Crash A320: un état dépressif "n'est pas décelable", Lufthansa se justifie

Le PDG de Lufthansa, Carsten Spohr lors de sa conférence de presse
Le PDG de Lufthansa, Carsten Spohr lors de sa conférence de presse - © ROBERTO PFEIL - BELGAIMAGE

Le scénario du crash de l’A320 de Germanwings est désormais connu. Mais qu’en est-il du mobile ? Pourquoi ce jeune pilote passionné aurait-il délibérément précipité l'Airbus sur la montagne ? Pourquoi aurait-il empêché le commandant de bord de revenir dans le cockpit, et actionné intentionnellement le bouton de descente de l'avion ? Un état dépressif expliquerait beaucoup de choses, mais pour Lufthansa, ce n'est pas décelable.

Les enquêteurs s'interrogent sur les antécédents psychiatriques du copilote de Germanwings, qui aurait volontairement provoqué la chute de l'Airbus A320, avec 149 personnes à bord. De nouveaux éléments mettent en lumière une grave dépression et des crises d'angoisse dont souffrait Andréas Lubitz il y a six ans, alors qu'il effectuait sa formation de pilote. 

Le Parquet de Düsseldorf a par ailleurs annoncé que des attestations d'arrêt maladie avaient été retrouvés déchirées chez Andreas Lubitz, mais pour l'heure, aucune lettre d'adieux annonçant un acte prémédité à l'origine de la catastrophe qui a fait 150 morts.

Ces documents saisis viennent "appuyer la thèse" selon laquelle le jeune homme "a caché sa maladie à son employeur (la compagnie aérienne Germanwings) et à son environnement professionnel", selon le Parquet. Le procureur précise aussi que les documents retrouvés confirment une "maladie existante et des traitements médicaux correspondants", sans toutefois révéler la nature de la maladie. 

Une dépression "cela peut se cacher"

Andréas Lubitz, avait interrompu pendant quelques mois il y a six ans sa formation de pilote, à cause d'une sévère dépression, rapporte le tabloïd allemand Blid. Mais il a ensuite repassé avec succès tous les tests pour pouvoir reprendre sa formation et la mener à bien, a souligné dès jeudi le patron de Lufthansa, Carsten Spohr.

Les gens souffrant de dépression "savent bien qu'(avouer) une dépression hypothèque leur aptitude" à voler, relevait vendredi sur les ondes de la radio Deutschlandfunk Reiner Kemmler, psychologue spécialisé dans le suivi des pilotes, "mais cela peut se cacher". "Si quelqu'un simule, ne veut pas que les autres le remarquent, c'est très, très dur" de repérer un tel cas, selon lui.

Des pilotes triés sur le volet

Carsten Spohr a évoqué jeudi une sélection de ses pilotes "qui laisse beaucoup de place à l'évaluation psychologique des candidats", et des tests "mondialement reconnus".

Lufthansa et ses filiales, tout comme l'Armée de l'air suisse, Turkish Airlines ou encore Luxair, sous-traitent à un institut spécialisé au sein du DLR, Centre allemand aérospatial basé à Cologne (ouest), la première évaluation des candidats à la carrière de pilote, préalable au début de la formation.

L'examen du DLR, qui teste entre autres des caractéristiques de personnalité comme la résistance au stress, "répond aux standards scientifiques et aux obligations légales", a expliqué sur un post de blog le président de l'organisme, Jan Wörner.

Les règles européennes sur la délivrance des certificats de pilotes et leur renouvellement comportent des dispositions précises sur les troubles psychiatriques et psychologiques, mais précisent aussi que le candidat doit fournir "son histoire médicale complète", ce qu'Andréas Lubitz n'a manifestement pas fait.

Une fois en poste, les pilotes sont soumis à un check-up médical régulier, mais plus à des tests psychologiques systématiques, avait indiqué Carsten Spohr.

Cependant, "il ne faut pas sous-estimer à quel point ils sont accompagnés" dans l'exercice de leur profession, s'est-il défendu jeudi soir à la télévision allemande. "Un filet très étroit" est tissé autour d'eux, a-t-il déclaré, citant notamment l'obligation pour les salariés de faire remonter toute "anomalie" qu'ils constatent chez leurs collègues.

'Pas décelable'

Quelqu'un qui est dépressif depuis longtemps, "apprend à gérer ses sentiments négatifs et à les dissimuler à son environnement", a expliqué à l'AFP Cindy Amon Amonsen, psychothérapeute à Berlin. Si le suicide "lui offre une solution pour mettre fin à son état, il peut même donner une image de calme et de contentement, qui n'est pas décelable dans des tests psychologiques", souligne-t-elle.

Le patron de Lufthansa a insisté dans plusieurs médias sur "le cas particulier" que constitue l'événement, et a redit sa confiance dans les procédures de recrutement en vigueur et envers les pilotes du groupe, "les meilleurs du monde" selon lui.

Cela n'empêche pas la compagnie d'assumer sa responsabilité: elle a pris en charge les familles des victimes, avec dans certains cas d'ores et déjà une aide financière.

Comme les autres compagnies allemandes, Lufthansa va aussi à partir de maintenant imposer la présence en permanence de deux personnes dans le cockpit.

Avec agences

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK