Dans les coulisses d'un laboratoire belge qui teste un vaccin contre le coronavirus

Plus de 200 candidats vaccins sont à l’étude pour lutter contre le Covid-19 dans le monde. Celui de l’entreprise de biotech allemande Curevac, est aujourd’hui testé sur une cinquantaine de volontaires belges. Les candidats aux tests doivent avoir entre 18 et 60 ans et être en bonne santé.

Nous avons rencontré Annick De Waele, 60 ans. Malgré les risques, Annick a tenu à faire l’expérience : "Je trouvais qu’il fallait un vaccin contre le Covid-19 le plus vite possible. Lorsque j’ai lu le mail demandant des volontaires, j’ai immédiatement voulu en être". 

Annick avait participé, l'année dernière, à une campagne de vaccination contre la grippe. Voilà pourquoi, elle faisait partie d'une mailing liste. 

Injection du produit ou placebo ?

Après une première injection, nous la retrouvons quelques semaines plus tard, dans les couloirs du centre de vaccinologie de l’Université de Gand pour se faire injecter la seconde dose du vaccin. Lors de la première injection, elle n’a eu aucun symptôme. Pas de douleur, pas de fièvre, ni de gonflement à l’endroit de l’injection. Des symptômes assez normaux 24 à 48 heures après une injection. Mais ici, rien. 

En réalité, certains volontaires reçoivent le produit mais pas tous. Il est donc possible qu’Annick se soit fait administrer un placebo. Personne ne le sait, pas même ceux qui lui ont fait l'injection.

Contrôles de la réponse immunitaire

Pour l’heure, elle doit se faire ausculter sous toutes les coutures : contrôle de la tension, de la température et prise de sang. "Il est très important de faire des prises de sang aux différentes étapes de l’étude, pour pouvoir contrôler la réponse immunitaire", explique l’infirmière, Anniek Desimpel. 


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Annick De Waele reçoit ensuite, la seconde dose du vaccin et devra rester sur place durant quatre heures : "Il peut arriver que des réactions inattendues se produisent, et puis ils doivent être là pour hospitaliser si nécessaire. Voilà pourquoi c’est important de rester ici si longtemps ".

Jusqu’à présent aucun volontaire n’a fait de réaction nécessitant une hospitalisation. Comme tous les autres volontaires, Annick doit habiter à moins de 20 kms du centre de vaccinologie de l'UGent. Elle peut appeler un numéro rouge 24h/24 en cas de problème.

Première phase vaccinale

Les 50 volontaires belges participent aux tests cliniques de phase 1 du vaccin curevac, celle qui teste la toxicité du vaccin et surtout la réponse immunitaire des participants.

Pendant que les volontaires patientent, leurs doses de sang font leur chemin. Elles passent tout d'abord à la centrifugeuse. La coordinatrice du laboratoire CEVAC, Gwen Waerlop, nous explique la manœuvre : "Nous avons séparé les globules rouges du plasma avec les cellules immunitaires. Ensuite, nous isolerons les cellules immunitaires pour les conserver au congélateur".

Une durée d’immunité encore difficile à évaluer  

Si aujourd’hui, ces volontaires font une bonne réponse immunitaire, celle-ci va-t-elle persister au fil du temps?  Selon Isabel Leroux-Roels, cheffe de service du centre de vaccinologie de l'U-Gent, il est encore trop tôt pour connaître l'efficacité à long terme du vaccin car les études n'ont commencé qu'en juin et elle n'en sont qu'à la phase 1.

Pour l'instant, les réponses immunitaires sont plutôt bonnes mais Isabel Leroux insiste: "Les vaccins provoquent non seulement une production d'anticorps, la première barrière pour prévenir la maladie, mais aussi des lymphocytes T. De quoi s'agit-il? Ce sont des cellules capables de détecter et d'attaquer les cellules du corps humains infectées par le virus. Si les anticorps diminuent, les lymphocytes T jouent le rôle de 2ème barrière. Le vaccin nous protégera au minimum contre les infections très sévères." 

Jean Stephenne est président du conseil de surveillance de Curevac et pour lui, aucun doute: "Le vaccin a pour objectif de bien stimuler la mémoire immunitaire de l’individu ce que la maladie ne fait pas (ou peut-être seulement chez certains). C’est le pari des vaccins mais ça a été démontré pour d’autres. Je ne vois pas pourquoi celui-ci ne le ferait pas".

Pour le savoir, les 50 volontaires seront suivis pendant treize mois avec des prises de sang régulières. Pour leur peine, ils reçoivent 1000 euros d'indemnité.

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