D'où vient la viande que nous achetons au supermarché et comment est-elle contrôlée?

D'où vient la viande que nous achetons au supermarché et comment est-elle contrôlée?
D'où vient la viande que nous achetons au supermarché et comment est-elle contrôlée? - © PORNCHAI KITTIWONGSAKUL - AFP

Le scandale de la viande Veviba continue à faire grand bruit chez nous. Tandis que les pouvoirs publics s'interrogent sur la responsabilité de chacun, les consommateurs se demandent de plus en plus quelles sont l'origine et la qualité de la viande vendue dans les grands magasins. 

Nous avons tenté d'y répondre en contactant les distributeurs les plus connus en Belgique. Vous trouverez, ci-dessous, les réponses sur les pratiques de chacun.

Rappelons d'abord que les produits rappelés la semaine dernière par l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (l'Afsca) concernaient uniquement de la viande hachée et des queues de vache. Les groupes Colruyt, Match (groupe Louis Delhaize/Cora) et Delhaize ont été concernés par ces rappels ainsi qu'une boucherie à Anderlecht et un comptoir de vente directe chez Veviba à Bastogne. Mais à ce jour, "tout ce qui se trouve actuellement dans le commerce est sûr et peut être consommé", affirme l'Afsca.  

Chez Carrefour, on achète un animal, pas de produits finis

Le groupe Carrefour a été le premier à répondre à nos sollicitations. Son porte-parole, Baptiste Van Outryve, est très fier de ne pas avoir été concerné par les rappels de l'Afsca. Cela s'explique, selon lui, par le fait que leurs pratiques "sont complètement différentes des autres""Chez Carrefour, on achète un animal, pas des produits finis".

Concrètement, le groupe collabore depuis plus de 20 ans avec quelque 800 fermes, toutes belges. C'est chez ces éleveurs que les animaux sont achetés sur base d'un cahier des charges "qui fait plus de 50 pages". L'animal, par exemple, ne peut pas être nourri avec des aliments à base d'OGM ; il doit passer un minimum de temps à l'extérieur ; ou encore, la maltraitance animale n'est pas acceptée. 

Une fois l'animal passé à l'abattoir, sa carcasse est transférée soit dans un atelier de transformation de son choix soit dans une boucherie de ses propres magasins (en Belgique, 45 hypermarchés Carrefour ont une boucherie avec ses propres bouchers). 

Des contrôles inopinés sont effectués "plusieurs fois par semaine par un organisme externe que Carrefour paie", précise Baptiste Van Outryve. Des tests sont également réalisés régulièrement sur les produits finis via des laboratoires externes. "Un audit sur l'ensemble de nos prestataires est aussi réalisé trois fois par an. L'entreprise est contrôlée de A à Z"

Autrement dit, le groupe sait dire à tout moment où l'animal est né, où il a été élevé, où il a été abattu et où la viande a été traitée et comment cela a été fait.

"Tout cela coûte de l'argent, mais l'affaire Veviba montre que ces contrôles ont tous leur importance", conclut le porte-parole de chez Carrefour. 

C'est aussi une raison pour laquelle Carrefour a décidé de suspendre la semaine dernière sa collaboration avec Adriaens, un autre abattoir du groupe Veviba. Un abattoir qui pourtant respecte toutes les règles en matière de sécurité alimentaire, comme l'a confirmé l'Afsca.

Delhaize travaille avec des éleveurs et des abattoirs

Touché de plein fouet par l'affaire Veviba, Delhaize a tout de suite décidé de mettre un terme à sa collaboration avec la société de Bastogne. Aujourd'hui, la société continue à travailler avec Hemelaere avec Opwijk et Derwa à Liège pour l'achat des carcasses. Pour l'atelier de transformation, c'est Debaenst à Mouscron qui a pris le relais après le scandale.

Le groupe se veut totalement transparent. La majorité de la viande (volaille, veau, bœuf et porc) provient de Belgique. Cela représente 90 à 95% selon son porte-parole, Roel Dekelver. Le reste, comme l'agneau ou le gibier, par exemple, provient d'Irlande. Une situation qui s'explique par le manque de volume du marché belge. 

La majorité de la viande, nous dit-on, est achetée sous forme de carcasses qui sont ensuite transformées dans les boucheries des magasins Delhaize. Mais pour ceux qui n'ont pas de boucherie, la viande est emballée dans un atelier de transformation (Debaenst qui remplace Veviba) avant d'être proposée en magasin. 

