Dauphins et baleines échoués : un cocktail de polluants toxiques découvert à l'autopsie

Baleine à bec de Gervais échouée sur une plage de Floride en 2019
Baleine à bec de Gervais échouée sur une plage de Floride en 2019 - © Annie Page-Karjian

Quatre-vingt-trois dauphins et baleines ont été autopsiés par une équipe de chercheurs de l’Institut océanographique de l’Université atlantique de Floride, aux Etats-Unis. Ils s’étaient échoués sur les plages de Floride et de Caroline du Nord entre 2012 et 2018. Les chercheurs ont retrouvé dans les tissus adipeux des cétacés un véritable cocktail de substances chimiques : des concentrations d’un herbicide (l’atrazine), d’un phtalate qu’on trouve dans les plastiques, d’éthoxylates de nonylphénol, couramment utilisés dans l’emballage alimentaire, et de triclosan, un agent bactérien et un antifongique présent dans certains produits de consommation comme le dentifrice, les savons, les détergents ou les jouets.

Voilà qui n’étonne pas Thierry Jauniaux, vétérinaire à la Faculté de médecine vétérinaire de Liège : "toutes les molécules nouvellement produites se retrouvent toujours dans l’environnement d’une manière ou d’une autre. Et cela aboutit à la mer et dans les tissus des mammifères marins via la chaîne alimentaire. Des substances présentes en quantités infinitésimales dans l’eau sont absorbées par le phytoplancton, le zooplancton et ainsi de suite et finalement on en retrouve des concentrations très élevées dans les tissus des mammifères marins, d’autant que comme ces produits sont très peu métabolisés et très peu éliminés, mais stables dans les graisses, les animaux les accumulent toute leur vie. Et à un moment donné, si d’autres conditions sont réunies, ces polluants peuvent devenir dangereux. Par exemple, ces polluants aident, dans certaines conditions, à la prolifération d’un virus chez les mammifères marins".

Des toxines aussi présentes dans les cétacés qui s’échouent en Belgique

Les résultats de l’étude ont montré que les concentrations de toxines et d’éléments variaient en fonction de l’espèce, du sexe, de l’âge et du lieu. Les échantillons de foie de grands dauphins présentaient des concentrations moyennes de plomb, de manganèse, de mercure, de sélénium, de thallium et de zinc nettement plus élevées et des concentrations moyennes de NPE, d’arsenic, de cadmium, de cobalt et de fer plus faibles que les échantillons de cachalots pygmées. Chez les dauphins à bec femelles adultes, les concentrations moyennes d’arsenic étaient sensiblement plus élevées et les concentrations de fer sensiblement plus faibles que chez les mâles adultes. Les concentrations moyennes de plomb, de mercure et de sélénium chez les grands dauphins adultes étaient nettement plus élevées et les concentrations moyennes de manganèse nettement plus faibles que chez les juvéniles.

Thierry Jauniaux s’occupe de médecine légale des animaux sauvages, il pratique régulièrement des autopsies d’animaux échoués sur nos côtes et confirme que ces polluants ne sont pas uniquement présents chez les dauphins et baleines qui s’échouent aux Etats-Unis. "Chez nous aussi, sur la Côte belge, en Allemagne, des études montrent que des concentrations élevées de nombreux polluants sont présentes dans les tissus adipeux des mammifères marins, explique-t-il. Et à un moment donné, on atteint le seuil toxique. Mais on extrapole des données de laboratoire pour évaluer ce seuil toxique car on ne va pas faire d’expérimentation animale sur les cétacés".


►►► À lire aussi : Une baleine à bec retrouvée morte sur la plage de Wenduine


Ces vingt dernières années plusieurs études sur les marsouins ont montré également des concentrations élevées de polluants dans les tissus et un impact de ces polluants sur la vie des mammifères marins. "Même le grand dauphin, le tursiops… On estime que la population de tursiops en Atlantique Nord-Est est en train de décliner, uniquement à cause de la pollution. Car la pollution peut avoir un impact sur leur reproduction. Mais une fois de plus, ce sont des hypothèses."

Par ailleurs, pour l’autrice principale de l’étude américaine Annie Page-Karjian, si nous devons réduire la quantité de substances toxiques que nous envoyons dans la mer, c’est non seulement pour les mammifères marins, mais aussi pour les humains car ils mangent également du poisson. "Ces produits chimiques remontent la chaîne alimentaire et leur concentration augmente au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. Lorsque les dauphins et les baleines mangent du poisson contenant des concentrations de ces produits chimiques, les éléments toxiques pénètrent dans leur corps. Les dauphins mangent une variété de poissons et de crevettes dans ces environnements marins, tout comme les humains".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK