Dans le rétro: peste, choléra, ergotisme... ces grandes pandémies qui ont marqué l'Histoire

La crise actuelle est loin d’être une première dans l’histoire de notre vieux monde. Les hommes ont dû affronter bien des cataclysmes viraux, bien des maladies dont la menace sur le futur de l’Humanité étaient, à bien des égards, prégnantes. Comment ces fléaux ont-ils été combattus ? Quelles mesures ont été prises ? Quelles découvertes ont été faites ? Comment ces maux ont-ils parfois influé sur l'histoire des civilisations? Sur les arts et la vie quotidienne? 

Nous vous proposons un petit état des lieux historiques (non-exhaustif) de ces moments critiques. Ce qui permettra, peut-être également à contribuer à calmer un brin les esprits sur la crise actuelle.

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Reprenons un peu recul... © utah778 - Getty Images/iStockphoto

La diffusion à grande échelle d’une maladie va souvent de pair avec le transport et les échanges commerciaux. C’est souvent lors des périodes de forts contacts entre populations, ou commerce entre populations, création de routes, guerres parfois, sont légion que le terreau pour la propagation d’épizooties est le plus favorable.

La peste d’Athènes (probablement la fièvre typhoïde)

Vraisemblablement une des premières pandémies répertoriée. Nous sommes au Ve siècle avant Jésus-Christ. Les villes sont apparues. La civilisation grecque, avec Athènes en tête de proue, est alors florissante. Selon le figaro.fr, entre -430 et -426 avant notre ère, le drame frappe le berceau de la démocratie. Une vague de fièvre typhoïde aurait emporté un tiers de la population de la cité (qui comptait environ 200 000 habitants). Rapportée et décrite par Thucydide, le mal aurait touché notamment le grand Périclès. La maladie est venue du nord de l’Afrique (d’abord Ethiopie, puis Egypte et Libye). Elle apparut à Athènes au moment du siège de la ville par Sparte, lors de la guerre du Péloponnèse.

Le fléau marqua le début du déclin de l’âge d’or athénien. Qui se caractérisa notamment par un effondrement des valeurs et de l’ordre social. Thucydide (qui a aussi contracté la maladie mais n’en est pas mort) restera, par ses récits, un modèle dans la description des maladies à venir. On fera appel à sa mémoire pour les épizooties à venir, jusqu’à la peste de Marseille, au XVIIIe siècle. La légende qui stipule qu’Hippocrate, grand médecin de l’Antiquité, a mis fin à la maladie par l’usage de grands feux d’herbes aromatiques, est fausse.

Le Figaro précise que la fièvre typhoïde, souvent causée par l’ingestion d’aliments préparés par une personne infectée, est aujourd’hui toujours endémique en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Elle se manifeste par une forte fièvre prolongée et des diarrhées importantes.

 

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L'acropole et son Parthénon surplombent toujours Athènes, berceau de la culture occidentale © ANGELOS TZORTZINIS - AFP

La peste antonine (variole)

Il s’agit d’une des premières grandes épidémies bien documentée, et sûrement la première épidémie de variole en Occident. Bien que plusieurs vagues de peste (du latin "pestis", fléau) aient touché le monde romain auparavant, une énorme crise survint à la fin du IIe siècle, sous les règnes des empereurs Marc-Aurèle et Commode (issus de la dynastie des Antonins). Probablement survenue aussi lors de guerres en Orient (selon certaines sources, en Syrie), on assiste alors à une chute démographique et monétaire. Les chiffres de pertes humaines se situent dans une fourchette d’environ 10 à 30% d’une population estimée à 64 millions d’habitants. Rien n’est cependant prouvé quant à l’impact de la maladie sur le déclin de l’empire romain.

Une grande personnalité du monde de la médecine s’est illustrée à cette occasion: Galien (les Anglo-Saxons surnomment d’ailleurs parfois cette maladie par les termes de peste galénique).