Concernant les contrôles, Delhaize dispose de ses propres contrôleurs qui effectuent des vérifications deux fois par semaine dans les abattoirs et l'atelier de transformation.

Et si ces contrôleurs remarquent quelque chose ou ont vent d'infractions, Delhaize paie pour effectuer des contrôles externes.

"Dans le cas de Veviba, le problème portait essentiellement sur la viande stockée dans leurs congélateurs. Ce qui ne nous concernait pas. Nous effectuons des contrôles uniquement sur la viande traitée pour les magasins Delhaize", précise Roel Dekelver. 

Chez Renmans, tout est transformé dans les points de vente

Chez Renmans, "on est toujours extrêmement attentif à la qualité de la viande", affirme Geoffrey Bovy du comité de direction. "Au niveau du bœuf, on travaille exclusivement avec des producteurs belges. Pour le porc, le veau et la volaille également". "Seul l'agneau provient du Royaume-Uni et parfois de Nouvelle-Zélande, tandis que le cheval vient d’Argentine". Et comme pour Delhaize, cette situation s'explique par le manque de volume et de qualité de ces produits sur le marché belge. 

Concrètement, deux acheteurs de chez Renmans passent leurs journées à parcourir la Belgique et ses abattoirs pour sélectionner les meilleures bêtes (sur base d'un cahier des charges). Cela représente environ 300 animaux par semaine. Une fois choisie, la carcasse de l'animal est cachetée et envoyée, presque directement, dans les points vente du groupe où la viande est transformée. 

Reste que depuis son existence, soit plus de 30 ans, Renmans se fournissait auprès de la société Lanciers pour le bœuf. Mais la société a été rachetée "il y a très peu de temps par la société Verbist", explique Geoffrey Bovy. "Par mesure de précaution, Renmans a suspendu sa collaboration depuis jeudi dernier", même si, comme pour l'abattoir Adriaensles règles en matière de sécurité alimentaire y sont respectées

Chez Lidl on achète les produits finis

"90% de la viande chez Lidl provient de Belgique", affirme Julien Wathieu, son porte-parole. Les 10% restants proviennent d'Irlande. Les produits achetés sont des produits finis achetés en Belgique chez le fournisseur Viangro. Ce dernier collaborait jusqu'à la semaine dernière avec Adriaens et a décidé, comme chez Carrefour, de stopper immédiatement sa collaboration, malgré le fait que cet abattoir n'a rien à se reprocher, si ce n'est le fait d'appartenir au groupe Verbist. 

"Les contrôles sont réguliers puisqu'effectués par les responsables achat en viande fraîche qui sillonnent le pays", précise-t-il. "Différents contrôles sont également réalisés inopinément chez nos fournisseurs par un bureau d'audit externe" sur base "d'un cahier des charges strict établi par notre service achat et quality".

Il ajoute que "chaque fournisseur doit absolument avoir obtenu la certification IFS avant d'avoir la possibilité de collaborer avec nous". IFS pour International Featured Standard, "est un référentiel d'audit, créé en 2003, qui certifie les fournisseurs d'aliments des marques de distributeurs". 

Des produits finis aussi chez Aldi

Comme chez Lidl, toutes les viandes vendues chez Aldi sont des produits finis, c'est à dire des viandes transformées et emballées dans des ateliers de transformation. 

"Notre poulet frais, notre porc et notre bœuf viennent principalement de Belgique", assure son porte-parole, sans préciser son pourcentage.

"Tous les maillons de la chaîne de traitement (abattoirs, ateliers de découpe et transformateurs/emballeurs) doivent être certifiés IFS Food", ajoute-t-il tout en précisant que les fournisseurs doivent répondre à "un certain nombre d'exigences" comme le bien-être animal, la sécurité alimentaire et la traçabilité.

Et de conclure que leur service de qualité "travaille en collaboration avec des laboratoires accrédités pour soumettre régulièrement nos produits à des analyses microbiologiques".

Précisons que nous n'avons pas réussi à obtenir d'informations de la part de Colruyt et du groupe Louis-Delhaize (Match, Cora), malgré nos demandes répétées. 

Les Clés de l'Info : Veviba en chiffres au JT du 13/03

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