CQFD : NewB, un investissement à risque ?

La coopérative NewB cherche encore 20 millions d’euros pour lancer une nouvelle banque en Belgique. Elle se propose d’être une banque coopérative, dans laquelle les clients sont les patrons et décident où est investi leur argent, socialement et écologiquement responsable, une alternative aux banques traditionnelles. Une campagne de levée de capital a commencé le fin octobre et se termine le 27 novembre. La communication, la publicité qui l’entoure sur les réseaux sociaux, à la radio, à la télé sont systématiquement accompagnées d’un avis de la FSMA, l’Autorité de régulation des finances en Belgique. On peut notamment y apprendre qu'"investir dans NewB comportent des risques élevés". Alors, risqué ou pas d’investir dans cette nouvelle banque ? Bernard Bayot, le président de NewB et Roland Gillet, professeur de finances à la Sorbonne et à l’ULB en débattent dans CQFD.

Investir est, par essence, risqué

Bernard Bayot reconnaît qu’il existe, comme dans n’importe investissement, un risque mais insiste : "Nous assortissons cette levée de capital de deux garanties. Si nous n’arrivons pas à 30 millions, tout le monde est remboursé intégralement dans les 3 jours. Si nous avons les 30 millions mais que nous n’avons pas l’autorisation de la Banque Centrale européenne, même chose tout le monde est remboursé. Ce n’est que si la banque voit effectivement le jour que le risque pour l’investisseur commence à courir, comme pour n’importe quelle entreprise".

 

Pour Roland Gilet, il est normal que l’Autorité des marchés soit prudente vu le contexte du secteur bancaire en Belgique et en Europe : "Il y a déjà beaucoup de banques chez nous. En plus il y a de nouveaux acteurs mondiaux qui arrivent comme Google. Il y a déjà beaucoup de monde sur le marché. Donc créer une nouvelle banque, il n’y a évidemment aucune raison de l’interdire, mais que la FSMA joue son rôle de réserve en soulignant le risque comme dans n’importe quel projet, d’autant qu’ici on part de rien et que les fonds propres ne sont peut-être pas suffisants, c’est normal. Mais il faut bien comprendre, c’est un avertissement, la FSMA ne dit pas de ne pas investir".

C’est un avertissement mais la FSMA ne dit pas de ne pas investir

Roland Gilet salue donc l’audace de NewB de se lancer dans un marché bancaire tendu pour l’instant. Avec les faibles taux d’intérêt actuels les marges sur les dépôts sont plus maigres qu’avant pour les banques, la rentabilité générale du secteur est donc affectée. "Je ne voudrais pas tuer ce genre d’initiative, je dis simplement que dans ce contexte il faudra être très bon, pour la petite banque qui naît ici comme pour les autres pour être profitable. C’est louable ces initiatives, il ne faut pas les freiner, mais il faut en connaître les risques". D’autant que les banques traditionnelles sentent aussi cette préoccupation des clients pour les investissements éthiques, durables, verts et en proposent de plus en plus.

"C’est courageux mais téméraire…"

Du côté des grandes banques, on voit l’arrivée potentielle de NewB avec scepticisme : "C’est très sympathique mais c’est un mauvais timing pour lancer une banque. Je trouve ça courageux de le faire mais téméraire", " Quelle bonne idée mais pas dénuée de risque…", "Sympa mais idéaliste quand on est un Petit Poucet qui démarre de zéro" nous ont confié de hauts responsables de banques belges. Bernard Bayot sourit en entendant cette perplexité : "J’ai beaucoup plus de craintes pour les banques actuelles que pour le Petit Poucet. Nous n’avons pas tout l’historique négatif des banques, notamment toutes les agences extrêmement coûteuses, l’informatique et ses vieilles machines qui sont des coûts fixes. Nous démarrons, nous sommes beaucoup plus agiles. Nos dépenses sont proportionnelles à nos recettes. En termes de résistance, nous n’avons pas de soucis à nous faire".

Des règles trop strictes pour les petits acteurs ?

Les exigences de départs pour lancer une banque, les règles sévères de régulations ne sont-elles pas un frein pour les nouvelles petites structures qui protégerait les plus grosses banques qui ont les moyens de s’y conformer ? Roland Gillet rappelle que la régulation a considérablement été renforcée après la crise de 2008 de telle sorte qu’avant même qu’une banque voit le jour, elle coûte déjà chère pour être en règle. Et puis il y a les fonds propres exigés au départ : "ils sont matelas de sécurité. Si NewB fait des pertes sur les crédits qu’elle fera, ce sont ces fonds propres qui vont jouer. L’épargne vient de petites d’gens, les fonds propres vont donc servir à protéger ces épargnes". Si ces règles strictes sont un frein à la création d’une banque, elles sont aussi des garde-fous pour l’épargnant.

J’ai beaucoup plus de craintes pour les banques actuelles que pour nous, le Petit Poucet

Bernard Bayot partage l’analyse mais nuance : cette régulation plus sévère est le résultat de la crise de 2008 "certes, mais cette crise est le fait des banques qui avaient des activités sur les marchés financiers. Pas de celles qui faisaient le métier de base du banquier, de dépôt et de prêt, comme NewB veut le faire. Ce sont deux niveaux de risque complètement différents, il faut donc deux régulations différentes. Nous sommes victimes du fait qu’on nous examine comme si nous allions spéculer sur les marchés, alors que ce n'est pas le cas".

La Semaine Viva - Maxime Paquay sur New B

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