 

Retour de la variole en Bretagne en 1954

Milieu des années 50. La région de Vannes est en panique. La variole (appelée aussi petite vérole) est réapparue. Depuis le siècle précédent, on n’entend plus parler de la terrible maladie, qui semble éradiquée. La vaccination est obligatoire depuis 1902. Mais il a suffi qu’un militaire, alors en poste en Indochine, revienne au pays… A Saïgon, il avait contracté la variole. L’enfant du soldat est contaminé. Il n’est pas vacciné. Son papa, lui pourtant, l’est. Début décembre, le jeune garçon est à l’hôpital. Le médecin diagnostique d’abord une varicelle. Le 28 décembre, il quitte l’hôpital. Trop tard, le service pédiatre est contaminé. Comme l’explique Ouest-France, c’est seulement le 4 janvier que l’institut Pasteur parlera enfin de variole.

Ensuite, les événements s’enchaînent. Une malade est transférée à Brest. Des cas se feront bientôt répertorier dans le Finistère. 98 cas déclarés (dont 11 médecins). L’hôpital de Vannes est isolé. Coupé du monde. On évite de se rendre à Vannes. La ville est en quarantaine. Les habitations de personnes contaminées nettoyées… au formol. Une campagne de vaccination massive va bientôt porter ses fruits. Un demi-million de Français seront alors vaccinés. L’épidémie diminuera à partir du 19 janvier. Fin mars, elle aura disparu de Vannes. Début mai de Brest.

Bilan : 20 morts.

 

 

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Une du journal "Radar" du 23 janvier 1955 © France 3

La peste de Justinien

Entre les VIe et VIIIe siècle, l’Europe et l’Asie sont en proie à la peste bubonique. Elle s’avérera être ravageuse. Touchant l’Asie, l’Europe et l’Afrique – principalement les régions autour du bassin méditerranéen — elle prit son nom quand la ville de Constantinople fut atteinte, en 542 (les sources parlent de 10 000 victimes par jour à ce époque)-. La grande puissance du moment est alors l’empire romain d’Orient. Cet empire byzantin, qui a à sa tête un leader charismatique, Justinien. La pandémie atteint son paroxysme lors de la deuxième partie du VIe siècle. Elle restera cependant présente encore deux cents ans, arrivant par vagues (on en comptera une petite vingtaine). Grégoire de Tours l’appelait la Maladie des aines (les bubons ayant une propension à se développer sur cette partie de l’anatomie).

Il est admis de nos jours que la maladie vint d’Asie centrale. Elle aurait été propagée via la Route de la Soie. Les estimations des victimes varient de 25 à 100 millions de morts. Soit un tiers à la moitié de la population de l’époque.

On ne sait pas ce qui arrêta la maladie. Des pistes vont vers une virulence moindre, additionnée au dépeuplement certain des régions touchées. Ce qui est sûr, c’est qu’elle eut un impact historique. L’empire romain d’Orient jouissait, à son déclenchement, d'une puissance militaire et économique considérable, et pensait refonder un empire romain unifié. Ce qui n’a finalement pas abouti. Les Sassanides d’Iran ont aussi fort souffert. Ceux qui ont profité de cet affaiblissement sont les dynasties arabo-musulmanes, qui ont connu une période d’expansion territoriale forte au sortir de l’épidémie. Ses rivaux étant affaiblis. 

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Mosaïque byzantine représentant Justinien et sa cour © Richard T. Nowitz - Getty Images

L’ergotisme

Voilà une épidémie, épisodique, bien singulière. Des millions de morts. Et des noms évocateurs, comme mal des ardents, feu de Saint-Antoine (ou de Saint-Martial). Aux alentours de l’an mil, ce fut une véritable calamité. Les personnes touchées avaient l’impression que leurs membres inférieurs brûlaient. Ce mal répandant frayeur et terreur, on s’en remit alors à la religion, aux Saints et à leurs images protectrices.

Le fléau est dû à la… nourriture. Plus précisément à l’ergot du seigle (d’où son nom). Ce petit champignon, qui pouvait être logé dans une céréale souvent de mauvaise qualité, était broyé par les meuniers en même temps que le reste des épis. On ne savait pas que l'ergot du seigle était porteur de maladie. Les pains, en attendant, étaient contaminés. Ignis Sacer (le feu sacré) devenait une calamité dans la population. Et souvent, l’amputation était au bout du chemin (de croix).

Pour essayer de lutter plus concrètement qu'avec simplement les prières divines, on s’organisa. Un ordre religieux fut créé par le pape en 1247 : les Antonins (du nom de Saint Antoine). Avec près de 400 hôpitaux en Europe, les moines s’occupaient des victimes. Le siège de l’ordre est l’abbaye de Saint-Antoine-en-Viennois, dans le Dauphiné.

