Damien Ernst: "Si on a une vague de froid en novembre, on devra délester"

L'invité de ce mercredi matin est le professeur de l'ULG et expert en énergie, Damien Ernst. Une occasion de faire le point avec lui sur les impacts d'une éventuelle pénurie d'électricité cet hiver. L’indisponibilité de six des sept réacteurs nucléaires en novembre prochain, annoncée vendredi par Electrabel, fait craindre une pénurie d'électricité. A qui la faute ? Était-ce prévisible?

D'après la ministre Marghem, la responsabilité de l'opérateur est clairement engagée et exige une solution dans les 48 heures. Pour Damien Ernst, "Ce n'est pas la responsabilité d'Electrabel, Electrabel ne peut pas trouver une solution. Tout ce que l'entreprise peut faire, c'est d’accélérer les travaux pour réparer leurs bunkers en béton, mais j'imagine qu'ils sont au maximum. Ils ont leurs équipes qui travaillent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Par réacteur à l'arrêt Electrabel perd entre 1,5 et 2 millions par jour. Au mois de novembre, ils auront 5 réacteurs à l'arrêt, faites un peu le calcul. J'ai écouté les déclarations de la ministre, il y a des choses avec lesquelles je suis d'accord, mais d'autres non, comme le fait de râler sur Electrabel. La ministre reproche d'être mis devant le fait accompli, mais je pense moi qu'Electrabel a bien bossé dans ce dossier, ils ont été très stricts en matière de sécurité nucléaire, ils ont magnifiquement fait leur boulot, on ne peut rien leur reprocher".

Notre parc énergétique nucléaire est-il encore fiable, se demande beaucoup de nos concitoyens "Electrabel a bien géré son parc nucléaire, ils ont vu qu'il avait visuellement des problèmes de béton sur Doel 3 et Tihange 3. Ils ont commencé à réparer et ont découvert d'autres zones abîmées ce que l'on ne pouvait pas voir avant et cela c'était imprévisible. Ils ont changé leur méthode d'analyse des problèmes de béton et ont ensuite découvert des problèmes sur Doel 4 et Tihange 2, deux réacteurs supplémentaires et ils ont alors très bien fait leur travail en matière de sécurité nucléaire. La seule chose qu'on puisse leur reprocher c'est de bien avoir fait leur boulot et d'avoir été très sérieux en matière de sécurité nucléaire."

Surprise

"On a tous été surpris de la dégradation du béton des centrales, moi-même j'ai été surpris. J'ai la responsabilité avec un groupe de travail qui doit décider quand l'université de Liège doit acheter l’électricité, et on s'est réuni en juin, quand le prix était encore assez bas. On a décidé de ne rien acheter à ce moment-là, je pensais que les centrales allaient redémarrer et que les prix allaient diminuer. Et il y a peu, un administrateur m'a dit, qu'as-tu fait? on va perdre des millions; car on n'a pas acheté en juin. Là ou la ministre n'a pas été bonne, c'est jeudi passé quand elle a dit qu'il y avait des problèmes à Tihange 2 et Doel 4. elle aurait dû dire qu'il y aurait des problèmes d’approvisionnement. Elle ne l'a dit clairement que lundi lors d'une conférence de presse".

Pire qu'en 2014?

"C'est surtout au niveau des prix sur les marchés de gros que c'est catastrophique pour les consommateurs. Ça va exploser ! Un bourgmestre me téléphonait ce matin encore, pour me dire catastrophé, que le prix de l’électricité pour sa commune va augmenter de 30 pour cent cette année. Concernant les coupures ou le délestage, j'ai refait mes calculs, il manque 4000 mégawatts. Il va falloir importer 4000 mégawatts. J'ai regardé ce qu'Elia a fait ces dernières années, le gestionnaire du réseau de transport en charge de la sécurité d'approvisionnement. Pour moi, avec leurs investissements récents, il est possible d'aller jusuq'à 5500 mégawatts d'importation. On peut espérer que ce soit du nucléaire français et qu'il ne fasse pas trop froid. Car si on doit importer de l'électricité il faut que ce soit disponible ailleurs et la France se chauffe à l'électrique. Si on a une vague de froid en novembre, on est dedans! on devra utiliser le plan de délestage. Le nouveau plan de délestage est bien fait, il est équilibré mais on va quand même devoir délester".

Remettre en cause la sortie du nucléaire ?

"Je pense qu'il s'agit des deux dossiers complètement séparés. Les problèmes actuels concernent des parties en béton sur des dispositifs secondaires de 4 centrales nucléaires sur 7, pas sur le circuit nucléaire en tant que tel, car il n'y a pas d'éléments radioactif dangereux en cause. On parle de murs en béton pour empêcher la chute d'avion. Je rationalise, cela ne me semble pas très catastrophique, mais il y a des normes dans le domaine nucléaire et il faut les respecter. Une autre façon de voir, est celle de Jean-Marc Nollet, que je peux partager. Cela consiste à dire qu'il y a un problème de vulnérabilité et que peut-être d'autres problèmes de ce type, que l'on ne connait pas encore, peuvent exister. L'argument se tient aussi ".

ORES se rapproche de Résa

Évoquons aussi le rapprochement entre ORES et RESA, les deux gestionnaires de réseaux d'énergies en Wallonie. Un énième épisode de la saga, post-Nethys/Publifin. Quel sera l'impact sur nos factures?

"Ils ne vont pas fusionner, mais se rapprocher. Ce qu'ils doivent faire c'est mutualiser les développements informatiques. Ce sont des bons gestionnaires de réseaux, mais je les trouve très mauvais en informatique. Ils vont devoir investir et ils ont raison de mutualiser leurs efforts dans ce secteur. RESA sort à peine du groupe Nethys, c'est un divorce à l'amiable avec le reste du groupe, mais celui-ci doit rendre RESA opérationnel".

 

 

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