CQFD: Le début de la fin pour le modèle Uber?

Est-ce le début de la fin pour Uber et son modèle d'organisation du travail? C'est la question qui fait débat ce jeudi, après la ratification, en Californie, d'une loi obligeant la société américaine à traiter ses chauffeurs comme des salariés et non plus comme des indépendants... Pour en parler, Arnaud Ruyssen recevait Corentin De Salle, philosophe libéral, directeur du Centre Jean Gol et Martin Willems, secrétaire permanent CNE-CSC.

Un signal très important

L'actualité californienne donne "un signal très important", estime Martin Willems qui convient que des prestations d'indépendants aient leur place dans une économie de plateforme mais, dit-il, "quand on parle d'opérateurs comme Uber ou Deliveroo, on est quand même face à un système industriel. Ce n'est pas ça du travail indépendant, ce sont des prestataires pour une grosse organisation. Et la qualification de salariés, dans ces cas-là, nous semble tout à fait appropriée".

Pour le secrétaire permanent CNE-CSC, "Un indépendant choisit ses clients, a une relation avec chaque client et choisit avec lui quand et comment il va rendre son service, ce qui n'est évidemment pas le cas d'un livreur Deliveroo ou d'un chauffeur Uber: quand vous prenez un taxi Uber, vous dites après que vous avez pris un taxi Uber, vous ne dites pas je me suis fait conduire par Amandine ou par Jean-Claude!".

Corentin De Salle reconnaît une décision interpellante et symbolique: "Car c'est en Californie, principalement, que sont nées toutes ces plateformes". Le libéral précise que le statut d'indépendant est beaucoup mieux protégé chez nous qu'aux Etats-Unis où "les travailleurs de Uber n'ont même pas le droit de se syndiquer".

La Loi De Croo, c'est un non statut

Loi initiée en 2016 par Alexander De Croo pour encadrer l'économie collaborative et enrayer le travail au noir, la Loi De Croo permet aux particuliers qui rendent des services via des plateformes numériques de bénéficier d'une taxation allégée, sans payer de TVA ni de cotisation sociale. Et ce à condition qu'ils ne gagnent pas plus de 6000 euros annuels et que leur plateforme ait obtenu un agrément.

"Une loi paradoxale qui n'est pas, contrairement à ce que certains croient, un troisième statut entre indépendant et salarié, commente Martin Willems, c'est un non statut (...) Des coursiers Deliveroo n'émargent d'aucun système de sécurité sociale, ni salarié, ni indépendant, et quand ils se rendent chez le médecin, on leur demande le tarif plein".

"Ce qu'on a voulu faire au départ, précise Corentin De Salle qui préconise la création d'un statut de travailleur autonomec'est donner une existence fiscale à ce type de travail qui était en train de se développer et créer une sorte de banc d'essai pour les indépendants qui voudraient se lancer".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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