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Ergots de seigle sur une photo en noir et blanc dans une expo sur l'histoire du LSD en 2018 à Berne (Suisse) © FABRICE COFFRINI - AFP

L’affaire du "Pain Maudit"

Pont-Saint-Esprit, une nuit d’août 1951. La maladie, que l’on croyait cantonnée à des temps immémoriaux, ferait sa réapparition dans une petite commune du Gard. Sept morts, 300 malades, des internements en pagaille, une population comme touchée par un trip sous LSD. Comme l’écrivit 55 ans plus tard le journal Libération (dans un article audacieusement appelé : "Baguette tragique à Pont-Saint-Esprit"), on sait maintenant qu'un ergotisme pur et dur n’est pas forcément la cause principale – la justice conclura que ce serait plutôt dû à l'usage d'une farine avariée-. A l'heure actuelle, les spécialistes penchent pour une cause mixte.

Quoi qu’il en soit, cette affaire a fait remonter à l’époque dans la région des peurs ancestrales, une psychose qui n’est pas sans rappeler celle que nous vivons actuellement.

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Meunier de la commune de Pont-Saint-Esprit, mis en cause après l'affaire du "pain maudit" ©  - AFP
Boulangerie et corbillard à Pont-Saint-Esprit en 1951 ©  - AFP
Affichage public lors de la crise à Pont-Saint-Esprit (Gard), 1951 ©  - AFP

La "peste noire"

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On se rappelle, notamment lors du carnaval de Venise, des masques "bec d'oiseau" portés par les médecins lors des épidémies. Au bout du bec étaient placées des plantes aromatiques, censées protéger du fléau. © ANDREA PATTARO - AFP

Cet épisode de "la grande peste" du Moyen-Age est resté, en Occident, profondément ancré dans la mémoire collective. Encore de nos jours, des images se forment dans nos têtes à la simple évocation de la maladie. La peste noire, c’est le sommet de l’hécatombe. En quelques années, dans une Europe en plein boom démographique, agraire et économique, d’un tiers à la moitié du continent fut tué. Un fléau implacable. Frappant avec la rapidité de l’éclair.

Les facteurs de propagation : la guerre puis le commerce. Le foyer viendrait d’Inde ou de Chine. Les cavaliers Mongols amènent le bacille avec eux à travers les steppes asiatiques et arrivent sur les bords de la Mer Noire. A Caffa (Théodosie), en Crimée, la Horde d’Or (pays d’où sont issus les Mongols) attaque les Génois, qui ont des comptoirs commerciaux. La petite histoire dit que durant le siège de la ville, en 1346, des cadavres pesteux furent envoyés par-dessus les remparts. Des pistes parlent aussi de rats ou d’autres rongeurs qui se seraient infiltrés dans la cité. Quoi qu’il en soit, les Génois sont infectés. Faute de combattants des deux côtés, le siège est levé. Et le commerce des marchands génois peut alors reprendre. Ce sera l'enchaînement. Mortel. Irréversible. Avec les échanges entre villes, par bateaux, la peste va se répandre dans le pourtour méditerranéen. Une traînée de poudre. En un an, les cités, alors prospères, vont être touchées les unes après les autres. Constantinople, Messine, Gênes, Marseille, Venise…   

De 1347 à 1353, 25 millions de chrétiens européens succomberont. Du tiers à la moitié de la population du Vieux continent en l'espace de 5 ans. La bactérie vient du chien et est transmise à l’homme via la puce. Mais ça, à l’époque, on ne le sait pas.

C’est à cette occasion que la mise en "quarantaine" fut instaurée. Ainsi, selon La Libre, c’est à Raguse (actuelle Dubrovnik), que fut créé le concept. En 1377, un ordre interdit d’accéder à la cité ""à tous ceux qui viennent d’une zone infestée par la peste", sauf s’ils sont auparavant restés "pour se purger" dans un village désigné pour cet usage, à l’extérieur de la ville". Il s’agit cependant d’une mesure maritime. Un mois sera la durée de l’isolement. Venise reprendra ensuite la mesure, cette fois pour une durée de quarante jours. La raison est que le grand médecin grec Hippocrate considérait cette durée comme révélatrice de la chronicité ou pas d’une maladie.

