Enseignement : quel avenir pour le pacte d'excellence ?

L’avenir du pacte d’excellence était abordé dans Ce Qui Fait Débat ce mardi dans Soir Première. Va-t-il rester en l’état ? Sera-t-il détricoté ? Faut-il en revoir certains aspects, singulièrement le tronc commun, à l’heure ou s’ouvre une nouvelle législature ? Trois acteurs du monde de l’enseignement répondaient aux questions d’Arnaud Ruyssen : Roland Lahaye, le nouveau secrétaire général de la CSC Enseignement, Patrick Dekelver, ancien directeur de l’Institut des Sacré-Cœurs de Waterloo, et Claude Prignon, ancien enseignant, ancien directeur d’école en milieux populaires et membre du CGé (Changements pour l’Egalité).

Il ne s’agit pas d’ajouter un an

Pour rappel, le tronc commun (voté au parlement au printemps dernier) propose une formation identique pour tous les élèves de la troisième maternelle à la troisième secondaire, avec des programmes réactualisés, qui mettent l’accent sur la pluridisciplinarité. Et à partir de 15 ans, un choix à faire entre deux filières : l’une menant à l’enseignement supérieur, l’autre, de qualification, à un métier. Ce tronc commun doit être implémenté progressivement, classe par classe, chaque année dès la rentrée 2020, mais la réforme ne fera sentir tous ses effets que huit ans plus tard, ce qui suscite encore beaucoup d’inquiétudes parmi le personnel enseignant.

Claude Prignon défend d’emblée l’élargissement de ce tronc, en précisant sa vision : "Il ne s’agit pas d’ajouter un an, mais de transformer complètement l’enseignement, de la troisième maternelle jusqu’à 15 ans […] en changeant les référentiels, les savoirs, tout en tenant compte des réalités des élèves dans les écoles". Il assure que la collaboration du personnel enseignant sur ce tronc commun pluridisciplinaire favorisera la réussite des élèves, qui resteront considérés dans leur singularité (avec notamment un suivi personnalisé de deux heures par semaine).

Différencier les apprentissages

Patrick Dekelver lui doute de la pertinence de la méthode au vu de l’hétérogénéité des publics en secondaire. "Il faut, dit-il, différencier les apprentissages pour certains publics et renforcer l’encadrement dans certains milieux […] Individualiser le plus possible l’enseignement au niveau de l’encadrement des élèves". C’est à cette condition seulement, selon lui, que la réforme pourra donner des résultats.

Pour la CSC Enseignement, Roland Lahaye assure soutenir en l’état le pacte d’excellence : "Une réforme qui a le mérite d’exister, explique-t-il, car personne ne peut nier que l’école actuellement est inégalitaire, qu’elle ne correspond plus à la société d’aujourd’hui. Si on veut changer l’école, il faut lui donner le temps de changer". Et pour cela, il faut considérer le pacte dans toutes ses mesures.

Un nivellement par le bas ?

On ne sait pas encore quelle direction sera donnée à l’école, dans les cinq années à venir, avec la nouvelle majorité qui se dessine en Fédération Wallonie Bruxelles (PS, Ecolo et MR). Ce qui est sûr, c’est que les libéraux reviendront à ce niveau de pouvoir 15 ans après l’avoir quitté. Et le MR n’a jamais caché ses critiques envers le Pacte d’Excellence. Il ne veut pas de l’allongement du tronc commun jusqu’à 15 ans, qu’il voit comme un nivellement par le bas pour éviter le redoublement (46% des élèves de 15 ans a déjà doublé une fois au moins, selon les chiffres de l’OCDE).

Patrick Dekelver craint plutôt, avec l’élargissement de ce tronc commun, la situation des élèves déjà en rupture avec l’école en deuxième secondaire. Et pour éviter un phénomène de relégation retardé, "il faut, dit-il, favoriser des choix positifs et revaloriser l’enseignement de qualification".

Quoi qu’il en soit, pour le nouveau secrétaire général de la CSC Enseignement, "tous ceux qui sont en train de remettre le pacte en cause prennent un énorme risque, car ils pourraient perdre la confiance des gens de terrain" (associés à la réforme), explique Roland Lahaye. Reste la question du financement de ce pacte ambitieux, sur laquelle Patrick Dekelver émet de sérieux doutes, "étant donné la situation financière de la Fédération Wallonie-Bruxelles". La suite lors de la conclusion de l’accord du nouveau gouvernement de la FWB.

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