sur le marché en juin 2020 avec l'offre actuelle (février 2021). Pour presque tous les types et canaux de vente analysés, nous avons pu observer une baisse des prix. Bonne nouvelle donc."

Néanmoins, "les écarts de prix constatés sont très variables. Par exemple, dans certaines pharmacies et parapharmacies, les masques chirurgicaux sont  vendus 0,20 euro l’unité, alors que dans d'autres filières le prix grimpe à 1,27 euro l’unité. Avant la pandémie, le prix d'un tel masque fluctuait entre 0,10 et 0,30 euro l’unité. Certains commerçants montrent donc qu'il n'est pas irréaliste de revenir à de tels prix."

Les baisses de prix les plus conséquentes (jusqu'à 50%) ont été observées en pharmacie par rapport aux grandes surfaces. Explication identique à celle formulée plus haut: "les différences de prix entre supermarchés sont un peu plus importantes qu'il y a quelques mois. L'écoulement d'un stock peut être une explication.

Enfin, Test-Achats rappelle qu'un masque chirurgical "est de meilleure qualité qu'un masque de confort jetable. Ceci se reflète dans les prix. Pour le premier, les prix varient de 0,20 euro à 1,27 euro; tandis que pour un masque de confort, vous payez entre 0,11 euro et 0,79 euro."

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