Les léproseries (qui avaient été construites pour lutter contre une autre terrifiante maladie ravageuse, la lèpre), elles, sont mises à contribution. Mais un malade reste un danger. Et la maladie est souvent vue comme une punition divine. Encore selon Florian Besson, Docteur en histoire médiévale à la Sorbonne, toujours cité par la Libre Belgique, des mesures d’exclusion se feront, pendant des siècles, ressentir. Rebouteux, pestiférés ou autres lépreux seront assimilés aux Juifs, aux hérétiques. Ils seront accusés d’empoisonner les puits, de sorcellerie ou d’autres calembredaines. Encore aujourd’hui, des phénomènes de racisme peuvent ressortir lors d’une crise épidémique, comme on l’a vu avec les personnes d’origine asiatique. Encore et toujours le phénomène des boucs-émissaires. Le genre humain persiste (aussi) dans sa bêtise…

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Procession au temps de la peste noire © Photos.com (libre de droits) - Getty Images

Milieu du XIVe siècle, donc. Pour beaucoup de spécialistes, la deuxième pandémie (peste noire) est alors engagée. Malgré des mesures prises pour lutter contre le bacille (désinfection des maisons, incinération des corps, création d’hôpitaux hors les villes, mesures d’éloignement…), d’autres épidémies de peste suivront, et ce jusqu’au XIXe siècle. A la faveur de relâchements de vigilance, les épidémies reviendront par à-coups. Citons quelques épisodes notables comme la grande peste de Londres (1665-1666, on parle de près de 100 000 morts), la peste de Marseille (1720, peut-être la moitié de la population touchée) ou encore celle de Moscou (1771). Lors des campagnes d'Egypte et de Syrie, en 1798-99, Bonaparte sera, quant à lui, amener aussi à rencontrer l'affection. "Signe" qu'il est un "trompe-la-mort", le futur empereur l'utilisera pour sa propagande. L'épisode celui des Pestiférés de Jaffa, va rentrer dans la légende.   

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"Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa" tableau d'Antoine-Jean Gros, 1804 © -

Bien avant cela, au Moyen-Age, la peste noire dans les arts et la vie quotidienne a marqué son époque. On assiste à un retour en force de la piété. Les heures sont sombres. Les danses macabres pullulent sur les tableaux, la mort est partout. En peinture, en sculpture. Dans les bourgs, les "flagellants" organisent des processions. Ils s'y fouettent.

On observa un ralentissement des grands chantiers (cathédrale de Sienne…), qui, faute de bras disponibles, tombent parfois dans une certaine léthargie. Tout comme la Guerre de Cent ans, qui marquera des pauses faute de combattants.

Après la poussée démographique des siècles précédents, les campagnes tombent en désuétudes, les forêts s’agrandissent. Le servage, lui, sera bientôt aboli. D’aucun estime que l’Italie perdra durant la peste noire la moitié de sa population (notons cependant des zones relativement préservées, comme la région de Milan). La France, elle, en aurait perdu près de 40%.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, notre peste fait son grand retour en haut de l’affiche. C’est sur les hauts plateaux chinois qu’elle surgit à nouveau. Début de la "troisième pandémie". D’Asie, elle se répandra ensuite en Orient (principalement sur le pourtour de la mer Rouge). Les ports seront principalement des cibles, d’où des mises en quarantaine de villes, principalement portuaires, jusqu’au milieu du XXe siècle (Marseille en 1902…). La dernière en Europe sera mise en place à Ajaccio, en Corse, en 1945. Grâce à une meilleure prise en charge et connaissance de la maladie, les pertes humaines sont cependant de bien moindre importance qu’auparavant. Mais la menace est toujours réelle et reste toujours très prégnante dans les imaginaires. Synonyme de danger hautement contagieux, le fascisme et le nazisme seront très vite dénommés "peste brune". Albert Camus, imaginant une peste qui ravage Alger, (qui peut, métaphoriquement, être comparée à l'extrême-droite), en fera un chef-d’œuvre de littérature.

