Cryptomonnaies : leur popularité attire de plus en plus les fraudeurs

Cette semaine une vaste opération de police a visé "Vitae" Vitae.co et Vitaetoken.io. Le réseau social et le site web derrière la cryptomonnaie. Ces derniers ont été mis hors ligne sur ordre d’un juge d’instruction, a informé le parquet fédéral. En cause, une fraude aux cryptomonnaies. Un phénomène qui semble emplir de plus en plus les bureaux des juges. Mais de quoi parle-t-on ?

L’enquête

Des perquisitions ont été menées ce mardi 22 juin par la police judiciaire fédérale de Flandre orientale à 17 adresses, principalement à Anvers, en Flandre orientale et occidentale et dans le Limbourg, a indiqué ce jeudi le parquet fédéral. Cinq personnes ont été déférées devant la juge d’instruction et placées sous mandat d’arrêt, dont une sous surveillance électronique. Elles ont été inculpées de participation à une organisation criminelle, d’escroquerie et de blanchiment d’argent.

"Cette enquête vise plus particulièrement la plateforme de médias sociaux liée à vitae.co et le site web vitaetoken.io, qui ont été utilisés par plus de 223.000 personnes dans le monde", a expliqué le parquet fédéral. "La plateforme de médias sociaux a été mise hors ligne et 37% de la monnaie virtuelle "Vitae" en circulation a été saisie", a encore indiqué le parquet fédéral. "Plus de 1,1 million d’euros en monnaie fiduciaire, près de 1,5 million d’euros en monnaie virtuelle, 17 véhicules de luxe, plusieurs montres de luxe et de l’or ont également été saisis".

Fraude à la Ponzi et fraude pyramidale

Le parquet fédéral indique qu’il s’agit d’un dossier de type "fraude à la Ponzi et fraude pyramidale". Autrement dit, un montage financier où les derniers arrivés payent les intérêts des premiers clients et ainsi de suite.

Vitae se présente comme un nouveau réseau social basé sur la technologie blockchain "défendant "l’intégrité et la confidentialité" de ses utilisateurs. "Vitae est un réseau social pour les personnes qui veulent la liberté d’expression, qui accordent de l’importance à la vie privée et qui veulent être des clients plutôt que des produits vendus aux annonceurs", peut-on lire dans un dépliant promotionnel.

"Un réseau social où les gens peuvent gagner de l’argent grâce à leurs messages de valeur et être récompensés pour leurs activités."

La popularité des cryptomonnaies n’a pas échappé aux personnes mal intentionnées

Cette enquête semble illustrer l’une des craintes que l’on peut retrouver dans le dernier rapport d’Europol sur la grande criminalité organisée. On peut y lire, par exemple, "L’utilisation de cryptomonnaies est un domaine de préoccupation croissante, en raison de l’absence d’un régime réglementaire commun et du niveau d’anonymat que ces produits offrent".

Or, les cryptomonnaies attirent aussi de plus en plus de quidams souhaitant investir leur argent. Il est vrai que le cours du bitcoin, par exemple, a énormément fait parler de lui ces derniers mois.

Le quotidien l’Echo notait dans son édition de ce vendredi qu'"en Belgique, le nombre de dossiers judiciaires liés à l’exploitation des cryptomonnaies est en progression, de l’aveu de nombreux magistrats spécialisés".


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Les signalements

L’Autorité des services et marchés financiers (FSMA) a compilé les chiffres en lien avec les signalements relatifs aux cryptomonnaies. Elle nous explique que "les fraudes spécifiquement liées aux cryptomonnaies visent à faire investir les consommateurs dans de prétendues cryptomonnaies en leur promettant des gains très importants". Le phénomène a évolué depuis 2019 pour se tourner le plus souvent vers "des plateformes frauduleuses de trading en ligne".

Si en 2020, près de 120 personnes ont contacté la FSMA au sujet d’offres liées aux cryptomonnaies, sachant qu’il ne s’agit pas toujours de plaintes, il y a aussi des demandes d’informations. La même année, près de 470 notifications concernaient les plateformes frauduleuses de trading en ligne.

Et cette tendance se poursuit en 2021. Entre janvier et mars près de 79 personnes ont déjà contacté la FSMA au sujet d’offres spécifiquement liées aux cryptomonnaies et 351 l’ont fait à propos des plateformes frauduleuses de trading en ligne.

La Computer Emergency Response Team fédérale (CERT. be) a reçu, depuis le début de l’année, plus de 2.150.000 de faux messages. De ces courriels, 36% concernent des sites internet liés à des fraudes à l’investissement et la plupart pour des cryptomonnaies.

Le CERT rappelle sur sa page que "la popularité des cryptomonnaies n’a pas échappé aux personnes mal intentionnées, et beaucoup se sont déjà fait arnaquer" et de rappeler d’être prudent si vous souhaitez investir dans les cryptomonnaies.

Enfin, le SPF économie a lui reçu des signalements concernant des cryptomonnaies. En 2020, il y en a eu plus 1900, dont 339 ont déclaré un préjudice financier qui au total dépasse les 20 millions d’euros. Notez qu’un point de contact est aussi disponible pour les signalements au SPF économie.


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Des cryptomonnaies utilisées comme prétexte ?

Pour Mathieu Jamar est spécialiste des cryptomonnaies et fondateur de la société DCY, un fonds d’investissement spécialisé en cryptomonnaies, les arnaques dans le milieu des cryptomonnaies sont un épiphénomène.

Les cryptomonnaies n’inventent rien à ce niveau-là

Pour revenir aux arnaques autour des systèmes de Ponzi, l’idée est de promettre un rendement important et garanti. Voyant que cela fonctionne au début, la tendance est de mettre à chaque fois un montant plus important, mais à un moment l’arnaque s’arrête et prend tous les fonds. Ce fonctionnement : "n’a rien à voir avec les cryptomonnaies […] les cryptomonnaies n’inventent rien à ce niveau-là". Pour Mathieu Jamar, les cryptomonnaies sont utilisées comme un prétexte pour "appâter le chaland" qui en entend parler tous les jours. "Mais cela ne change pas grand-chose dans ce qui est vraiment les cryptomonnaies".

Le spécialiste des cryptomonnaies donne un exemple, celui du commerce des devises (Foreign exhange en anglais (FOREX, ndlr). "Cela fait des années qu’il y a des arnaques Forex" avec des promesses de rendement important. "Est-ce que pour autant, ça change quoi que ce soit sur le marché Forex ? Est-ce que pour autant on va décrédibiliser le marché Forex ?". Pour le fondateur de la société DCY, ce genre d’arnaque est quelque chose de périphérique.


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Si c’est trop beau pour être vrai, c’est qu’il y a un problème

Pour les personnes qui souhaitent investir dans les cryptomonnaies, Mathieu Jamar rappelle qu’il ne faut pas céder à l’appât du gain, à l’argent facile "si c’est trop beau pour être vrai, c’est qu’il y a un problème". Les récentes arnaques se fondent sur des rendements garantis et font que les personnes succombent à ce type d’investissements. Or, un investissement est toujours risqué "il y a toujours des pertes possibles et c’est le gage de bonne santé de l’investissement". Et de préciser que la plupart des arnaques ne vous font jamais perdre de l’argent.

Autre conseil, se renseigner. Comment fonctionne le projet. Qu’est-ce qui crée la valeur ?

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