Cyberviolences: des femmes politiques témoignent

Photo prise à Los Angeles en Californie.
Photo prise à Los Angeles en Californie. - © MARIO TAMA - AFP

Zakia Khattabi, la co-présidente d’Ecolo, a annoncé jeudi qu’elle arrêtait de communiquer avec les internautes sur Facebook. Elle dit ne pas avoir "vocation à servir de défouloir et de paillasson à tous les frustrés, fachos, trolls anonymes en tout genre qui sévissent sur les réseaux sociaux."

Plusieurs femmes ont tenu à lui apporter leur soutien. La journaliste Florence Hainaut a notamment réagi sur le caractère systématique des insultes et des menaces qui pèsent sur les femmes qui prennent part au débat public : "Quand on aura enfin compris à quel point ce harcèlement est systémique et n’a d’autre but que de faire taire et invisibiliser les femmes, il sera trop tard", dénonce-t-elle.

Opaline Meunier : "Il faut se lever chaque matin avec ça"

D'autres femmes politiques se joignent à ces constats. C'est notamment le cas d'Opaline Meunier, candidate de la liste Mons en mieux aux dernières élections communales à Mons: "Je le vis aussi. C'est comme si les gens considéraient que parce qu'on s'exprime publiquement, on mérite d'en prendre dans la g*****. Ces gens nous utilisent comme punching-ball."

La conseillère communale insiste sur la dimension sexiste des cyberviolences dont elle est victime : "Dans les messages, on sent clairement la haine et le relent de sexisme. On attend des femmes qu'elles soient gentilles et douces, pas qu'elles frappent du poing sur la table. Ce que ces gens essaient de faire, c'est de nous renvoyer à l'ombre."   

Ces comportements ont des conséquences : "Psychologiquement, il faut se lever chaque matin avec ça. À une période, j'ai eu l'expérience avec des comptes qui m'envoyait plusieurs messages, par jour, d'injures pendant des semaines. C'est comme une lapidation virtuelle. On n'accepterait pas ça dans la réalité ou s'il s'agissait d'autres personnes que des politiques." 

Jacqueline Galant: "Les gens peuvent être d'une violence extrême"

Ex-ministre de la mobilité et bourgmestre de Jurbise, Jacqueline Galant (MR) ne relève pas un sexisme particulier dans les commentaires qui lui sont adressés. Par contre, elle se dit victime d'injures "en permanence" : "Les gens sont d'une violence extrême, Facebook est devenu un déversoir de haine et d'insultes. On reste des humains, on a des familles pour qui ce n'est pas facile et qui en paie le prix."

L'impunité favorisée par l'anonymat

"Il y a un côté défouloir favorisé par l'anonymat" ajoutait Opaline Meunier qui appelle à une réflexion sur le sujet : "Quel équipement pour la police ? Quel cadre légal ?"

En avril dernier, pour la première fois, un tribunal belge a condamné un utilisateur anonyme de Twitter qui harcelait une femme sur le réseau social. Une condamnation qui n'aurait peut-être pas été possible il y a quelques années encore, comme en témoignait en juillet dernier la journaliste Myriam Leroy qui dénonçait une remarque courante entendue aussi en cas de viol : "Ne l'avait-elle pas un peu cherché ?"

La condamnation du tribunal d'Anvers est "un message important dans la lutte contre le cyberharcèlement", selon Patrick Charlier d'Unia, le directeur du centre interfédéral de lutte contre la discrimination : "Harceler et menacer une personne anonymement ne vous protège plus contre des poursuites judiciaires."

En France, en juillet dernier, la journaliste Nadia Daam, victime de cyber-harcèlement, avait obtenu gain de cause et deux de ses agresseurs avaient été jugés pour des menaces de mort et de viol sur internet. Ils ont été condamnés à six mois de prison avec sursis.  

Des campagnes pour prévenir dès l'adolescence

L'Insitut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes a récemment souligné l’absence actuelle de recherches et de données à l’échelle européenne : "Il est impossible de déterminer de manière adéquate la prévalence ou l’impact de la cyberviolence à l’encontre des
femmes et des filles dans l’UE. Toutefois, des données de plus en plus abondantes révèlent l’accroissement d’un phénomène affectant de manière disproportionnée les femmes et les filles."

Un phénomène qui entraîne de graves répercussions sur la vie des victimes "dans le monde réel", dit aussi l'institut. 

Une campagne de la Wallonie et de la Région bruxelloise dénonce actuellement le cyberharcèlement dont les adolescents et les jeunes adultes sont victimes.

Cette campagne s'intitule #ARRETE. La ministre des Droits des femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis(PS) expliquait ceci à son sujet la semaine dernière : "Selon les résultats préliminaires d'une étude qui sera finalisée en avril 2019, il apparaît déjà que 17% des jeunes déclarent être ou avoir été victimes de cyberviolence sexuelle ". Une prévention nécessaire dès le plus jeune âge, donc.

Archives : Journal télévisé 07/02/2018

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