 

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Campagne de dératisation à Bruxelles en 1971. ©  - BELGAIMAGE

Dans l’imaginaire collectif, le rat a été marqué d’une image extrêmement négative. Le joueur de flûte de Hamelin ne devait-il pas débarrasser la petite ville allemande de la peste? De nos jours encore, le rongeur est synonyme de saleté, de maladie (souvent à tort). Et des campagnes de dératisation sont toujours organisées dans nos villes.

La peste n’a, à l’heure actuelle, pas encore disparu. Un vaccin existe, la bactérie pestis yersinia est, selon les chercheurs, probablement éteinte mais il en reste cependant quelques foyers dans le monde. Maladie liée à la pauvreté et au dénuement, elle est revenue il y a peu à Madagascar, en RDC ou encore en Inde.

Comme le souligne Le Point sur son site internet, la peste pneumonique, la plus rare mais la plus virulente des formes de peste, n’est pas encore morte. Très récemment, à Pékin, deux personnes étaient signalées (et soignées), en novembre dernier. 50 000 cas dans le monde ont été répertoriés ces vingt dernières années (et 584 morts en 5 ans, selon l’OMS). Il existe à présent des antibiotiques contre la maladie, qui peuvent traiter les cas (notamment les complications). Mais elle est toujours incurable.

Le choléra

C’est la maladie de la fin du IIe millénaire. Sept pandémies au compteur pour le choléra entre 1817 et… ben nous sommes dans la septième encore à l’heure actuelle. La maladie vient du sous-continent indien.

Le Hussard sur le toit de Jean Giono, paru en 1832, raconte l’épidémie et la psychose qui l’accompagna en Provence. La maladie, venue d'Asie puis de Pologne, frappe littéralement l'Europe occidentale la même année. Enorme panique dans l'Hexagone. On massacre des personnes accusées d'empoisonner les puits, on crie au grand complot, la peur est partout. Le président du Conseil, Casimir Périer, décède de la maladie. Avant de succomber, il dira: "Je suis bien malade mais le pays est encore plus malade que moi." Paris sera bientôt déclaré "en état de siège", tant le gouvernement craint l'insurrection. A Paris, sur une population de 800 000 habitants, on dénombrera 18 500 décès. 20 000 maisons seront elles, déclarées insalubres. Le cholera reviendra épisodiquement tout au long du siècle, principalement dans les populations défavorisées.

Ainsi, la maladie fera des ravages sur des corps épuisés par la Grande famine, en Irlande, entre 1845 et 1852

Elle touche encore actuellement entre 3 et 5 millions de personnes. C’est l’Afrique qui est depuis 1971 le continent le plus atteint (le continent avait alors été jusque-là épargné). Le choléra a fait sa réapparition aussi au Yémen récemment. La guerre et le chaos, encore et toujours, comme facteurs de propagation du virus. 

Anecdote : l’adjectif se rapportant à la maladie était, au Moyen Âge "cholérique", qui signifiait "bileux". Il perdra son "h" et passa bientôt en français moderne avec un autre sens, que nous connaissons encore actuellement.

Choléra et plat pays

Trois vagues épidémiques vont toucher la Belgique au XIXe. Celles de 1832-33, de 1848 et celle de 1866 (en 1850, le choléra reviendra, uniquement en province de Luxembourg). Un foyer se déclare par exemple à Elouges, dans le Borinage, en 1832. 44 décès à déplorer, notamment chez les mineurs.

La faucheuse reviendra une trentaine d’années plus tard. Celle de 1866 sera terrible. Bientôt, elle sera appelée "l’année du grand choléra"43 000 décès à déplorer dans le pays. Principalement en Wallonie. Le choléra se répand en Europe en 1865, atteint son paroxysme en juillet et disparaîtra avec l’hiver. A Liège, on comptera un mort pour 66 habitants (près de 8 500 habitants de la Cité ardente succomberont). Le mal prendra aussi pied dans le Pays Noir, comme à Châtelet (600 victimes dans la région). Ce sera la dernière fois que le choléra touchera nos contrées.

Pour la combattre, l’hygiène (lutte contre l’insalubrité, désinfections, aération des maisons…) est prédominante.

