David Van Reybrouck: "Arrêtons de penser qu'on va améliorer la démocratie en améliorant les élections"

Écrivain, archéologue et historien, David Van Reybrouck est ce samedi 21 octobre l’invité du Grand oral RTBF/Le Soir sur La Première. Auteur de nombreux ouvrages dont "Congo, une histoire" et "Contre les élections", fondateur du G1000, il propose des pistes pour refonder notre système politique et instaurer une démocratie intelligente.

À moins d’un an des élections communales, David Van Reybrouck commente d’abord la vision francophone de la N-VA. Il dit : "C’est un réflexe que je vois très souvent en Belgique francophone : penser que la montée en puissance de la N-VA égale automatiquement la montée en puissance du nationalisme ! Les raisons pour lesquelles les gens ont voté pour la N-VA, ce n’est pas forcément pour l’indépendance de la Flandre. Et la N-VA a compris car son enjeu politique a changé : d’un discours très communautariste vers un parti de droit économique et aussi la migration".

La particratie belge

De retour de Berlin où il vient de vivre une année, David Van Reybrouck regrette que la campagne électorale des communales soit déjà lancée en Belgique. "En Allemagne, la campagne des grandes élections a commencé quatre, cinq semaines avant et jusque-là les politiques ont fait leur travail", explique-t-il. " Nous, on est en campagne pendant quatre, cinq ans. C’est une fièvre électorale, pas une discussion des idées. Ce pays, la Belgique, est complètement bouffé par la particratie et ça va de pire en pire ", dit David Van Reybrouck.

Une démocratie intelligente

"Arrêtons de penser qu’on va améliorer la démocratie en améliorant les élections", poursuit-il. "C’est une formule primitive, vieillotte, pour faire tourner une société. Je défends plutôt l’idée d’un tirage au sort. C’est en train de se faire, notamment en Irlande. Tirer au sort une partie du conseil communal serait tout à fait envisageable : Madrid est en train de le faire et plusieurs villes des Pays-Bas", explique l’essayiste.

"Le tirage au sort combine l’échantillon représentatif avec l’information et le temps : on demande aux gens ce qu’ils pensent après avoir eu le temps de réfléchir. C’est l’inverse d’un sondage où on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas", compare David Van Reybrouck.

"Le fait de se sentir pris au sérieux est extrêmement important dans une démocratie. Le mode électoral ne garantit pas toujours cette expérience-là", conclut-il sur ce point.

"Le jihad de l’amour"

David Van Reybrouck a aussi recueilli les propos de Mohamed El Bachiri dans le livre "Un jihad de l’amour". Belge d’origine marocaine et musulman, Mohamed El Bachiri vit à Molenbeek. Son épouse et mère de ses trois enfants est décédée le 22 mars 2016 dans l’attentat du métro de Bruxelles.

David Van Reybrouck explique : "La rencontre avec Mohamed a été un vrai bonheur. C’est quelqu’un qui crée des ponts entre musulmans et non musulmans".

"Nous vivons une époque qui est extrêmement violente mais pas seulement à cause du terrorisme", poursuit l’écrivain. Et David Van Reybrouck de citer "le taux de suicide, l’automutilation, les burn-out et les dépressions". "Nous vivons une crise sociétale qui dépasse l’islam", conclut-il.

David Van Reybrouck est interrogé par Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au journal Le Soir, Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information à la RTBF, et Jacques Crémers, chef de la rédaction de La Première/RTBF.

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