Crise sociale et financière : la perspective d'une augmentation drastique du nombre de demandeurs sociaux dans les CPAS

Vincent, Amanda et Fabrice ont tous les trois demander de l'aide au CPAS pour la première fois de leur vie
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Vincent, Amanda et Fabrice ont tous les trois demander de l'aide au CPAS pour la première fois de leur vie - © Tous droits réservés

Depuis 2 mois, de nombreux travailleurs de l’Horeca sont orphelins de leurs hôtels, restaurants ou cafés. C’est le cas de Vincent, un barman de 40 ans. Habitué à servir de nombreux cocktails, il est devenu son seul client. Il dépense pour vivre, mais il ne gagne plus rien. Les semaines passent, la solitude s’installe et les perspectives financières sont très floues…"Depuis le 13 mars, je n’ai plus de travail. Je passe beaucoup de temps au téléphone, je me renseigne auprès des syndicats pour une aide au chômage", explique-t-il.

"Je ne gagne plus rien depuis deux mois. Tous les soirs, c’est la soupe populaire. Je vais chercher un colis alimentaire dans une association. Je commence vraiment à compter ce qu’il me reste et surtout, j’emprunte à droite et à gauche…". Désormais pour affronter cette crise, Vincent n’a pas d’autres choix que de se tourner vers le CPAS.

De nombreux travailleurs plongent dans une crise financière

La fermeture des établissements Horeca plonge également les étudiants dans une crise financière. "Du jour au lendemain, tu as zéro euro sur ton compte en banque !", s’exclame Amanda, 24 ans, une étudiante mexicaine qui vit en Belgique depuis 7 ans.


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En dernière année de bachelier à l’ULB (Université Libre de Bruxelles), elle travaillait à mi-temps dans un restaurant pour payer ses études et subvenir à ses besoins. "Je travaillais 25 heures par semaine dans un restaurant, mais il ne peut plus m’employer à ce rythme-là. Malheureusement, je ne reçois pas d’aide de ma famille et en tant qu’étrangère, je n’ai pas droit à une bourse et normalement, je n’ai pas droit à l’aide du CPAS non plus. Je ne savais plus quoi faire", ajoute-t-elle.

Souvent, à côté des lieux de restaurations dans les centres-villes, on retrouve des artistes ambulants. "Les clowns, les magiciens, les danseurs, les DJ’s, tout le petit monde du spectacle de rue est à l’arrêt". À 57 ans, Fabrice regroupe toutes ces casquettes artistiques comme indépendant. En ce moment, les spectacles qu’il donne devant sa caméra lorsqu’il anime un live Facebook sont gratuits. "Du jour au lendemain, tous mes évènements du mois de mars, avril, mai et presque tous ceux de juin ont été annulés. Les mariages que j’anime en septembre, les fêtes d’Haloween en octobre et certains villages de noël ont décommandé également. Pour l’instant, je n’ai plus de travail jusqu’en décembre prochain. Du coup je patiente et je continue à m’exercer. J’attends une réponse, mais je ne suis pas sûr de pouvoir bénéficier du droit passerelle, donc le CPAS devrait bien m’aider en ce moment", commente-t-il.

Un pas très difficile à franchir

"Les CPAS ont leurs publics, je ne pensais pas en faire partie". Vincent le barman vit très difficilement sa situation. Son moral est en berne, il a demandé un soutien psychologique à une maison médicale pour l’aider à affronter cette épreuve. "Parfois, j’ai des idées noires, car je ne suis pas optimiste. Avec les mesures de déconfinement, je me vois mal recommencer à servir dans un climat anxiogène où la présence du virus est permanente dans les discussions et dans les comportements des gens".

Selon Amanda, "il y a une tendance à la pauvrophobie (NDLR, la peur des pauvres) dans notre société. C’est vrai que demander l’aide du CPAS, c’est dur, mais heureusement qu’elle existe cette aide. J’étais très angoissée quand j’ai perdu mon boulot, le CPAS va me permettre de survivre en attendant des jours meilleurs. C’est mieux que rien", confie l’étudiante.

Fabrice, lui, espère que cela ne durera pas. "Honnêtement, dès que je peux arrêter le CPAS, je le fais. J’espère décrocher un ou deux contrats dans les mois à venir. La démarche d’aller demander une allocation sociale, c’est compliqué au début, on a peur d’être mal vu, mais après on se dit qu’on est sûrement des milliers à vivre cette situation", conclu l’artiste.

Un vent de crise sociale souffle sur les CPAS

Dans les CPAS, les travailleurs sociaux traitent les dossiers de ces nouveaux demandeurs d’aide. Pour l’instant, beaucoup attendent une indemnité de chômage partielle. "D’un côté, on a des personnes qui travaillaient à temps partiel et qui sollicitent un complément de revenu déjà existant et qui n’a pas changé malgré la pandémie. D’un autre côté, il y a des personnes qui ont dû arrêter leurs activités du jour au lendemain et qui ont dû faire appel à nous en attendant que d’autres solutions arrivent", analyse Marjerie De Coster, Manager social à l’antenne sociale de Monceau-Sur-Sambre du CPAS de Charleroi.

Les dossiers de ces nouveaux demandeurs d’aide sont nombreux, mais les CPAS gèrent la situation pour l’instant. "Je pense vraiment qu’un public précaire va arriver chez nous. Quand ce public aura épuisé toutes les ressources matérielles et familiales dont il dispose, quand la solidarité ne suffira plus, on risque de subir la crise avec un effet retard (sic)", opine la travailleuse sociale.

Si les activités de certains secteurs ne reprennent pas et qu’aucune solution n’est proposée, les CPAS craignent une crise sociale et financière plus violente qu’en 2008. À terme, le risque est donc de voir le nombre de ces nouveaux demandeurs d’aide exploser.

Archives : l’invité de la matinale – Christine Mahy le 08/05/2020

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