Revenons sur l’apparition de la maladie à Châtelet, près de Charleroi, avec une séquence de l’émission "Double 7":

Archives RTBF/SONUMA : épidémie de choléra à Châtelet, en 1866 ("Double 7")

La fièvre jaune

Causée par le moustique, la fièvre jaune a pu être aussi appelée "vomito negro" ("vomi noir") ou peste américaine. Selon le site du Généraliste.fr, le mal serait né non pas en Asie (continent qu’il n’a jamais touché), mais dans les régions tropicales des Amériques. Une grande épidémie toucha le Yucatan (Mexique), en 1648. Affectant en grand nombre les Européens (la fièvre jaune est considérée comme un frein à une colonisation qui aurait pu être encore plus rapide). D’autres vagues suivirent à travers le temps. Ainsi à la fin du XVIII Philadelphie fut touchée. 10% de la population de la ville périt. En 1821, un bateau parti de Cuba ravagea Barcelone, faisant 20 000 morts.

 

Les Français eux, ont été fortement confrontés à la fièvre jaune (qu’ils appelaient "typhus amaril"), notamment dans les Caraïbes. Les troupes furent très atteintes. Ajouté à cela la révolte des esclaves (avec un dénommé Toussaint-Louverture), ils perdront des colonies, dont Saint-Domingue, devenue Haïti indépendant le 1er janvier 1804. La maladie et le paludisme auraient également pesé dans la balance pour la vente de la Louisiane aux Etats-Unis par Napoléon en 1803.

La fièvre jaune frappe encore à l’heure actuelle. Selon l’OMS, en Amérique du Sud (notamment le Venezuela) et en Afrique subsaharienne (Angola).

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Campagne de vaccination contre la fièvre jaune à Rio de Janeiro, au Brésil, en 2017 © YASUYOSHI CHIBA - AFP

La grippe espagnole

Terrifiante pandémie que la grippe espagnole. Survenue à la toute fin de la première mondiale (certains diront même qu’elle a contribué à la raccourcir), elle emporta des millions de personnes (les estimations varient entre 5 et… 100 millions) entre 1918 et 1920. Le premier conflit mondial et son lot de gigantesques carnages auraient, eux, emporté environ 8 millions d’âmes. Cette grippe a été appelée "espagnole" car la presse du pays de la péninsule ibérique a été la première à en parler (l’Espagne étant neutre et les pays belligérants préférant taire la maladie de peur de faire baisser le moral de leurs glorieuses troupes combattantes). Importée vraisemblablement de Boston, les soldats américains l’auraient pris, bien malgré eux, dans leurs bagages. Très contagieuse, elle se répand comme une traînée de poudre, aidée par les déplacements de troupes, les contacts entre armées et l’hygiène déplorable aux alentours des champs de bataille. Novembre et décembre 18 furent les mois les plus mortels pour l’Europe. Ensuite, la maladie se diffusera dans les colonies. Sa morbidité (proportion de la population infectée) est exceptionnelle : de 20 à 80% (!) de la population, comme en parle le Monde.fr Malgré une résurgence, plus mineure, en 1919, la pandémie s’arrête brutalement au début de la même année. La maladie aurait génétiquement modifié, et les politiques de santé auraient finalement porté leurs fruits (l’Australie, par exemple, a appliqué une quarantaine qui s’est révélée assez salvatrice).

Le président américain Woodrow Wilson, les artistes Guillaume Apollinaire, Edmond Rostand, Egon Scheile ou encore le sociologue Marx Weber figurent parmi les victimes les plus célèbres (ainsi que Frederick Trump, le grand-père de l’actuel leader des USA).

Et ça continue, encore et encore...

Nous ne reparlerons pas ici des pandémies grippales de notre temps, parties de Chine (grippe de Hong-Hong, Sras…) , et des épidémies toujours en cours, comme le paludisme ou la dengue, dont nous vous avons déjà amplement parlé. Ces dernières touchent et tuent encore des dizaines de milliers de personnes par an (et touchent des millions, dans le cas du paludisme).

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Recherche et vaccination, deux éléments essentiels pour la lutte contre les maladies. © Anchalee Phanmaha - Getty Images

Voilà pour ce petit tour d'horizon des maux auxquels l'Humanité a été confrontée. Nous rappelons que la liste est loin être exhaustive. Histoire de nous aider à relativiser davantage l'épisode du COVID-19 (rappelons aussi que la maladie qui nous intéresse vient du latin "corona", qui signifie "couronne" - à cause de la forme du virus) et sa psychose, que nous vivons actuellement... 

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