CQFD : Vieillir est-il devenu un luxe ?

Le prix des maisons de retraite a particulièrement augmenté ces cinq dernières années. Un résidant paye 49€ par jour en moyenne en Wallonie auxquels il faut ajouter les suppléments, c’était encore 38€ il y a 5 ans. Le prix des maisons de retraite augmente donc bien plus vite que le coût de la vie. Est-ce encore payable pour les pensionnés ? Vieillir est-il devenu un luxe ? Jean-Marc Rombeaux, économiste à la Fédération Walonne des CPAS et Vincent Fredericq, secrétaire général de la Fédération des Maisons de repos étaient autour de la table de CQFD pour répondre à ces questions.

Pour Jean-Marc Rombeaux, une première explication à cette augmentation des tarifs c’est l’augmentation des prix de l’immobilier. Il pointe ensuite le durcissement des normes : Les chambres doivent être plus spacieuses qu’auparavant, les sanitaires sont mieux équipés dans les chambres, la sécurité et la prévention contre les incendies ont aussi été renforcées : "Tout cela est évidemment justifié, c’est très bien pour les résidents, mais ces exigences supplémentaires ont évidemment un coût qui est supporté en partie par la personne âgée". Et puis, l’économiste de la Fédération des CPAS épingle aussi la montée en puissance de grands groupes dans le secteur : "Ces groupes ont évidemment des attentes en termes de rentabilité, ça pèse sur le prix final. Et puis, les rendements financiers pour le moment sont bas, dans ce contexte la maison de repos est un placement très intéressant".

Le durcissement des normes, c’est très bien mais ça a un coût pour les personnes âgées.

Vincent Fredericq se défend de vouloir chercher de la rentabilité à tout prix : "Les grands groupes sont souvent les boucs émissaires mais les marges ne sont pas énormes. On a un effet retour qui se trouve en dessous du pourcent. Les groupes ne s’y retrouvent que par le fait qu’ils représentent une masse importante. C’est le volume qui permet une juste compensation du risque pris par les investisseurs".

Par ailleurs, pour le responsable de la Fédération de Maisons de repos, le secteur privé a beaucoup plus construit et rénové ses bâtiments ces dernières années. "Il est tout à fait souhaitable qu’on exige de construire aujourd’hui de manière durable mais cela à un coût et il se fait surtout ressentir au niveau de ceux qui investissent".

Un impact pour les finances publiques aussi

La pension moyenne pour un indépendant en Belgique est 751€ par mois pour un indépendant et 1281€ pour un salarié (1er pilier uniquement). Par ailleurs la Garantie de revenus pour les personnes âgées (GRAPA) garantit un revenu minimum de 1121€ à ceux qui touchent moins. Certains ont des revenus complémentaires (revenus immobiliers, épargne pension, 2e pilier,…) mais pour ceux qui doivent se contenter de leur pension légale, on est loin des 1500€ moyens d’un loyer en maison de retraite.

Souvent ce sont les enfants qui payent la différence. S’ils ne le peuvent, les CPAS interviennent. Si les pris des maisons de repos augmentent ils est probable que les CPAS soient plus sollicités. L’enjeu n’est donc pas uniquement de préserver l’accès aux maisons de repos pour les personnes âgées mais aussi que ces dépenses restent soutenables pour la collectivité.

Des pistes de solutions

Pour Jean-Marc Rombeaux, une partie de la solution serait de rester plus tard à la maison avec des soins à domicile. Même si dans certains cas, pour les personnes fort dépendantes, ces soins peuvent coûter aussi cher voire plus cher qu’une maison de repos. Il faudrait aussi, selon lui, proposer plus d’alternatives à la maison de repos (résidences service, centres de soin de jour,…). Il faudrait aussi soutenir davantage les maisons de repos publiques puisqu’elles coûtent moins cher. "Au-delà de ça, il faut aussi intervenir sur les revenus insiste Jean-Marc Rombeaux. Il faut revaloriser les pensions même si ce ne sera pas aisé. Il faut aussi développer davantage l’Allocation aux personnes âgées (APA). Il y a une 3e piste dans le cadre de l’Assurance-autonomie : Augmenter la ristourne nette qu’elle permet sur la facture des résidents en maison de repos".

Les maisons de repos ne sont pas qu’une source de coûts, elles sont aussi source d’emplois

Vincent Fredericq est sur la même longueur d’onde : il faut revaloriser les revenus des personnes âgées parce que pour lui, le secteur privé peut difficilement baisser ses prix. Mais pour le secrétaire général de la Fédération des Maisons de repos il faut une approche globale sans mettre en concurrence les maisons de repos, les centres de soins, les soins à domicile,… Et il rappelle que le secteur est un gros pourvoyeur d’emploi non délocalisable. Avis partagé par Jean-Marc Rombeaux : "Il ne faut pas voir les maisons de repos uniquement comme une source de coûts mais aussi de création d’emploi et pour des personnes de qualification très variable".

 

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