Comment réagir au cyber-harcèlement: du rôle des parents à celui des écoles

Les cas de cyber-harcèlement sont de plus en plus fréquents en Europe, avec le développement des réseaux sociaux
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Les cas de cyber-harcèlement sont de plus en plus fréquents en Europe, avec le développement des réseaux sociaux - © OLIVIER MORIN

De plus en plus, on entend parler de harcèlement sur internet. Avec les réseaux sociaux, les victimes se retrouvent isolées et humiliées devant des spectateurs parfois très nombreux, et le sentiment de désespoir et de solitude qui en découle a déjà poussé certains adolescents au suicide. Comment gérer le cyber-harcèlement? Comment réaliser en quoi consiste l'activité de son enfant sur internet? Ce jeudi matin, le débat de Connexions se penchait sur la question du rôle éducatif des parents et des écoles pour prévenir ces situations.

En février dernier, une jeune Française de 13 ans décidait de mettre fin à ses jours. Elle était victime de harcèlement à l'école et sur Facebook. Ses parents ont décidé de porter plainte contre l'école et les élèves, jugés "responsables" du suicide de leur fille.

Dans l'angoisse provoquée par des attaques répétées sur leur gsm, sur internet ou à l'école, le sentiment de désespoir peut être tel chez les victimes de harcèlement que le suicide devient à leurs yeux le seul échappatoire possible.

L'essentiel est d'en parler

Astrid Pouppez, formatrice chez Child Focus et spécialiste de la protection des enfants face aux risques présentés par internet, explique que "l'essentiel pour un jeune victime de harcèlement, c'est qu'il puisse en parler". A qui ? "A un adulte de confiance", comme un parent, un professeur, ou encore au centre PMS de l'école.

Elle rappelle aussi que d'autres solutions rapides se présentent, comme le blocage du harceleur sur les réseaux sociaux, où l'on peut d'ailleurs aussi s'exprimer ou encore retirer certains contenus.

C'était mieux avant... Faut-il diaboliser internet?

Selon une auditrice de La Première, qui intervenait dans l'émission Connexions ce jeudi, la dépendance aux jeux vidéos ou l'hyperactivité des jeunes sur internet font, pour beaucoup de parents, l'objet de vives préoccupations mais sans provoquer de réaction. "Ils laissent couler, dit-elle, croyant que cela fait partie intégrante d'une génération dont tout leur échappe".

"Même mon fils de 24 ans est choqué par le comportement de son frère de 13 ans et de ses copains", dit-elle, avant d'ajouter que "les parents démissionnent parce qu'ils sont peu confiants de l'évolution d'internet", un outil qu'elle qualifie de "dangereux".

Risques d'addiction pour les uns, manque de réels échanges humains, influence des jeux vidéos violents... Si les craintes des parents sont nombreuses, Astrid Pouppez veut d'abord voir le positif, en distinguant les risques d'internet de leurs concrétisations dans les faits. "Quand on dit que les jeunes ne communiquent plus, c'est faux. Ils communiquent simplement différemment", dit-elle.

Quant aux jeux vidéos, c'est à chaque parent de "cadrer l'utilisation" de leur enfant, "de la limiter dans le temps", dit-elle à titre d'exemple. "Beaucoup de jeux ont une limite d'âge, c'est aux parents de donner ou non l'autorisation à leur enfant".

Difficile de suivre en tant que parent

La spécialiste Child Focus rappelle aussi que Facebook est officiellement interdit aux moins de treize ans. "Et au-delà, dit-elle, les parents doivent surtout dialoguer". Mais attention: il ne faut pas devenir intrusif, en devenant forcément 'ami' avec son enfant sur Facebook pour observer son activité, mais "communiquer par rapport à ses activités en ligne est essentiel", selon elle.

Les parents doivent ainsi "discuter avec lui de ses 'amis', de ce qu'il publie de lui (photos, etc.), pour qu'il réalise bien ce qu'il fait".

Un rôle bien souvent perçu comme difficile par des parents qui n'ont pas toujours le contact facile avec leur enfant, et qui se sentent parfois dépassés par les innovations sur la toile... Pour Astrid Pouppez, "c'est difficile, mais essentiel en tant que parent et éducateur". "On demande chaque jour à son enfant s'il a bien fait ses devoirs", dit-elle. "Il faut aussi lui demander s'il s'est bien amusé sur internet! Ce qu'il a fait, les jeux auxquels il joue ou encore de quoi il a discuté..."

Les 10 étapes à suivre en une vidéo

Une campagne de sensibilisation contre le cyber-harcèlement, financée par la Commission européenne, a été lancée à l'occasion de la Journée internationale des droits de l'enfant. Elle vise, en une vidéo, à expliquer comment gérer ces situations en dix étapes, avec un message d'espoir en toile de fond : "Il y a moyen de s'en sortir".

Parmi ces étapes, il est avant tout conseillé d'en parler, de ne pas répondre à la provocation, de sauvegarder toute preuve du harcèlement (copies d'écran, etc.), et de dire "STOP" au harceleur.

La directrice de la Confédération des Organisations Familiales de l'Union européenne (la COFACE, à l'origine de la vidéo), Agnes Uhereczky, rappelle qu'outre les parents, les enseignants ont aussi pour rôle d'en parler avec les élèves, en réalisant par exemple une charte qui encourage les comportements de respect sur la toile.

La COFACE est à l'origine d'une demande d'instauration d'une Journée mondiale contre le cyber-harcèlement. "Les parents peuvent trouver beaucoup d'informations contradictoires", dit-elle. Cette journée permettrait donc de leur adresser un message et des conseils clairs.

Le harcèlement a toujours existé, mais les réseaux sociaux amplifient le phénomène

Bruno Humbeeck, socio-pédagogue, rappelle que le harcèlement consiste, outre la présence d'un harceleur et d'un harcelé, en la présence de spectateurs. "On les démultiplie sur Facebook, or l'effet de groupe est important, puisqu'il renforce la position de désespoir du dominé dans cette mise en scène d'un dominant qui exerce sur lui toute sa puissance sous les yeux d'un public important".

Vient alors le sentiment d'impuissance du jeune qui culpabilise, et quand le monde adulte prétend ne rien pouvoir faire (parents démunis, école qui dit n'être pour rien à l'activité du jeune sur le web), ce sentiment est renforcé et devient désespoir", continue le socio-pédagogue.

Et quand, pour beaucoup de parents, les écoles tendent à occulter ce type de problème en affirmant ne pas avoir accès à l'activité du jeune sur internet, Bruno Humbeeck répond que l'école à "un rôle de médiation". "L'important, conclut-il, est que les enseignants puissent en discuter, et ils doivent être attentifs à ce qui se dit". "Pas besoin de connexion internet pour ça".

G.R. avec Robin Cornet

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